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La Loge d'Aymeric

Balanchine/Millepied

10 Mai 2014, 11:50am

Publié par Aymeric

Première de rêve pour ce programme américanisé, avec huit étoiles présentes sur scène et plusieurs anciens et nouveaux talents que le public de Bastille a découverts, émerveillé. Une soirée waouh-c'est-trop-bien.

Les deux ballets vivent en symbiose, le premier nous donne la pêche et l'énergie nécessaire pour apprécier le deuxième. Les apprentissages de Balanchine se retrouvent, modernisés chez Millepied. Les influences extérieures se sentent, quelque soit le côté de l'Atlantique.

Le palais de Cristal est la seule chorégraphie que Balanchine a créée l'Opéra. Il l'a ensuite reprise (et simplifiée comme nous l'apprennent les Balletonautes) sous le nom de la partition de Ravel, Symphony in C, pour le New York City Ballet (qui le dansait d'ailleurs en même temps au Lincoln Center). La musique est électrique, rythmée puis plus délicate sans perdre de sa force. Les nouveaux costumes de Lacroix brillent sans doute moins que la Source mais rendent hommage à la tradition. Seul petit hic, les solistes et le corps du ballet du premier mouvement, les couleurs jurent un peu.

Quatre mouvements dont trois allegro, quatre couleurs, quatre styles. N'ayant jamais vu Joyaux en live, je ne permettrais pas de dangereux parallèle mais j'ai quand meme bien senti  la même alternance de styles de danse, tantôt plus russe (comme cette entrée Lac des Cygnes au deuxième mouvement), tantôt plus raffiné français ou plus américain.

De retour sur scène, Mathieu Ganio met déjà la barre très haute avec Amandine Albisson qui remplaçait Laetitia Pujol. Le rythme effréné du premier mouvement ne laisse pas de place à l'erreur. J'ai trouvé les demi solistes un peu en retrait, mais l'ensemble campait une superbe entrée en matière. Deux danseurs nobles aux lignes fines et élégantes.

S'ensuit un autre retour, celui de Gillot, qui se retrouve bien occupée avec son Orphée à Garnier. C'était la première fois que je la voyais sur pointe et il faut avouer qu'il y a quelque chose de particulier et de magnifique dans sa façon de danser du néo. Le partenariat avec Paquette, s'il n'est pas brillant, offre un joli rendu avec une certaine finesse.

Retour à l'allegro avec le vert de Pagliero et Thibault, qui remplaçait Mathias Heymann malheureusement retiré des distributions. Si j'étais bien content de le revoir, Thibault semblait un peu fatigué dans l'ensemble (un remplacement au pied levé peut-être?) alors que Pagliero nous a fait partager de jolis moments de technique assurée comme elle sait si bien le faire. C'est le mouvement pour lequel j'ai le plus profité des demi solistes, le quatuor Westermann-Bourdon-Révillion-Bittencourt étant très en forme.

Enfin le quatrième mouvement rassemble tout le monde sous le lead de Raveau et Nolwenn Daniel, mignons mais un peu dragée dans leur costumes roses. Raveau est vraiment un des meilleurs danseurs de sa génération et il continue à m'époustoufler, même à coté de ses ainés.

Après l'entracte, la nouvelle création de Benjamin Millepied, une sorte de première rencontre entre le futur directeur et la troupe. On sentait une certaine excitation générale depuis le début des répétitions et la première a été accueillie par des ovations. Millepied nous avait parlé de son ballet lors d'une rencontre publique et je voyais donc la réunion de ses travaux avec ceux de Buren et Jordan. Je passe outre l'histoire un peu incompréhensible des amours du berger et de la nymphe.

La musique nécessite à mon avis une première écoute avant de la découvrir en même temps que le ballet. Elle est onirique et céleste, à mille lieux du divertissement féérique, une musique réellement sérieuse pour de la danse. Quant à Buren, l'idée n'était pas mauvaise, faisant s'alterner en l'air les formes géométriques et colorées qui doivent venir des restes de Monumenta et s'alternent avec les éternelles bandes noirs et blanches. Mais il y a presque trop de mouvements et j'ai été un peu trop dérangé par ces va et vient pas toujours justifiés. Les danseurs reprendront dans le dernier mouvement les différentes couleurs de Buren pour un résultat chamarré plutôt réussi.

Pour arriver à la chorégraphie, je sens que Millepied a créé selon le danseur. Ainsi le moment le plus fort de ce ballet est la variation d'Alu, indéniablement brillante. Je ne pense pas avoir déjà vu une telle danse à l'Opéra. Virtuose, enflammée, tenant sur la longueur sans jamais fatiguer. Jamais vu une telle ovation à la suite d'une variation.

Léonore Baulac a également eu droit à quelque instants privilégiés, dont un instant seule sur scène avant d'entrainer ses compagnons. Je regrette que le couple de seconds rôles n'ait pas une chorégraphie plus importante. Abbagnato et Carbone étaient à leur habitude très bons, surtout dans des rôles de séducteurs experimentés, mais j'aurais bien aimé les voir un peu plus sur scène.

Quant aux rôles principaux, le couple Moreau-Dupont a été élégant et passionné comme à son habitude. Ils ont su s'approprier la chorégraphie plutôt technique et pas toujours très facile. Les bras se croisent et se décroisent en tournant, les corps volent et les jambes s'entrelacent.

Balanchine/Millepied

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