19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 19:48

Théâtre des Sablons

15 Mai 2013

Isabelle Ciaravola, Karl Paquette, Laura Bachmann, Héloïse Bourdon, Yannick Bittencourt, Fabien Révillion, Yvon Demol, Sae Eun Park

 

C'était le premier gala de ce type où je me rendais. La formule est étonnante: quelques danseurs viennent danser des pas de deux du répertoire dans des théâtres moins prestigieux que Garnier ou Bastille. Un pas de deux reste pourtant pour moi l'aboutissement d'un ballet, de plusieurs actes qui se sont enchainés. Un pas de deux sans le reste du ballet reste une expérience douteuse. Et la succession d'extraits aussi classiques que Le Corsaire ou La Belle rend parfois l'exercice un peu longuet.

 

Néanmoins le principal point fort de ce type de soirée et qu'il nous permet d'apprécier les prestations de danseurs du corps de ballet dans des rôles de soliste. Les couples m'ont paru ici très bien choisi, notamment par rapport au titre de ce gala. 

 

Commençons par le couple d'étoiles d'aujourd'hui: Karl Paquette et Isabelle Ciaravola. C'est lui qui est l'organisateur de cette petite soirée, elle, c'est une de mes étoiles préférées. Leur premier morceau est extrait de la 3eme de Mahler, qu'ils ont récemment dansé à Bastille et que j'avais pu voir ici. Un petit rappel de cette superbe soirée mélangeant les corps et les positions néo classiques. C'est pour cette pièce que la musique enregistrée a été la pire, du Mahler en bande son, il y a mieux.

 

Ils clôtureront la soirée avec le pas de l'Abandon du Parc de Preljocaj, ouvrant alors sur la saison prochaine de l'Opéra. Seul pas non classique, il semble amuser quelques enfants neuillisiens de l'assemblée, non habitués à l'absence de pointes sur une danseuse, ou de collants sur des danseurs. Mais ces petits ricanements cessent bien vite. Comme le dit Danses avec la plume, "le parc, c'est diablement efficace." Et oui, que c'est beau. De tous les extraits présentés, c'est celui qui m'attire le plus dans l'ambiance du ballet en entier. La musique de Mozart lance les danseurs dans leurs gestes, arrivant à ce climax qu'est le baiser du Parc, [oui c'est celui de la pub Air France, d'accord] qui réussit à déclencher en si peu de temps bien des sentiments.

 

Une fois ces étoiles passées, que reste t-il chez les autres ? C’est la diversité entre sentiments forts, technique et classicisme.

 

Le Corsaire ouvre avec un pas de deux des plus classiques qui laisse découvrir les talents solides du couple Bittencourt/Park, mais l’adage ne semble pas tout à fait solide. Les variations s’enchainent pour arriver à une coda plus correcte. La danseuse coréenne est décidément impressionnante techniquement et Bittencourt réussit une prestation correcte. Mais les deux danseurs semblent bien plus à l’aise dans le superbe pas de deux du balcon de Roméo et Juliette. La musique à elle seule permet de se rappeler de toute l’histoire, on est tout de suite plongé dans l’univers amoureux. Un pas de deux qui ne soit pas découpé mécaniquement en quatre parties semble plus naturel dans ce genre de soirée.

 

Bourdon et Révillion, jeunes lauréats 2011 du prix AROP, sont décidément les jeunes danseurs assurés à qui l’avenir (et les distributions) sourit. La Sylphide nous dévoile leurs qualités de danseurs bien français, avec un travail du haut du corps remarquable. La variation de James est particulièrement notable. En face, leur Esmeralda m’a donné finalement une bonne image de ce pas, que j’avais trouvé bien ennuyant au TCE l’année dernière. Bourdon réussit ce qui n’est pas toujours facile, la danse avec un tambourin ! Et finalement puisque je ne la vois pas dans l’intégralité du ballet, je ne parle pas de la vraisemblance de son rôle de bohémienne.

 

Le couple des jeunes pousses Demol et Bachmann (que je pense n’avoir jamais vue) prouve de nouveau que l’Opéra recèle de nombreux talents dans son corps de ballet. Carnaval à Venise est un pas qui bien que très classique nous montre des aspects d’humour, un peu dans l’esprit des Millions d’Arlequin. Ils continuent à faire leur preuve dans le pas de la Belle qui laisse prévoir de bien belles choses pour les Fêtes de l'année prochaine.

 

 C’est finalement une démonstration du talent des danseurs du ballet et de la méthode d’apprentissage. Pour pouvoir réussir des pas de deux modernes comme Neumeier ou Preljocaj, il faut avoir fait ses preuves dans le classique de Petipa et Bournonville. Démonstration donc réussie ! 

C'était le premier gala de ce type où je me rendais. La formule est étonnante: quelques danseurs viennent danser des pas de deux du répertoire dans des théâtres moins prestigieux que Garnier ou Bastille. Un pas de deux reste pourtant pour moi l'aboutissement d'un ballet, de plusieurs actes qui se sont enchainés. Un pas de deux sans le reste du ballet reste une expérience douteuse. Et la succession de pas de deux aussi classiques que Le Corsaire ou La Belle rend parfois l'exercice un peu longuet.

 

Néanmoins le principal point fort de ce type de soirée et qu'il nous permet d'apprécier les prestations de danseurs du corps de ballet dans des rôles de soliste. Les couples m'ont paru ici très bien choisi, notamment par rapport au titre de ce gala Etoiles d'aujourd'hui et de demain. 

 

Commençons par le couple d'étoiles d'aujourd'hui: Karl Paquette et Isabelle Ciaravola. C'est lui qui est l'organisateur de cette petite soirée, elle, c'est une de mes étoiles préférées. Leur premier morceau est extrait de la 3eme de Mahler, qu'ils ont récemment dansé à Bastille et que j'avais pu voir ici. Un petit rappel de cette superbe soirée mélangeant les corps et les positions néo classiques. C'est pour cette pièce que la musique enregistrée a été la pire, du Mahler en bande son, il y a mieux.

 

Ils clôtureront la soirée avec le pas de l'Abandon du Parc de Preljocaj, ouvrant alors sur la saison prochaine de l'Opéra. Seul pas non classique, il semble amuser quelques enfants neuillisiens de l'assemblée, non habitués à l'absence de pointes sur une danseuse, ou de collants sur des danseurs. Mais ces petits ricanements cessent bien vite. Comme le dit dansesplume, "le parc, c'est diablement efficace." Et oui, que c'est beau. De tous les extraits présentés, c'est celui qui m'attire le plus dans l'ambiance du ballet en entier. La musique de Mozart lance les danseurs dans leurs gestes, arrivant à ce climax qu'est le baiser du Parc, [oui c'est celui de la pub Air France, d'accord] qui réussit à déclencher en si peu de temps bien des sentiments.

 

Une fois ces étoiles passées, que reste t-il chez les autres ? C’est la diversité entre sentiments forts, technique et classicisme.

Le Corsaire ouvre avec un pas de deux des plus classiques qui laisse découvrir les talents solides du couple Bittencourt/Park, mais l’adage ne semble pas tout à fais solide. Les variations s’enchainent pour arriver à une coda plus correcte. La danseuse coréenne est décidément impressionnante techniquement et Bittencourt réussit une prestation correcte. Mais les deux danseurs semblent bien plus à l’aise dans le superbe pas de deux du balcon de Roméo et Juliette. La musique à elle seule permet de se rappeler de toute l’histoire, on est tout de suite plongé dans l’univers amoureux. Un pas de deux qui ne soit pas découpé mécaniquement en quatre parties semble plus naturel dans ce genre de soirée.

Bourdon et Révillion, jeunes lauréats 2011 du prix AROP, sont décidément les jeunes danseurs assurés à qui l’avenir (et les distributions) sourit. La Sylphide nous dévoile leurs qualités de danseurs bien français, avec un travail du haut du corps remarquable. La variation de James est particulièrement notable. En face, leur Esmeralda m’a donné finalement une bonne image de ce pas, que j’avais trouvé bien ennuyant au TCE l’année dernière. Bourdon réussit ce qui n’est pas toujours facile, la danse avec un tambourin ! Et finalement puisque je ne la vois pas dans l’intégralité du ballet, je ne parle pas de la vraisemblance de son rôle de bohémienne.

Le couple des jeunes pousses Demol et Bachmann (que je pense n’avoir jamais vue) prouve de nouveau que l’Opéra recèle de nombreux talents dans son corps de ballet. Carnaval à Venise est un pas qui bien que très classique nous montre des aspects d’humour, un peu dans l’esprit des Millions d’Arlequin. Ils continuent à faire leur preuve dans le pas de la Belle.

C’est finalement une démonstration du talent des danseurs du ballet et de la méthode d’apprentissage. Pour pouvoir réussir des pas de deux modernes comme Neumeier ou Preljocaj, il faut avoir fait ses preuves dans le classique. Démonstration donc réussie !

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans ONP
commenter cet article
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 23:30

Théâtre Bolshoï

10 mai 2013

Yuri Grigorovich, Serge Prokofiev

Direction musicale: Andrey Anikhanov

Juliette: Anna Nikulina; Roméo: Alexander Volchkov; Tybalt: Mikhail Lobukhin; Mercutio: Andrey Bolotin; Pâris: Vladislav Lantratov

 

 

Vérone, Renaissance, Shakespeare, les thèmes portent pourtant bien vers le raffinement et l'élégance. Si je ne suis pourtant pas particulièrement chauvin vis à vis du ballet de l'Opéra, il faut pourtant avouer que le Roméo et Juliette de Noureev est un des plus beaux spectacles de ballet qu'il soit donné à voir, autant pour la chorégraphie que les costumes et les décors.

 

La version du Bolchoï de Grigorovitch, qui date de 1979 et qu'ils ont eu la sotte idée de remettre sur scène, ne rend absolument pas hommage à la beauté de la Renaissance et me rappelle tristement les affiches de ce ballet de plus humbles compagnies d'Europe de l'Est, un peu kitsch et sans raffinement. Il est bien dommage pour une compagnie aussi douée et mondialement connue que le Bolchoï de disposer d'une version aussi peu esthétique d'un ballet pourtant vendeur et qui change des Bayadères et autres Lac des Cygnes.

 

La scène est coupée en deux. Au fond, le lit de Juliette, la cérémonie du mariage, les tribunes de spectateurs de bataille. Presque toute la narration s'y déroule. Comme je l'ai expliqué ici, la scène du Bolchoï est gigantesque; sans jumelles il semble impossible de pouvoir voir en détail l'intrigue. Devant cette arrière scène, un rideau noir et rouge transparent qui sera donc le seul décor du reste de l'espace scénique.

 

Les costumes ne suivent pas ce qui semble pourtant s'imposer comme une évidence, c'est à dire la séparation en deux ou trois couleurs pour l'ensemble du ballet: Montaigu, Capulet et les partisans du Prince (ici un Duc). Je m'y perds donc, ne réussissant que difficilement à repérer dès la première scène si c'est Tybalt ou Roméo qui se traine comme cela en diagonale à travers la scène. Je trouve dans l'ensemble les costumes bien pauvres.

 

Une fois finie cette liste d'accusations, je reviens à l'essence même du Bolchoï, la danse. Là, enfin, je retrouve l'énergie et la beauté qui manque à cette production. Finalement, dans cet espace épuré de décor, la danse en ressort presque mieux, mais je n'ai donc pas toujours l'impression que l'on me raconte une histoire.

 

Mercutio et Tybalt, les deux opposés, me semblent ici danser bien plus que dans la version parisienne. Ce qui m'impressionne le plus chez Mercutio est sa capacité à se rattraper pour réussir à cacher ses cafouillages. Il brille dans sa variation, réussissant à chauffer la triste salle de bal des Capulet, qui se réveille à peine lors de la danse des chevaliers. Sa scène de mort est une vraie tragédie, le poète entouré de sa foule de bouffons réussit à m'émouvoir. Tybalt me semble un peu plus en retrait mais me marque cependant lors de son irruption entre Roméo et Juliette, avec une violence de caractère remarquable.

 

La douce Juliette et Roméo forment un couple idéal, plein de jeunesse et d'entrain. Elle est fraiche, timide, se laisse porter par ses parents, sa nourrice, par son amant. Ses jolis pointes tournent sur la grande scène. Elle est pleine de poésie et semble écraser par le poids qui repose sur ses épaules. Mais elle semble un peu à part de l'histoire, servant d'excuse à Roméo pour danser. Les pas de deux sont surs, passionnés et lyriques, mais surtout grâce à lui.

 

La vraie surprise reste ce Roméo de Volchkov. Décidément devant mes différents ballets moscovites j'aurais été impressionné surtout par les hommes qui m'ont toujours paru avoir des rôles plus important qu'à Paris. Ce blond Roméo réussit à nous faire croire au passage du jeune homme romantique à l'adulte qui affronte ses réalités en face et prend en main sa vie. On voit d'ailleurs bien peu l'autorité paternel qu'il respecte, pour nous indiquer sa prise d'indépendance. Depuis son arrivée sur scène (applaudie évidemment), jusqu'à sa mort, les manèges se succèdent avec une finesse élégante et une très bonne présence scénique. Il vole à travers le ballet. Finalement, j'ai plus l'impression de voir la vie de Roméo que celle du couple.

 

Il manque à cette production le piquant narratif. La nourrice n'est pas très amusante, Pâris m'a semblé absent. L'histoire semble passer à la va-vite. Nous ne voyons pas l'arrestation de père Laurent avant Mantoue, ni la réconciliation ultime des familles, comme si le sacrifice des deux amants n'avait servi à rien. Ce qui est bien dommage puisque leur ultime pas de deux dans la mort nous faisait croire à une véritable histoire d'amour.

 

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Danse Moscou
commenter cet article
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 23:21

Théâtre Bolshoi

7 mai 2013

Modest Mussorgsky

Direction musicale: Vassily Sinaisky; Mise en scène: Leonid Baratov

Boris Godunov: Vladimir Matorin; Kseniya: Nina Minasyan; Fyodor: Elena Novak; Shuisky: Maxim Paster; Pimen: Alexander Naumenko; Le Prétendant: Roman Muravitsky; Marina Mnishek: Irina Dolzhenko; Varlaam: Valeriy Gilmanov; Missail: Yuri Markelov; Tenancière: Alexandra Durseneva; Le Simplet: Marat Gali

 

 

Alors que je passe ma journée à m'extasier devant les églises du Kremlin, je me rends le soir au Bolchoï pour voir Godounov. Pouvoir apprécier ce pur opéra russe dans le plus grand et prestigieux théâtre du pays, c'est un luxe inouï. L'ensemble de la compagnie est habitué et habité par les rôles de cette production de 1948.

 

En effet depuis plus de cinquante ans le Bolchoï joue la même version de l'oeuvre, ce qui parait inimaginable dans un théâtre européen! Et pourtant, en donnant une version très littérale de l'œuvre qui suit les canons du grand opéra russe, on ne s'ennuie pas un seul instant. À l'inverse de Kovantschina vue ici à Bastille, il n'y a pas de désir d'interpréter la mise en scène: la production a lu le texte et s'est simplement demandée ce à quoi cela ressemblait à l'époque. J'ai bel et bien vu devant moi l'histoire russe défiler un instant, et non pas celle européenne depuis Pierre le Grand, mais bien celle quasi mythique des boyards et des patriarches dans les couleurs de la Moscovie médiévale.

 

Boris a tué le Tsarevitch Dimitri, fils d'Ivan le Terrible, et s'est fait élire Tsar par les boyards. Un jeune moine décide de se faire passer pour le défunt héritier, menant alors une rébellion contre l'usurpateur avec l'aide des Polonais catholiques. La famine s'étend sur le pays et Boris ne cesse de rêver que le prince n'était pas mort. Il finit par mourir de sa folie.

 

Tel Macbeth, Boris réussit à obtenir ce qu'il désirait: le pouvoir qu'il pourra ensuite transmettre à sa descendance. Il pense pouvoir, comme tous les fondateurs de dynastie, réussir à paraitre comme le roi mythique, bon et généreux envers son peuple, et que l'on oubliera son moyen d'obtenir le pouvoir. Mais il sera torturé par ses démons intérieurs, voyant le tsarevitch partout. Sa mission finira par se ralentir rapidement, n'ayant jamais réellement fonctionné. Il s'était mis chez les moines par choix au début de l'intrigue pour se faire appeler tsar, il tente d'y retourner par obligation avant de mourir pour reposer sa conscience, mais n'aura pas le temps de faire pénitence.

 

L'histoire ici divisée en tableaux bien distincts utilisant chacun des scénographies différentes est bien facile à suivre. Il y a moins d'intrigues et de personnages que dans Kovantschina. Si les scènes mettent parfois longtemps à se mettre en place (trois entractes plus dix minutes de pause entre chaque scène), cela permet de faire un point sur l'intrigue et l'évolution de chacun.

 

La mise en scène parait étonnamment fraîche et propre même après tant d'années. Les somptueux décors inspirés du Kremlin ou de paysages campagnards ainsi que la richesse des costumes brillants et raffinés (et le cheval présent sur scène) contribuent décidément à me baigner dans le folklore russe.

 

Dans son désir de contribuer à la formalisation de la culture russe, Mussorgsky réussit d'ailleurs à glisser ça et là des chansons plus traditionnelles, sans doute inspirées de la pièce originelle de Poushkine, spécialiste des contes. Ainsi les chansons de la tenancière de l'auberge, du moine ivre dans l'auberge, de la nourrice ou même la lamentation de la fille de Boris semblent provenir de sources extérieures et non européennes. De la même façon, le récit final du moine Pimen semble une anecdote que l'on pourrait retrouver dans des contes russes. Le personnage du mendiant simplet à lui seul symbolise également un pan de la culture russe, entre respect et moquerie des ermites.

 

Dans la musique d'ailleurs subsiste cette différence entre la musique symphonique plus classique et celle qui rappelle le sacré des grands choeurs russes ou alors le folklorique des villageois. Dès le début, comme une sorte d'introduction, nous sommes directement plongés dans les grands choeurs majestueux de lamentation qui demandent à Boris d'accepter la couronne. Comme dans certaines pièces antiques, peu d'actions se passent réellement sur scène, tout nous est raconté, accentué par la superbe musique dirigée par Sinaisky, que les Moscovites ont trop tendance à oublier lorsque le rideau commence à se fermer. L'ultime scène parait anecdotique, commençant par un débat du conseil des boyards sur la façon de tuer le Prétendant. La scène de la mort de Boris parait même peu réaliste, comme si la troupe avait du mal à jouer sur scène.

 

Vladimir Matorin recevra une quinzaine de bouquets et corbeilles de fleurs, ne sachant qu'en faire et les jetant un à un derrière lui. C'est un grand chanteur que j'ai eu la chance d'écouter, peut être un des plus grands rôles de basse que j'ai pu entendre dans un opéra. Sa voix profonde ne masque cependant pas ses lamentations et son mal être quasiment romantique, comme dans ses plaintes de l'acte II dans ses appartements suivies de l'apparition du spectre de l'enfant qui n'est représenté par rien d'autre que la musique. Même absent de la scène, il est le fil rouge de l'œuvre autour duquel viennent se greffer plusieurs personnages, davantage de spectres lui rappelant ses actions meurtrières.

 

Grigor, le moine opportuniste, comprend que le peuple a soif de vengeance et de changement et en profite comme l'aurait fait un Napoléon. L'histoire ne nous dit même pas ce qu'il advint de lui par la suite, il sert uniquement de menace invisible pour Boris qui ne le rencontre même pas. Son passage avec Marina dans un élégant jardin d'un élégant palais polonais à l'italienne semble totalement hors sujet. Comme une parenthèse romantique au milieu du folklore russe. C'est l'éternel sujet du décalage de la Russie par rapport au reste de l'Europe. Mais Mussorgsky semble se moquer de ce monde romantique puisqu'il n'est en réalité absolument pas question d'amour entre les deux jeunes gens mais de froids calculs de pouvoir. C'est pourtant un des plus beaux moments de l'oeuvre qui, comme l'opéra français coupé par un ballet de distraction au XIXe, interrompt l'intrigue pour nous proposer un divertissement.

 

Datant de l'époque soviétique, cette production, qui avait remaniée la partition, met en avant le peuple comme dernier acteur principal de l'oeuvre. En tant que choeur du Bolchoï, les choristes sont rompus au style russe. Ils envahissent la scène et semblent une vraie menace face aux imposants mais solitaires boyards. Leurs chants quasi sacrés montent jusqu'à mon balcon comme des prières.

 

C'est actuellement les vacances à Moscou, peut être que le Bolchoï a souhaité ressortir cette production pour satisfaire les touristes et les abreuver de grands opéras locaux. Qu'importe, j'ai pu enfin écouter l'un des piliers du répertoire qui défile à travers les âges et réussit à captiver, ce qui représente la magie de l'opéra.

 

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Opéra Moscou
commenter cet article
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 23:10

Théâtre Bolshoï

5 mai 2013

Chorégraphie: Yuei Grigorovich

Nikia: Ekaterina Krysanova; Gamzatti: Ekaterina Shipulina; Solor: Vladislav Lantratov; Idole dorée: Mikhail Kochan; Danse indienne: Anna Antropova, Vitaly Biktimirov et Andrey Bolotin; Manu: Chinara Alizade

 

Ni Bayadère ni le Bolchoï n'étaient pour moi des nouveautés. Ni d'ailleurs l'addition des deux. J'avais vu deux fois ce ballet avec Zakharova à Bastille en avril dernier. Pour la première fois, je vois la compagnie chez elle dans son théâtre massif et fraichement restauré. Massif c'est bien le mot qui me vient directement devant cette salle, qui combine la beauté d'une salle à l'italienne avec l'efficacité scénique d'un plateau et d'une fosse comme Bastille.

 

Commençons d'ailleurs par la fosse: la musique (aussi étonnant que cela paraisse pour du Minkus). Et bien si déjà l'Opéra avait réussi à me faire considérer la partition comme intéressante, ici le Bolchoï m'a complètement bluffé, notamment pour la danse indienne où les tambours recouvrent totalement l'orchestre. Du haut de mon quatrième balcon, j'en prends plein les oreilles! Seul regret néanmoins, c'est que la chorégraphie paraisse moins musicale à Paris. Ainsi je garde un étonnant souvenir des deux notes gracieuses qui accompagnent la descente de Gamzatti de son carrosse, et qui ici passent inaperçu.

 

Les danseurs sont époustouflants d'énergie à travers cette immense scène. J'avais déjà eu cette impression quand j'avais vu la compagnie danser Don Quichotte et Flamme de Paris à Garnier il y a deux ans. Ainsi dans les derniers moments, Nikia réalise une diagonale de pirouettes d'une vitesse hallucinante avec un retour sur pointes tout aussi rapide.

 

L'énergie se retrouve chez Solor qui danse sans cesse, même à des moments où Noureev a choisi de ne pas chorégraphier de pas. La danse ne l'épuise pas pourtant et cela n'en parait que plus fluide. Il semble avoir un rôle plus important qu'a Paris. Gamzatti de la même façon se laisse entièrement porter par la musique lors de ses fouettés qui retiennent le souffle de tout le public. Shipulina se montre une belle technicienne.

 

Mais finalement, est ce qu'on ne perdrait pas quelque chose devant une telle flamboyance? Un certain lyrisme qui devrait être nécessaire? Et bien étonnamment non, les danseurs montrent une superbe capacité à passer du brillant show off à l'émotion. De plus, en tant que parisien, je m'attendais à la même histoire, où l'émotion des personnages était un élément clé, mais le message de ce ballet n'est pas toujours le même.

 

Car en réalité, si l'Opéra se vante d'être le seul à posséder la version Noureev de la Bayadère, les variations sont quand même les mêmes chez Grigorovich. Outre les passages dansés qui sont néanmoins plus conséquents, il y a dans la version Bolchoï une toute autre différence: l'histoire qui nous est racontée.

 

Ainsi Solor accepte de se marier avec Gamzatti alors qu'il avait promis fidélité à Nikiya. Lors de la cérémonie du poison, ce n'est pas parce que Gamzatti l'attire que Solor détourne la tête, mais parce qu'il semble hésiter. Et ceci est fatale, on ne refuse pas une bayadère, la prêtresse sacrée. C'est uniquement lorsqu'elle meurt qu'il réalise son erreur et se lamente. Mais réalise t-il qu'il était amoureux ou qu'il vient de s'attirer une colère divine?

 

Le dernier acte ressemble plutôt à une recherche de pardon que de l'être aimé. C'est peut être pour cela qu'elle défile aussi vite, pour montrer qu'elle s'est détachée de ce monde terrestre et qu'elle ne peut plus rien pour Solor qui s'effondre, mort d'épuisement d'avoir essayé de rattraper cette divinité.

 

La prêtresse gagne donc en sacralité. L'interprétation de Krysanova est vraiment très douce, toute timide en s'assumant néanmoins, jusqu'au dernier acte explosif. Ce n'est pas une femme qui a rompu ses voeux, elle reste pure jusqu'à la fin, même trompée par le superbe Solor de Loparevich.

 

Le trio principal m'a donc emballé, j'apprécie avec eux une version différente de celle que je connais. Pour le reste de la compagnie, le corps de ballet ne me parait pas aussi géométrique qu'à Paris, je ne vois pas une seule respiration lors de la descente des Ombres comme j'ai déjà pu en voir. Mais il y a également moins de stress et plus de sourire. L'idole dorée de Kochan m'a quant à lui époustouflé avec ses jambes et sauts qui feraient pâlir n'importe quel danseur

 

Ma première au Bolchoï m'a donc bien confirmé que les russes réussissent à donner leur version de la danse, si différente d'ailleurs, devant un public qui s'enthousiasme à chaque arrivée sur scène et à chaque variation, remerciant les solistes par de nombreux bouquets de fleurs.

 

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Danse Moscou
commenter cet article
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 22:52

Théâtre Stanislavsky

4 mai 2013

Chorégraphie: Kenneth McMillan

Direction musicale: Timur Zangiev

Rodolphe: Sergei Polunin; Mary Vetsera: Anna Ol; Mitzi Caspar: Natalia Kleymenova; Stéphanie: Anastasia Limenko; Elisabeth: Yulia Belova; Marie Larisch: Anastasia Pershenkova; Bratfisch: Dmitry Zagrebin.

 

 

Arrivé fraichement à Moscou, j'apprends que le soir même se dansera Mayerling avec Polunin. Petit retour en arrière pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est ce prodige russe qui est devenu le plus jeune Principal du Royal Ballet puis a soudainement décidé de claquer la porte: il refusait de sacrifier sa jeunesse à la danse. Finalement quelques mois plus tard on le retrouve raisonné au Stanislavsky Théâtre de Moscou. En mars dernier, il a apporté la chorégraphie de McMillan, le théâtre devenant alors une des rares maisons à avoir sa propre production de cette oeuvre actuellement dansée à Londres.

 

Je retrouve dans cette chorégraphie quelques éléments marquants de Manon du même McMillan: le jeu de cartes truqué, la danse bourrée, les danseuses de petite vertu ou encore l'érotisme palpable. Pour la danse, c'est de nouveau l'importance des portés, la complexité et le nombre des pas et la danse qui nous raconte une histoire sans rajouter de fioritures inutiles. Et enfin une dramaturgie qui joue une place prépondérante. Voire trop importante d'ailleurs, l'acte 2 finit par en souffrir.

 

Ce qui fait la spécificité de Mayerling, c'est que c'est un ballet narratif pour un homme, rarissime dans l'histoire du ballet. Ce n'est plus autour de Giselle, Odile/Odette ou Juliette, mais de Rodolphe que le corps de ballet s'affaire. Nous arrivons donc à un rôle très complexe et demandant pour un soliste, il danse trois actes presque sans quitter la scène. L'énergie et l'endurance de Serguei Polunin permettent une interprétation superbe. Pas un faux pas, pas un essoufflement, un ballon large et impressionnant et de superbes couples qu'il porte au plus haut sommet.

 

De plus, il se permet de rentrer complètement dans la peau de son personnage, il a l'air fou, complètement narcissique, voire parfois même enfantin. Il joue le rôle de l'archiduc Rodolphe, fils de Francois Joseph et d'Elizabeth d'Autriche. Après s'être marié avec Stéphanie de Belgique, il la néglige rapidement et se tourne vers de vieilles et nouvelles maitresses. Il finira par se suicider avec l'une d'entre elles dans le pavillon de chasse de Mayerling. Sa danse n'a rien de stoïque, de lourd ou d'imposer. Tout lui vient naturellement pour nous raconter une histoire jusqu'à la fin de l'oeuvre.

 

Les pas de deux sont donc nombreux et prenants, j'en ai compté au moins cinq. Le premier acte est le plus dense. Polunin commence par un solo lors de son mariage qui met déjà la barre haute mais qui ne l'épuise pourtant pas. Un pas avec sa maitresse, mais il retourne finalement dans le lit de Stéphanie qu'il effraiera avec un pistolet. Il est absorbé par l'idée de mort dès le début de la pièce qui ouvre avec son enterrement avant un retour en arrière. Il trainera son pistolet et un crâne, tel Hamlet. Il finira par trouver du répondant chez Marie, la fille d'une amie qui n'aura alors cesse de lui tendre des pistolets pour arriver au double suicide finale.

 

Pour fermer le clapet aux grands rôles féminins du XIXe, McMillan ne donne une place d'exception à aucune des femmes. On remarque certes Elisabeth qui se taille un solide rôle comme Impératrice et mère. Elle arrive soudainement avec son amant (telle mère, tel fils) pour un pas de deux qui n'est pas bien réussi dans le second acte. Tant pis, elle réussit dans le reste de son rôle à adopter la majesté nécessaire. On remarque aussi les bonnes interprétations de Mitzi Caspar, sorte de Maîtresse de Lescaut version Mayerling dans le cabaret, ou encore de la Comtesse Larisch en maîtresse délaissée. La princesse Stéphanie est tendre et douce comme on l'attend de son rang, elle ne sait pas trop quoi faire ni ou se mettre et semble soudainement passionnée quand elle danse avec son nouveau mari comme découvrant l'amour.

 

Une constellation de femmes qui entoure donc le jeune Polunin et qui se conclue par Marie, jeune femme à qui on fait croire que le destin la destine au prince. Elle sombrera donc lentement dans son jeu, jusqu'à la mort, après quelques instants torrides. D'est toujours elle qui apportera le pistolet à Rodolphe, comme s'il représentait un objet sexuel ou de jeu. Leur premier pas de deux ensemble est sensuelle mais attendu, le second parait beaucoup plus moderne, violent, macabre également.

 

Toutes ces femmes se ressemblent et malgré la richesse des costumes, j'ai parfois du mal à les différencier. Ce n'est pas si important, il suffit se comprendre que les femmes se battent pour lui. Elles forment une ronde qui le pousse au plaisir et l'obsède vers la mort.

 

Il n'est pas le seul homme mais est entouré par quatre superbes danseurs hongrois ainsi que de quelques amis qui m'ont également impressionné par leur vitalité et leur énergie. Et c'est cela qui m'a le plus marqué dans la danse de cette soirée: on approche parfois des acrobaties, mais tout est réussi et coordonné. L'ultime solo peu avant les deux morts semble un cri du coeur de Bratfisch pour rappeler son ami à la raison dans des danses plus folkloriques.

 

La musique orchestrée à partir d'oeuvres de piano de Liszt n'es pas brillante, j'aime néanmoins le choix d'avoir une vraie chanteuse lors de l'épisode de l'anniversaire de l'empereur. La production est riche avec des décors, des rideaux et des costumes dignes d'une grande maison de danse. En s'appropriant un talent comme Polunin, le Stanislavsky a su se doter d'un danseur bouillonnant qui a encore beaucoup à montrer.

 

 

 

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Danse Moscou
commenter cet article
6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 08:55

Théâtre des Champs Elysées
Jeudi 2 mai
Mozart: Symphonie 41 en ut majeur et Requiem en ré mineur
Cercle de l'Harmonie, Choeur de Chambre les éléments
Jérémie Rhorer, Sandrine Piau, Renata Pokupić, Jeremy Ovenden, Nabuel Di Pierro


Comment trouver une unité dans une symphonie? Avec l'installation de différents mouvements qui semble casser le rythme de l'oeuvre, on peut parfois se demander si cette oeuvre est une ou multiple.


Pour la symphonie 41 de Mozart qui ouvre cette soirée, l'unité de l'oeuvre n'est pas un problème, tant l'oeuvre est connue, on voit les mouvements passer sans ciller. Son surnom de Jupiter n'est pas anecdotique, on sent un Mozart en pleine forme et un peu titanesque.


Pour le Requiem, que je connaissais moins à l'exception des mouvements les plus réputés, l'unité ne pouvait se laisser percevoir que si j'avais pu entrer totalement dans l'oeuvre. Mais le Théâtre des Champs étant ce qu'il est, un repère d'octogénaires poitrinaires qui doivent mourir à chaque mouvement pour tousser autant à chaque instant de pause. Et encore, si ce n'était que ça! La quinte de toux d'une de mes voisines de rang gâche une partie de l'oeuvre alors que le reste est occupé par le bruit d'un sac de plastique d'un monsieur qui semble clairement dérangé.


Décidément les éléments n'étaient pas en ma faveur. Je ne peux alors qu'écouter clairement la musique de temps en temps, ce qui contribue à une impression de décousue.... C'est bien dommage pour une pièce comme le Requiem!


Et pourtant ce que j'entends dans ce tintamarre m'enchante. Quelle clarté, quel cristal dans ces voix du choeur qui englobent l'oeuvre. Les quatre solistes ne sont finalement que des répondants à ces voix célestes. Miah Personn remplaçait Sandrine Piau, portée pâle ce soir là, je retrouve la même grâce que dans son Elvira de la semaine dernière. Les trois autres sont tous excellents, avec notamment un Di Pierro d'une grande profondeur.


L'orchestre, rompue à l'exercice Mozart-ien, sort de sa rythmique de Don Giovanni pour livrer une oeuvre tout aussi manichéenne que l'opéra: le clair obscur est pesant et omniprésent dans cette oeuvre sacrée qui est écrite pour résonner dans les murs d'une cathédrale.


Jérémie Rhorer semble danser sur son estrade, entrainant les violons et poussant les cuivres ou appelant encore le choeur. Jeune chef de 40 ans, son âge lui permet une activité quasi sportive à la baguette. Tout cela pour capturer les nuances sombres d'une ultime oeuvre de Mozart. Dommage que les conditions n'aient pas été adéquates, j'aurais sinon fondu comme une madeleine....

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Concert TCE
commenter cet article
25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 22:03

23 avril 2013
Théâtre des Champs Elysées
Direction musicale: Jérémie Rhorer et le Cercle d'Harmonie
Mise en scène: Stéphane Braunschweig
Don Giovanni: Markus Werba; Donna Elvira: Miah Persson; Don Ottavio: Daniel Behle; Donna Anna: Sophie Marin-Degor; Leporello: Robert Gleadow; Zerlina: Serena Malfi; Masetto: Nahuel Di Pierro; Le Commandeur: Steven Humes


 

 

Décidément, Don Giovanni reste un de mes opéras préférés. De Mozart, je trouve que c'est le plus complet, le mieux proportionné entre l'humour et le sérieux, entre légèreté et noirceur. Jusqu'à cette ultime scène du diner. Leporello et Don Giovanni s'amusent et nous amusent, notamment en jouant quelques airs dont le très connu non piu andrai farfallone amoroso des Noces. La salle s'amuse, et pourtant quelques mesures plus tard et nous voyons la statue du Commandeur lancer Giovanni en enfer. 

 

Chef d'oeuvre? Indéniablement.

 

Comme le précise Michel Franck quelques instants avec le lever du rideau, c'est un grand défi pour un théâtre de monter un Don Giovanni. Et le Théâtre des Champs a indéniablement réussi, notamment en s'entourant de chanteurs exceptionnels. 

 

Leporello est le monstre de cette production, son air du catalogue me garde suspendu dès le début de la pièce. C'est celui qui semble tenir le mieux et sa voix et sa présence sur scène jusqu'à la fin. Il est massif, près de deux mètres et pourtant sert un petit Markus Werba. Ici, Leporello n'est pas, comme chez Haeneke, amoureux de son maitre, mais joue beaucoup plus la carte de l'exaspération véritable. En fait Braunschweig en fait son personnage central, ou plutôt celui qui joue le rôle du spectateur. A l'image de ce dernier, c'est le seul à avoir ce caractère où les impressions se mélangent, à l'inverse des autres personnages plus figés. L'ouverture et nous voyons le corps inanimé de Giovanni près à entrer dans les enfers. Puis Leporello commence à se souvenir et nous revenons en arrière pour vivre la dernière journée du damné. Même dans la mort, Giovanni part séduire deux infirmières, Leporello en devient fou.Il reste le témoin des premières scènes pour nous rappeler que nous vivons dans son souvenir.

 

Dans cette mise en scène moderne et juste, les excès sont présents: excès de sexe et de femmes, excès de drogue, excès de mort et excès de situations périlleuses. Et surtout la mort qui nous entoure. La scène est très noire, s'assombrissant à travers l'oeuvre, et la lumière, et les costumes. Les premiers actes restent très sages, le manège tourne révélant plusieurs salles. Puis avec l'arrivée du bal, les chanteurs (solistes et choeurs) s'habillent de vêtements XVIIIème, clin d'oeil à Mozart et à l'esprit libertin type Casanova et Liaisons Dangereuses. Les scènes de partouze se succèdent dans différentes salles du palais avant que nous arrivions devant une ultime salle où dans les fenêtres sont encastrées des cadavres de femmes vêtus de robe rouge. La mort est annoncée et entoure déjà ce Barbe Bleue qui n'a pas d'autre choix que de suivre la même voie.

 

À l'inverse d'Haeneke, Braunschweig ne nous place pas entièrement dans un huis clos. Le manège avec ses trois ou quatre salles est réaménagé à l'entracte, nous mettant dans le palais de Don Giovanni, dans la maison du Commandeur ou encore dans la rue. C'est fait très simplement mais cela fonctionne intelligemment. Les lits sont les principaux éléments de décoration évidemment, placés presque dans chaque pièce pour nous rappeler les activités que Don Giovanni décrit plus qu'importantes que l'air qu'il respire ou que du pain qu'il mange. 

 

En voyant Werba, on croit vraiment voir un Don Giovanni dans sa veste blanche cintré au dessus d'un t-shirt évasé un peu moulant et avec ses cheveux plaqués en arrière. Comme dit ma voisine qui me chipe mes jumelles "il n'y a que des beaux gosses sur scène!" Et en effet ce personnage fait très séduisant jeune homme puissant. Tout qui attire finalement Zerlina qui cherche mieux que son Masetto trop commun. Tout ce qui attire cette Elvira qui ne réussit pas à se détacher de son magnétisme. Ou encore cette Anna trop coincée dans ses conventions sociales et sent attirer par ce marginal.

 

Lors de mon dernier Don Giovanni, les trois femmes ne rivalisaient guère. Véronique Gens ressortait du trio et Petibon brillait comme soprano mais peu en actrice. Ici même Zerlina, personnage dont je n'avais pourtant pas un souvenir ému, m'a beaucoup impressionné surtout dans la seconde partie. Même de caractère, les Donne sont bien choisies. Lors de la séance de travail à laquelle j'avais assisté, Miah Persson n'hésitait pas à demander que l'on change quelques mouvements qui n'allaient pas. Elle s'imposait, et elle m'a complètement emballé, sa voix est d'un très beau ton, ni trop fragile ni trop show. En face, Sophie Marin-Degor semblait légèrement plus timide dans l'ensemble, s'imposant de temps en temps. Et c'est tout à fait le rôle de Donna Anna. On ne devine pas le coffre qu'elle cache en réalité, et qui permet d'entendre une voix d'une clarté saisissante.

 

En face, Octavio réalise très bien le rôle en retrait qui ne comprend pas ce qui se passe ou si peu et ne comprend pas pourquoi il ne peut pas faire comme tous les autres membres de sa caste et épouser une riche héritière. Lors de son air du deuxième acte, je le découvre, un peu trop tard finalement. Masetto me plait aussi, mais semble décidément bien effacé par le reste du casting. Je note toutefois pour lui comme pour les autres un très bon jeu d’acteur. Braunschweig vient du théâtre et importe ses capacités pour former ses chanteurs.

 

Je finis ce casting par le Commandeur de Steven Humes, rôle un peu ingrat, quelques notes au début, puis un final prenant qui nous saisit. Sa noirceur semble durer pour des éternités. Lorsqu’il condamne Don Giovanni à mourir avant l’aube, j’ai l’impression que sa voix est très sonorisée, pour durer aussi longtemps. Et puis non, je continue à me dire que cela aurait pu être possible. Toute la scène du dîner de pierre est réellement prenante, Pentiti ! No !

 

Me voilà ravi à la sortie de ce spectacle, j’ai hâte de réentendre Rhorer la saison prochaine au TCE ainsi que la semaine prochaine dans le Requiem de Mozart.

  

Décidément, Don Giovanni reste un de mes opéras préférés. De Mozart, je trouve que c'est le plus complet, le mieux proportionné entre l'humour et le sérieux, entre légèreté et noirceur. Jusqu'à cette ultime scène du diner. Leporello et Don Giovanni s'amusent et nous amusent, notamment en jouant quelques airs dont le très connu non piu andrai farfallone amoroso des Noces. La salle s'amuse, et pourtant quelques mesures plus tard et nous voyons la statue du Commandeur lancer Giovanni en enfer. 

 

Chef d'oeuvre? Indiscutablement.

 

Comme le précise Michel Franck quelques instants avec le lever du rideau, c'est un grand défi pour un théâtre de monter un Don Giovanni. Et le Théâtre des Champs a indéniablement réussi, notamment en s'entourant de chanteurs exceptionnels. 

 

Leporello est le monstre de cette production, son air du catalogue me garde suspendu dès le début de la pièce. C'est celui qui semble tenir le mieux et sa voix et sa présence sur scène jusqu'à la fin. Il est massif, près de deux mètres et pourtant sert un petit Markus Werba. Ici, Leporello n'est pas, comme chez Haeneke, amoureux de son maitre, mais joue beaucoup plus la carte de l'exaspération véritable. En fait Braunschweig en fait son personnage central, ou plutôt celui qui joue le rôle du spectateur. A l'image de ce dernier, c'est le seul à avoir ce caractère où les impressions se mélangent, à l'inverse des autres personnages plus figés. L'ouverture et nous voyons le corps inanimé de Giovanni près à entrer dans les enfers. Puis Leporello commence à se souvenir et nous revenons en arrière pour vivre la dernière journée du damné. Même dans la mort, Giovanni part séduire deux infirmières, Leporello en devient fou.Il reste le témoin des premières scènes pour nous rappeler que nous vivons dans son souvenir.

 

Dans cette mise en scène moderne et juste, les excès sont présents: excès de sexe et de femmes, excès de drogue, excès de mort et excès de situations périlleuses. Et surtout la mort qui nous entoure. La scène est très noire, s'assombrissant à travers l'oeuvre, et la lumière, et les costumes. Les premiers actes restent très sages, le manège tourne révélant plusieurs salles. Puis avec l'arrivée du bal, les chanteurs (solistes et choeurs) s'habillent de vêtements XVIIIème, clin d'oeil à Mozart et à l'esprit libertin type Casanova et Liaisons Dangereuses. Les scènes de partouze se succèdent dans différentes salles du palais avant que nous arrivions devant une ultime salle où dans les fenêtres sont encastrées des cadavres de femmes vêtus de robe rouge. La mort est annoncée et entoure déjà ce Barbe Bleue qui n'a pas d'autre choix que de suivre la même voie.

 

À l'inverse d'Haeneke, Braunschweig ne nous place pas entièrement dans un huis clos. Le manège avec ses trois ou quatre salles est réaménagé à l'entracte, nous mettant dans le palais de Don Giovanni, dans la maison du Commandeur ou encore dans la rue. C'est fait très simplement mais cela fonctionne intelligemment. Les lits sont les principaux éléments de décoration évidemment, placés presque dans chaque pièce pour nous rappeler les activités que Don Giovanni décrit plus qu'importantes que l'air qu'il respire ou que du pain qu'il mange. 

 

En voyant Werba, on croit vraiment voir un Don Giovanni dans sa veste blanche cintré au dessus d'un t-shirt évasé un peu moulant et avec ses cheveux plaqués en arrière. Comme dit ma voisine qui me chipe mes jumelles "il n'y a que des beaux gosses sur scène!" Et en effet ce personnage fait très séduisant jeune homme puissant. Tout qui attire finalement Zerlina qui cherche mieux que son Masetto trop commun. Tout ce qui attire cette Elvira qui ne réussit pas à se détacher de son magnétisme. Ou encore cette Anna trop coincée dans ses conventions sociales et sent attirer par ce marginal.

 

Lors de mon dernier Don Giovanni, les trois femmes ne rivalisaient guère. Véronique Gens ressortait du trio et Petibon brillait comme soprano mais peu en actrice. Ici même Zerlina, personnage dont je n'avais pourtant pas un souvenir ému, m'a beaucoup impressionné surtout dans la seconde partie. Même de caractère, les Donne sont bien choisies. Lors de la séance de travail à laquelle j'avais assisté, Miah Persson n'hésitait pas à demander que l'on change quelques mouvements qui n'allaient pas. Elle s'imposait, et elle m'a complètement emballé, sa voix est d'un très beau ton, ni trop fragile ni trop show. En face, Sophie Marin-Degor semblait légèrement plus timide dans l'ensemble, s'imposant de temps en temps. Et c'est tout à fait le rôle de Donna Anna. On ne devine pas le coffre qu'elle cache en réalité, et qui permet d'entendre une voix d'une clarté saisissante.

 

En face, Octavio réalise très bien le rôle en retrait qui ne comprend pas ce qui se passe ou si peu et ne comprend pas pourquoi il ne peut pas faire comme tous les autres membres de sa caste et épouser une riche héritière. Lors de son air du deuxième acte, je le découvre, un peu trop tard finalement. Masetto me plait aussi, mais semble décidément bien effacé par le reste du casting. Je note toutefois pour lui comme pour les autres un très bon jeu d’acteur. Braunschweig vient du théâtre et importe ses capacités pour former ses chanteurs.

 

Je finis ce casting par le super Commandeur de Steven Humes, rôle un peu ingrat, quelques notes au début, puis un final prenant qui nous saisit. Sa noirceur semble durer pour des éternités. Lorsqu’il condamne Don Giovanni à mourir avant l’aube, j’ai l’impression que sa voix est très sonorisée, pour durer aussi longtemps. Et puis non, je continue à me dire que cela aurait pu être possible. Toute la scène du dîner de pierre est réellement prenante, Pentiti ! No !

 

Me voilà ravi à la sortie de ce super spectacle, j’ai hâte de réentendre Rhorer la saison prochaine au TCE ainsi que la semaine prochaine dans le Requiem de Mozart.

 

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Opéra TCE
commenter cet article
24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 12:55

Opéra Comique
23 avril 2013
Mise en scène : Thierry Thieû Niang
Piano : Marine Thoreau La Salle
Pauline Viardot : Marie Bunel ; Baron de Pictordu : Ronan Debois ; Marie, dite Cendrillon : Sandrine Buendia ; Armelinde : Alix Le Saux ; Maguelonne : Cécile Achille ; La Fée : Magali Arnault Stanczak ; Le Prince Charmant : François Rougier ; Comte Barigoule : Safir Behloul

 

 

Il suffit de remonter il y a quelques hivers pour que je rencontre Pauline Viardot. Ma sœur m’offre un livre sur la célèbre cantatrice qui m’était alors inconnue. Je découvre son histoire fascinante, depuis les genoux de Da Ponte sur lesquels elle s'assit enfant à la création du Barbier de Séville avec sa famille, la mort de sa sœur la grande Malibran, son idylle de toujours avec Tourgueniev et jusqu’ a sa mort a l'heure ou le téléphone fait ses premiers pas. Elle a donc ratissé l'ensemble du XIXe, non pas comme une spectatrice passive, mais comme une actrice et sur la scène et dans son époque. Elle vend ses bijoux pour acheter la partition originale de Don Giovanni qu'elle offrira ensuite au conservatoire de Paris. Dans son salon se retrouvent Balzac, Berlioz, Gounod, Sand, Musset, Wagner, Chopin. Bref je vous laisse le loisir de lire sa biographie.
 




Mais cette femme est également compositrice (la seule programmée par Jérôme Deschamps depuis sa nomination nous souligne Agnès Terrier). Sa voix s'est rapidement usée, et elle se tourne rapidement vers l'éducation de jeunes chanteurs pour qui elle écrit des œuvres qui seront représentées dans son salon de Baden Baden, ville eau des plus élégantes et aristocratiques jusqu’à la guerre de 1870. Cendrillon en revanche fut écrite bien plus tard, alors qu'elle habite Paris, peu de temps avant sa mort.



L'œuvre se rapproche de Massenet et de Rossini, deux compositeurs qu'elle fut amenée à fréquenter. Comme dans Cenerentola, Cendrillon a un nom (ici Marie) et chante toute la journée la même chanson sur un prince qui voulait se marier. Et de la même façon, Cendrillon vit avec son baron de père qui lui parle comme son maitre. Baron tout autant que moi d'ailleurs, un épicier qui a fini par être anobli, et qui est passé par le bagne de la Nouvelle Orléans. Le personnage gagne une dimension lorsqu’il chante son regret pour la vente de pains d'épices et de café.



Les chanteurs de l'Académie de l'Opera Comique reflètent un très bon niveau. Ils sont rompus au jeu théâtral et suivent le jeu chorégraphique de Thierry Thieû Niang. Je suis tout autant au théâtre qu'a l'opéra. De toute façon il fallait bien du théâtre pour occuper la mise en scène, qui est par ailleurs tres pauvre. La volonté du metteur en scène était tres intéressante. Pour mettre en parallèle l'œuvre et sa brillante compositrice, nous sommes dans un salon mondain.



Marie Bunel joue cette Pauline Viardot qui invite ses amis dans son salon pour leur lire quelques lignes de sa vie. Comme cela se faisait à l’époque, chaque invité commence à chanter quelques petits airs : Seize Ans de Chopin et Viardot, Madrid, Ici-bas tous les lilas meurent et Havanaise de Viardot, Le Soir de Gounod. C’est très sympa et ces airs sont mis en parallèle avec l’histoire de Viardot, mais ca me semble néanmoins un peu décousu, on ne sait pas trop bien combien cela va durer, si c’est un prologue ou une première partie de la soirée.

 

Puis les invités se disent qu’ils pourraient jouer dans un opéra, et commencent à arranger les meubles pour faire un semblant de décor et l’opéra est lancé. Mais globalement je trouve cela bien simplet. Qu’importe, j’apprécie beaucoup les chanteurs, sauf Le Comte Bairgoule, qui semble plus parler que chanter. Et la Fée s’est fait excuser de se sentir souffrante. Je me demande bien comment elle chante en temps normal, c’était déjà là excellent !

 

Globalement, cette soirée fut sympathique, j’ai été plongé dans l’univers du XIXème, impressionné par les membres de l’Académie de l’Opéra Comique.

 

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Opéra Opéra-Comique
commenter cet article
22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 12:23

20 avril 2013
Palais Garnier
Direction musicale: Marius Stieghorst à la tête de l'orchestre des Lauréats du Conservatoire.
Ecole de danse de l'Opéra de Paris
La Nuit de Walpurgis (Claude Bessy)
Clémence Gross, Nine Seropian, Marion Gautier de Charnacé, Adèle Belem, Célia Drouy
Péchés de Jeunesse (Jean-Guillaume Bart)
Roxane Stojanov, Mathieu Rouaux, Clémence Gross, Marin Delavaud, Anaïs Kovacsik, Ida Viikinkoski
Scuola di ballo Accademia Teatro alla Scala
Gymnopédies (Roland Petit)
Paola Giovenzana, Angelo Greco, Edoardo Caporaletti
The Royal Danish Ballet School
Le Corps des volontaires du Roi (August Bournonville et Thomas Lund)
Viktoria Falck-Schmidt, Stephanie Møller, Sébastian Haynes
Canada's National Ballet School
Les Chambres de Jacques (Aszure Barton)
Patrick Foster, Hailey Hamblin, Soo Ah Kang, Liam Redhead, Martin Ten Kortenaar
The Bolshoi Ballet Academy
Les Millions d'Arlequin (Marius Petipa et Iouri Burlaka)
Ksenia Ryzhkova et Artur Mkrtchyan et douze danseurs de l'école
John Cranko Schule- Stuttgarter Ballett
Come neve al sole (Rolando d'Alesio)
Agnes Su, Marti Fernandez Paixà
The Royal Ballet School
Rhapsody (Frederick Ashton)
Annette Buvoli, Evan Loudon
Ballettschule des Hamburg Ballett
Spring and Fall (John Neumeier)
Hayley Page, Aljoscha Lenz, Claudi Vilaseca Garcia, Helias Tur-Dorvault

La semaine tant attendue du Tricentenaire de l'Ecole de Danse française arrive à sa fin. Je l'attendais depuis un an, c'est maintenant chose faite et j'en garde un excellent souvenir. C'est décidément l'événement de ballet de la saison. A l'heure des bilans, rendons donc des prix aux différentes écoles de danse qu'Elisabeth Platel avait choisi d'inviter pour clore la semaine.

Prix de premier de la classe et du plus beau tutu

L'école de danse de Nanterre a pertinemment réussi à s'assumer de nouveau comme la meilleure formation de danse classique du monde. Ses deux spectacles, Péchés de Jeunesse et la Nuit de Walpurgis, déjà vus ici et ici, ont permis aux petits rats de briller: des corps de ballet parfois hésitants, mais des solistes admirables au pied solide et élégant. Finalement, la pièce de Bart gagne à être revue, j'ai pu rentrer encore plus dans l'oeuvre et admirer la propreté du travail des futurs danseurs. Ils ouvrent et ferment la soirée pour confirmer leur présence.

Mais comme tous les premiers de classe, l'école de danse de l'Opera prend beaucoup de place. Ses deux spectacles durent ensemble 53 minutes, il ne reste alors que 60 minutes pour les sept autres écoles. Rassurez vous, les autres ne sont pas pour autant des cancres, mais le message est passé: les Français brillent.

Qui a gagné la Guerre Froide?
Prix du plus grand nombre présent et de la danse classique
étrangère

Je me souviens qu'il était évoquée une délégation de l'American School of ballet (qui forme les élèves du NYCB), mais finalement rien. Les russes eux arrivent à 14 du Bolchoï avec une oeuvre qui prend le plus de temps chez les invités. Ils signent un pas de deux entouré d'un corps de ballet, un vrai spectacle en soi.

Ce sont donc bien eux qui arriveront à démontrer toute l'énergie et l'explosivité de leur style Bolchoi. C'est tout a fait ce que j'attendais, et je n'ai pas été déçu. Ils aiment et savent se faire applaudir après chaque petit pas. Leur oeuvre pourra paraître aussi classique que les Parisiens, mais ils y rajoutent une petite couche de théâtre et d'humour qui leur va si bien. Les corps sont formes, solides et techniques, il n'y a rien a dire de leur performance à part l'applaudir. Comme la compagnie Bolchoï, les élèves s'amusent sur scène et brillent déjà par leur bravoure.

Prix de la surprise et des marcels

Un ami milanais se rend régulièrement à la Scala voir le ballet (comme récemment dans Giselle), mais n'ayant jamais vu l'Opera danser, nous ne pouvions guère comparer.

M'attendant a une école correcte sans plus, j'ai été littéralement bluffé par la performance des Milanais dans l'oeuvre de Petit. Une grâce et un lyrisme considérable pour une chorégraphie loin d'être facile a interpréter. Après un premier solo au sol, le danseur saute tout d'un coup avec un ballon impressionnant.

A la suite de son solo dans un cercle, arrive alors un couple qui signe un pas de deux d'une élégance et d'une douceur dont je me souviendrais. Et la technicité de la jeune fille avec son six o'clock tout en douceur. Des pointes et un tutu font référence au style romantique auquel Petit et la Scala rendent ici hommage. Les marcels des hommes nous remettent dans l'univers de Petit. Un très beau moment de danse et mon coup de coeur de cette soirée.

Prix des pires costumes et d'être ravi d'être présent

Le Danish est historiquement la deuxième compagnie après Paris, avec Bournonville comme chef de file. Les danseurs invités m'ont surtout plu pour leur sympathie, ils s'invitent les uns les autres à danser, un peu comme dans le dernier acte de Napoli vu il y a deux ans avec la compagnie, rien n'est statique, pas même les pauses qu'ils prennent.

C'est très mal mais j'ai finalement peu regardé les deux filles tant j'ai été impressionné par la performance du jeune homme. Ses jambes immenses ont permis des solos d'une belle finesse, avec de très belles lignes. Les deux jeunes femmes semblent un peu écrasées par leurs lourdes robes qui permettent un joli travail de pieds, mais finalement peu des jambes.

Prix de la publicité et de la rapide émotion

Originellement, la Royal Ballet School devait interpréter un morceau du Lac. Finalement, c'est Rhapsody d'Ashton, un style qui semblerait mieux leur correspondre. Cela sent le changement très last minute, le programme indique toujours Le Lac.

Malheureusement ce pas de deux ne dure que quatre minutes et malgré sa beauté, je suis incroyablement déçu. Le temps que j'apprécie, c'est déjà fini. Cela a le mérite d'attirer l'attention des spectateurs outre-Manche où les spectacles sont toujours d'une grande qualité (comme vous pouvez le voir dans plusieurs articles de ce blog).

Ce pas est normalement dansé par des Principals (merci @impressiondanwe pour l'information) et pourtant les deux danseurs réussissent un travail très honorable, manquant peut être parfois de rondeur, comme dans ces sauts de la fille à l'horizontal dans les bras de son partenaire. Cela est peut être du au manque de répétitions après un changement de programme. Quelques instants de plus aurait suffi pour que cela soit mon coup de coeur de la soirée.

Prix du moderne c'est-bien-aussi, ou la ringardise des tutus

Les deux danseurs, presque des enfants, dansent un pas de deux en t-shirt, le fond rougeâtre est d'abord légèrement caché, puis découvert et enfin recaché. Comme si le soleil se levait, atteignait son climax et redescendait. Et pendant ce temps, les danseurs semblent mourir sous ses rayons, devenant fous sous la chaleur. Ils tentent de se protéger l'un et l'autre, ils sautent et prennent des positions comme pour se rappeler qu'ils sont humains mais parfois semblent redevenir de bêtes animaux.

Ils ont choisi une pièce qui récupère l'heritage classique et se l'approprie, tout ce que j'aime. Leur t-shirts élastiques sont leur unique accessoire, leur permettant de créer une pièce captivante et amusante. Le moderne fonctionne et signe un choix bien différent des autres écoles.

Prix du voyage de Bastille à Garnier

J'avais adoré la Troisième de Mahler, mon premier Neumeier pour une compagnie à part entière. Là en voyant les danseurs arriver sur scène, je sens que nous ne sommes pas loin du style du maître hambourgeois. Les trois sont torse nu avec des pantalons blancs et à nouveau je ressens cette musicalité et cette réponse à l'orchestre. La partition de Dvorak n'a rien à voir avec celle de Mahler néanmoins, elle semble moins puissante. Ainsi la danse parait moins percutante pour ces jeunes danseurs qui semblent toutefois s'être approprié le style Neumeier.

Avec l'arrivée de la jeune fille, je sens le même esprit qu'avec l'arrivée de Ciaravola en Ange. Elle apporte la douceur à ses trois compagnons, avec de très belles jambes. Le titre ne se rapporte pas aux saisons, Spring est saut, Fall la chute. Et ce sont bien ces idées de sauts et de gravité qui animent la pièce avec ces sauts qui montrent la force de ces élèves.

Prix de la fausse bonne idée

Le choix des Canadiens. Si le début de leur pièce m'a intrigué, je me suis rapidement ennuyé. Mais j'ai pu apercevoir de très bons danseurs rompus aux techniques modernes. Comme seul représentant des écoles américaines, ils m'ont bien semblé proche des écritures de Paul Taylor ou des autres chorégraphes américains.

Ces élèves ont un grand talent, comme nous le montre cette vidéo de Yondering ou encore les performances d'un de ses plus brillants alumnis: Evan McKie, vu en Onéguine la saison dernière. J'aurai bien aimé pouvoir apprécier cette école dans une autre pièce.

Prix de la fête

À l'image du Ballet qui a défilé lundi soir, et en conclusion de cette semaine de commémoration, le Tricentenaire se finit par un défilé de tous les danseurs de Nanterre et de leurs invités. Claude Bessy l'a réglé sur une musique de Mendelssohn. Il est très vivant, plus rapide et enjoué que le très officiel défilé. Une ouverture sur le futur des grandes compagnies qui semble assuré.

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Danse ONP
commenter cet article
19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 17:50

Palais Garnier

18 avril 2013

Direction musicale: Marius Stieghorst à la tête de l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire.

D'Ores et Déjà; Chorégraphie de Nicolas Paul et Béatrice Massin.

Valentin Chou et des élèves de l'École de Danse.

La Nuit des Walpurgis; Chorégraphie de Claude Bessy d'après Léo Staats

Roxane Stojanov, Ida Viikinkoski, Perle Vilette, Adèle Belem, Célia Drouy et les élèves de l'École de Danse.

Aunis; Chorégraphie de Jacques Garnier.

Simon Valastro, Axel Ibot, Mickaël Lafon

Péchés de Jeunesse; Chorégraphie de Jean-Guillaume Bart

Roxane Stojanov, Mathieu Rouaux, Clémence Gross, Antoine Kirscher et les élèves de l'Ecole de danse.

 

 

Après le faste du gala de lundi, je me retrouve de nouveau à Garnier pour le spectacle annuel de l’école de danse. Ici, les prix ne sont pas majorés considérablement pour cause de gala, mais plutôt diminués : 56 euros la première catégorie. Et cela permet d’apprécier un spectacle de très bonne qualité, qui reflète le travail quotidien de ces élèves. L’ambiance y est bien différente que lors du gala. Ici c’est finalement le spectacle de fin d’année d’une école, et les parents, grands-parents sont bien présents dans la salle. Ainsi les grands-parents dans la loge voisine qui peinent à savoir où est leur petit rat de petit fils. Règne donc une très bonne ambiance, les applaudissements ne se font pas attendre, interrompant même parfois la pièce. Je me croirais presque en Russie où les applaudissements rythment le danseur !

 

Le programme est le même que lundi, sans le défilé ou la création Célébration, et le ballet Aunis est dansé par trois petits rats au lieu de membre du corps de ballet. Cette dernière pièce a d’ailleurs été placée avant Péchés de Jeunesse, ce qui rend une programmation plus intéressante, comme je le soulignais lundi dernier. Pour un détail plus précis des pièces, voir ma chronique de lundi.

 

Reprenons donc depuis le début avec D’Ores et Déjà, qui est décidément une bien belle œuvre. Si elle met un peu de temps à démarrer, cela ne fait qu’attirer encore plus l’attention du spectateur qui se laisse complètement entrainer. L’attente est la plus forte lors du solo en silence. On sait qu’il se passe quelque chose, mais quoi ? Pour la première fois un danseur essaie de mélanger ses gestes baroques et une gestuel plus contemporaine. Des portés de bras baroques, mais des roulades, des corps qui se déchirent. La fusion entre les deux est totale et s’accentue. Finalement, alors qu’un corps d’une dizaine de danseurs avance tout d’un coup, on pourrait y voir soit un groupe de West Side Story tout comme un ensemble de cavaliers dans un ballet de Noverre. Les élèves ont tous su canaliser leur stress, des plus jeunes au plus âgés pour nous livrer un spectacle bien unique.

 

En revanche, les filles de Walpurgis ont eu à nouveau les mêmes problèmes de stress que lundi, les deux premières solistes ne finissent toujours bien leur s variations, pourtant excellentes par ailleurs. Sinon le spectacle m’a paru aussi classique que la dernière fois, avec peut être une salle encore plus chaude. Pour les élèves de l’école, c’est ici le rêve du tutu blanc dans Garnier, la grande danseuse romantique.

 

Après ces deux œuvres qui veulent refléter le classique de l’école française, Elisabeth Platel a eu l’intelligence de passer à quelque chose de totalement différent, l’Aunis de Jacques Garnier. Cette pièce m’avait déjà enchanté lundi, ici j’ai vu trois garçons plutôt que les trois jeunes hommes de la dernière fois. Ils semblent encore plus flexible, s’imprégner totalement de ces danses folkloriques. Ils s’amusent, répondent à la musique qu’ils semblent parfois narguer mais qui les contrôle. Comme le public, je suis totalement captivé. Les applaudissements arrivent même avant la fin de la pièce !

 

Après un rapide entracte, je rentre en trainant des pieds dans ma loge pour revoir Péchés de Jeunesse de Jean-Guillaume Bart. Cette pièce m’avait bien ennuyé dans le programme du gala, mais là c’est bien différent. Peut-être ces danseurs étaient ils moins stressés devant un public d’amis et de membres de leurs familles que devant les mécènes. Compréhensible après tout.

Finalement, la pièce m’a semblé un peu longue pour les deux dernières parties, mais sinon j’ai fini par me laisser entrainer dans l’œuvre. La musique de Rossini m’a moins gêné, accompagnant les flâneries de ces danseurs en couple, qui flirtent ou forment de vraies relations. Les pas s’enchainent, techniques, subtils : le but est de montrer la maîtrise d’une vraie technique. Ce qui m’amuse le plus est lors des pirouettes d’un des garçons, particulièrement réussies, les bravos ne viennent pas de la salle mais des coulisses. Une très bonne ambiance règne définitivement dans Garnier, du grand escalier jusqu’au foyer de la danse.

 

Cette soirée a finalement été bien différente de la première, entre confirmation et amélioration, les élèves de l’Ecole sont toujours aussi travailleurs et professionnels.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

La loge d'Aymeric - dans Danse ONP
commenter cet article

Présentation

  • : Le Blog de la Loge d'Aymeric
  • Le Blog de la Loge d'Aymeric
  • : Culturomaniaque, danse, opéra, expos, concert
  • Contact

Recherche

Catégories

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest