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La Loge d'Aymeric

Kabaret Warszawski

9 Février 2014, 21:01pm

Publié par La loge d'Aymeric

8 février 2014
Théâtre de Chaillot

4h30 de spectacle (en polonais surtitré) qui passent encore plus vite qu’Einstein on the beach, Warlikowski confirme de nouveau qu’il relève du génie. Son Médée de la saison dernière reste une de mes meilleures impressions de la saison dernière. Je vais sans doute avoir beaucoup de mal à parler de cette nouvelle œuvre hybride, qui relie performance scénique et théâtre plus classique, tant les références à d’autres œuvres sont multiples. Beaucoup de mal à expliciter, mais je vais décrire comme je peux ce que j’ai ressenti.

Les deux premières heures se déroulent dans un Berlin des années 30, inspiré d’un texte de celui qui léguera au grand public Cabaret. La première scène chez Chris, qui enseigne l’anglais à une juive allemande qui s’apprête à partir pour les Etats-Unis pour échapper au nazisme montant. Arrive alors Sally Brown, qui rappelle presque la Médée – Amy Winehouse de la saison dernière. Mini-mini-robe, maquillée grossièrement, une bouteille à la main, rapidement xénophobe, moqueuse et vulgaire. Ensuite une scène de cabaret où un à un on nous présente les acteurs comme des danseurs ou chanteurs. Tous ces hommes et femmes qui vont nous faire entrer dans leur monde, le nôtre. De là part la pièce, chaque morceau entouré et séparé de musiques explosives. Tous les thèmes y passent : la starlette passée ou carriéristes, la musique de Wagner contre celle de Schönberg, les problèmes sentimentaux ou sexuels, le racisme, quelques timides approches de l’homosexualité et les derniers problèmes de mariage arrangé. Tout cela autour d’un cabaret où chacun peut se révéler tel qu’il est. La scène finit sur les JO de 36 et une remise d’Oscar à Sally.

Cette partie est particulièrement prenante. Les acteurs me rappellent ceux du Tanztheater de Pina Bausch, notamment Kontakthof. Ils sont avant tout humain, tout fard rajouté est là pour grossir des traits existants, non pas pour faussement embellir. Je trouve donc Sally Brown tout à fait émouvante dans sa quête d’elle-même. La vieille française Jacqueline dont nous suivons les dernières heures de cabaret et les amours avec Pepe apportent également ses sentiments de dégout et de tendresse. Ou la scène où la bourgeoise juive s’est faite agressée dans une foule, se lamente et se moque de son ami impuissant du moment. La magie de Warlikowski est de réussir à nous saisir l’attention du début à la fin : on est d’abord intrigué puis passionné. La barrière de la langue transforme l’histoire en sorte de témoignage étranger, mais on ne s’approche pas pour autant (heureusement) du reportage historique. C’est le naturel des acteurs, leur implication dans la mise en scène et leur capacité à relancer le débat qui est passionnant.

Après un rapide entracte, retour dans une toute autre atmosphère, celle de la phobie post 11 septembre que Warlikowski met en parallèle avec la première période. Il remarque avec tristesse le retour du nationalisme et du sectarisme en Pologne, qui l’effraie. De la même façon, il va donc mettre en lumière les différents problèmes de notre société. Je trouve néanmoins que sans le recul de 80 et quelques années, cela me touche moins, mais l’ensemble reste globalement très fort.

Les sources sont le film Shortbus et la biographie de Justin Vivian Bond. La première scène montre Jamie et James chez une sexologue frigide. Ils se lassent de leur vie monogame et souhaite élargir à une troisième personne. Et nous partons dans un monde de night-club, sex-shop, orgy. Comment atteindre l’orgasme ? Comment envisager une relation sentimentale ? Une scène moins réussie, sur l’attentat de septembre 2001 directement, sur une musique de Radiohead, qui finit pour autant par nous toucher. Enfin une dernière scène où les différents antagonistes semblent enfin heureux avec eux-mêmes, ou au moins plus calmes. Ainsi de James, en sirène suspendue, calmé de tous ses tracas. Le tout entouré par un acteur qui joue le rôle de Bond, tantôt homme, tantôt femme.

Le décor est classique de Warlikowski, des carreaux blancs, une salle de bain avec bidet, une cabine de strip-teaseur, un rideau doré qui se coulisse sur le côté, et un canapé qui servira à travers toutes les scènes. La musique est jouée soit sur les enceintes, soit par l’orchestre et ne fait qu’accentuer les émotions et les ressentiments. Ce qui ressort de ces 4h30 est fort, j’en retiens des images de théâtre réellement engagé, avec un message clair et des questions sous-jacentes. Et une nouvelle playlist.

Kabaret Warszawski

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