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La Loge d'Aymeric

Défilé, Robbins, Ratmansky

21 Juin 2014, 21:07pm

Publié par Aymeric

Avant même les deux œuvres du programme, le public était réuni à Garnier pour le mythique défilé du Ballet de l’Opéra de Paris. D’autant plus mythique que c’était le dernier de Nicolas Le Riche en tant que danseur étoile. La plus jeune élève de Nanterre s’avance, entrainant avec elles ses camarades. Les danseuses du corps de ballet suivent, encadrant les premières danseuses et les étoiles en ordre inverse de nomination. Deux belles ovations pour ouvrir et fermer les étoiles femmes : Amandine Albisson et Aurélie Dupont. Si l’absence de Myriam Ould Braham se fait sentir, tout comme celles des jeunes ‘retraitées’ Letestu et Ciaravola, c’est avec plaisir que je retrouve Dorothée Gilbert sur scène.

Les hommes ensuite, avec un cri de joie personnel pour Mathieu Ganio, une ovation remarquée pour le trio Alu-Bézard-Raveau, et enfin pour Le Riche qui arrive en courant au devant de son public. Dès le rideau tombé, j’entends qu’il reçoit une ovation particulière de l’ensemble de la troupe et de l’École.

Après ce moment de frisson sous la musique de Berlioz, avec un public certes un peu froid, passons maintenant aux deux œuvres présentées. Pour être tout à fait honnête, je ne m’attendais pas à grand-chose. Si Dances at a gathering est un pur produit Robbins, il m’avait paru bien long lors de la dernière reprise. Quant à Psyché, il ne m’avait absolument pas convaincu du talent de Ratmansky, enlaidi par ses costumes et ses décors.

Finalement, les images de Dances me sont restées en tête depuis trois ans et les musiques de Chopin m’entrainaient directement vers ces souvenirs de variations. Et cette fois-ci, le temps ne m’a pas du tout semblé long. En suivant de près chaque mouvement, j’ai trouvé que chacun réussissait à transmettre une histoire.

Mathieu Ganio s’est de nouveau affirmé en danseur marron, il mène l’ensemble de la troupe et commence à s'afficher comme leader. Toujours autant d’expression, de belles lignes et d’amusement. L’autre figure de soliste est Aurélie Dupont. De Rose, elle passe maintenant à Vert, rôle marqué par les élégantes Grinsztajn et Letestu. Pas tout à fait son type de rôle, mais à une année du départ, elle essaie de nouvelles choses, plutôt entrainantes. Et si sa gestuelle n’est pas aussi altier, elle transmet une sorte de légèreté doublée d’autorité qui n’est pas désagréable.

Les trios féminins, constitués successivement de Pagliero (rose), Albisson (mauve), Giezendanner (bleu) et Daniel (jaune), sont charmants et malicieux. Mon coup de coeur va vers les deux premières, particulièrement piquantes avec Mathieu Ganio et Karl Paquette. Une impression d'innocene doublée d'une volonté espiègle avant de sombrer dans une forme de mélancolie. Daniel apporte la dose de légéreté nécessaire à l'ensemble.

Les hommes, Hoffalt (vert), Paquette (violet), Duquenne (bleu) et Thibault (rouge brique), continuent dans cet esprit là. Les images restent en tête : la ronde de Paquette et Ganio, le partenariat efficace d’Albisson et Hoffalt, l'espièglerie de l'ensemble. Thibault joue au solitaire, une sorte de contrepoids à Dupont.

Derrière la succession de morceaux de Chopin et d’épisodes dansés, une histoire commence à prendre forme grâce aux petites gestuelles de chacun. Cette histoire reste peut-être différentes pour tous, mais il me semble que la troupe a compris comment danser le mieux possible cette œuvre : y donner corps avec une dose de bonne humeur, d’énergie et, avant tout, de nostalgie. 

Après cette surprise en est venue une deuxième avec Psyché. J’ai enfin réussi à y voir une jolie chorégraphie. Il y a encore beaucoup de choses à enlever ou alléger cependant : les costumes des Zéphyrs, des femmes-fleurs, les décors grossiers et surtout ce final qui ruine tous les efforts avec les confettis, les cœurs et Psyché enceinte. Outre ceci, l’histoire se suit facilement, aidée en partie par le chœur et la musique. L’ensemble n’est d’ailleurs pas sans rappeler Daphnis et Chloé.

Laetitia Pujol est une Psyché fragile, intriguée et passionnée. Cette danseuse me plait décidément, après un Fall River de haut niveau. Du haut de ma loge, elle me parait aussi jeune que son Eros. Son expressivité donne enfin quelques reliefs à un personnage aisément fade. Ses pointes et arabesques combinées aux belles lignes de Marc Moreau nous font voir deux jolis pas de deux.

Moreau réussit brillamment sa prise de rôle, attentionné à travers toute l’œuvre, peut-être un peu stressé. Endosser un rôle de soliste lors d’une première, ce n’est pas évident pour un Sujet. De son entrée à la découverte de son cœur qui bat, il réussit à être tout à fait expressif. Une jeunesse d’Eros, une fougue qui se découvre avec l’amour, une appréhension quand Psyché disparait, une première opposition à sa mère : Moreau nous fait croire à ce mythe d’un enfant qui devient adulte.

Le reste des danseurs semble avoir compris ce qu’on attendait d’eux, c'est-à-dire peu de réflexions et beaucoup de démonstration. Ainsi Renavand s’en sort très bien en Vénus, majestueuse et hautaine ; les membres du corps font un très bon travail dans les ensembles, comme dans la scène d’ouverture.

Donc finalement, pourquoi pas y retourner, comme le 7 juillet, avec Diana Vishneva et Evan McKie ?

Défilé, Robbins, Ratmansky

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