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La Loge d'Aymeric

Les Vêpres Siciliennes

14 Novembre 2013, 11:24am

Publié par La loge d'Aymeric

Royal Opera House
11 novembre 2013
Mise en scène : Stefan Herheim ; Direction musicale : Antonio Pappano ; Hélène : Lianna Haroutounian ; Henri : Bryan Hymel ; Montfort : Michael Volle ; Procida : Erwin Schrott

 

« Ca ne vous parait pas étrange d’aller à Londres pour voir un opéra français ? » m’avez demandé mon très élégant et très British voisin il y a deux saisons peu avant le lever de rideau des Troyens dans ce même Royal Opera House. Faits historiques (véritables ou non), cinq actes, un ballet : voilà les grandes caractéristiques d’un grand opéra français. Le public anglais y voit encore une source d’exotisme, là où les salles françaises n’y voient plus grand intérêt et peuvent de moins en moins supporter les coûts. Le nombre de français dans la salle semble supposer que nous y sommes toujours intéressés.

 

Verdi, comme Wagner, rêvait de pouvoir conquérir Paris avec un de ces ‘grands opéras,’ il a même fini par demander à Scribe, son librettiste et librettiste de tous les compositeurs français de l’époque, de rajouter un cinquième acte, pour faire plus grand opéra. Au début, Wagner a reçu une tôlée avec son Tannhäuser francisé et ballet-isé, mais Les Vêpres ont connu un joli succès avant de disparaitre du répertoire de l’Opéra alors que le public se lassait de ce type d’œuvre.

 

Si j’insiste sur l’aspect historique du ‘grand opéra’ symbolisé entre autres par Meyerbeer et Halévy, c’est parce que c’est le point de départ de la réflexion de Herheim pour sa mise en scène. Le décor est donc bien loin de celui de la Palerme du XIIIe. Il s’agit de celui de la salle Le Peletier, l’Opéra qui a précédé Garnier, où Degas peignait et où les vies de la Comédie Humaine se faisaient et se défaisaient.

 

Le combat entre les Français envahisseurs et les Siciliens nationalistes semble alors devenir une lutte entre le public de l’Opéra planqué dans les loges et la troupe de l’Opéra. Mais on y pense finalement bien peu et (heureusement) l’opéra ne devient pas un pamphlet marxiste contre la bourgeoisie et conserve toute sa saveur de bon nationalisme à la Verdi (depuis La Force du Destin et Aïda à l’Opéra de Paris, je ne reviens pas dessus). Les parois sont tour à tour les loges de l’Opéra, des miroirs de studio de danse ou encore les murs des salons d’apparat. Les lumières enfin accentuent l’effet de clair-obscur qui reflètent les dilemmes des personnages centraux.

 

Quelques bonnes idées qui rendent la mise en scène intéressante. A commencer par cette référence directe et permanente au Degas de la salle Le Peletier en mettant, à chaque interlude musicale, des danseuses en tutu de Giselle, abordant parfois les ailes des Willis. Elles semblent symboliser la stabilité de la Sicile pendant l’ouverture, l’essence même de la nation, perturbées puis violées par des hommes français en arme. Naitra d’une des ces unions Henri, que l’on apercevra tout au long de l’œuvre comme un enfant blondinet qui vient rappeler à Montfort ses actions passées. Un air de Lohengrin à la Scala finalement.

 

Qui dit grand opéra dit avant tout grand chœur et scène de fanfare. On perd un peu de splendeur ici, les chœurs sont corrects mais ne m’émerveillent pas comme peuvent le faire ceux de Paris parfois. Ils semblent s’améliorer pour le quatrième acte qui est, dans l’ensemble, celui qui m’a le plus plu. Le temps que je m’en remette, le cinquième est passé et la moitié des personnages est déjà morte.

 

Si j’ai pu passer un si bon moment malgré les quatre heures de spectacle (dont deux debout en fond d’amphithéâtre), c’est sans doute grâce aux merveilleux solistes sur scène, à commencer par les deux barytons : Michael Volle et Erwin Schrott. Le second réalise un quasi sans faute, avec ce type de voix qui vous assoit sur votre siège quant il défend la valeur de la patrie et le sacrifice de soi même. Une sorte de conscience morale venue d’un autre monde pour rappeler chacun à son devoir sacré. Volle est sans doute encore plus spectaculaire, avec un jeu d’acteur supérieur et une présence écrasante sur scène, alternant sans problème entre l’autorité militaire et la tendresse envers son fils, apportant ainsi un troisième acte de haute volée.

 

Bryan Hymel, Henri, semble ici plus prêt pour le rôle qu’il ne l’avait été pour Les Troyens (en remplacement de Kaufmann), une diction impeccable, une douceur de voix qui alterne avec toutes les nuances du ténor. Ses plaintes au quatrième acte et ses différentes déclarations d’amour sont parmi les plus beaux moments de l’opéra.

 

Enfin, l’unique soprano, Haroutounian, dans le rôle d’Hélène, est arrivée sur scène après quelques problèmes de distributions. Elle semble donc ne pas maîtriser tout à fait une des grandes difficultés du rôle, la diction française. L’écart par rapport aux autres chanteurs semble si fort que cela lui nuit d’abord. Mais passé cette barrière, le chant est juste, mais pas suffisamment fort émotionnellement pour qu’elle puisse contre balancer tout à fait les efforts de ses camarades. Arrivé aux deux derniers actes, l’émotion arrive enfin et elle est ovationnée à la suite de ses airs du quatrième.

 

Le changement drastique dans la dramaturgie qui la rend tout d’un coup maîtresse du jeu dans le dernier acte la propulse sur le premier plan de l’action. Elle en devient encore plus faible et apparait pour une fois comme la femme désespérée et déchirée telle qu’il en existe tant chez Verdi dans ses opéras plus italiens, là où il était sans doute le plus à l’aise.

Les Vêpres Siciliennes

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