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La Loge d'Aymeric

Béjart Ballet Lausanne à Versailles

18 Juin 2014, 12:04pm

Publié par La loge d'Aymeric

Bejart aimait voir les choses en grand. Vivant il réussissait à remplir le palais des sports; mort, sa compagnie célèbre ses 25 ans dans un Palais des Congrès plein à craquer. Nouvelle réussite cette saison, avec un programme fort et pertinent devant l'Orangerie du Château de Versailles.

Programme dans l'ensemble pertinent et logique, si ce n'était pour cette Dame aux Camélias qui tombe comme un cheveu sur la soupe entre les trois autres œuvres. Première fois que je vois une pièce de Béjart qui ne soit pas dans le très spectaculaire, mais l'endroit n'est pas adapté à cette pièce plutôt intimiste. Elisabet Ros y est certes tres belle comme souvent, mais la chorégraphie est un peu plate. Après les différentes Dames de Neumeier en début d'année à Garnier, j'ai eu du mal à m’intéresser à cet étrange morceau sur Chopin et Francesco Cilea qui manque diablement de lyrisme.

La soirée s'ouvrait sous un vent fort, dans le thème de la première pièce: 7 danses grecques. C'est une parfaite introduction à l'écriture Béjart-ienne. Sur une musique folklorique grecque, les danseurs se succèdent, formant les positions géométriques chères au chorégraphe: des ronds centrés sur un danseur, des carrés. Quelques pas folkloriques, des pointes mais pas trop, des jetés, beaucoup de spectaculaire avec notamment Oscar Chacon qui mène la troupe dans ses danses bacchanales. Chaque danse succède à l’autre avec une thématique et une structure différentes qui rendent l’ensemble intrigant et stimulant.

De Bakhti III, le balletomane averti connait la variation de Vishna pour l'avoir vu une bonne quinzaine de fois en concours de promotion, mais, comme Arepo, peu ont réellement vu l’œuvre en entier. La pièce est une sorte de Mystère hindou: une déesse, son dieu et des divinités mineures ou adorateurs qui dansent un épisode. Marsha Rodriguez y est élégante en pointes, entourée par un corps d'hommes puissants. Une pièce plutôt courte mais entrainante et éclectique.

La soirée finit avec the piece: le Boléro, qui trouve ici un emplacement de choix, après la place du Trocadéro dans le film de Lelouch. Elisabet Ros devait assumer une des dates, mais c'est finalement Julien Favreau qui danse les deux représentations. Il y est tellement captivant que je l'ai fixé pendant les 20 mn de la pièce, sans jamais pouvoir m’en détacher. J'adore la musicalité de cette pièce, avec ce pied qui bat le rythme en permanence, avec les quelques écarts que le danseur s'octroie sur le rythme continu de Ravel. Lorsque je l'avais vu avec Ros, elle exerçait une forte attraction sexuelle sur les hommes autour d'elle, une liane, un piège pour les attirer à elle. Ici, c'est un peu l'opposé, Favreau pousse les quarante danseurs sexuellement vers l’extérieur. Pas de sensualité, mais de la violence, avec une légère touche d’appréhension dans le regard.

La lumière s'allume au bout de quelques minutes, avec des lampes partout dans le jardin de l'Orangerie, on se croit en plein jour alors que la tension continue de monter pour s'abattre dans un dernier mouvement apocalyptique.

Le Béjart Ballet est une des seules compagnies à s'en sortir très bien malgré la disparition de la figure titulaire. Alors que la Forsythe Company et le Wuppertal de Pina Bausch semblent en péril, le sourire de Favreau, l'énergie des danseurs et la joie de Gil Roman aux saluts sont un gage d'avenir pour les chorégraphies de Maurice Béjart.

Béjart Ballet Lausanne à Versailles

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