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La Loge d'Aymeric

La Traviata (Jacquot, Damrau, Tézier)

12 Juin 2014, 17:48pm

Publié par Aymeric

Ce spectacle était un des plus attendus de la saison, enfin Damrau allait venir chanter Violetta à Paris, un rôle qu’elle avait brillamment interprété à Milan et Londres au cours de la saison. Bilan des courses, une belle soirée marquée par la sobriété qui manque toutefois de peu de choses pour devenir une très belle soirée.

Benoit Jacquot avait réussi un joli coup avec Werther, vu sur cette scène de Bastille il y a peu de temps. Le romantisme allemand, la musique de Massenet et les voix de Koch et Alagna s’étaient installés dans les tableaux immobiles du cinéaste. Malheureusement le coup ne marche pas à tous les coups, et Traviata est une œuvre davantage en mouvement. Une toile de fond ne peut donc pas suffire pour mettre en valeur la sensualité et les spécificités de l’œuvre.

Comme cinéaste, Jacquot ne doit pas aimer que le décor évolue devant l’œil du spectateur, il n’y a donc aucun mouvement sur scène, pas même un escalier qui tourne pour s’installer. Deux entractes entrecoupent l’œuvre pour installer chaque acte. S’il l’avait pu, Jacquot aurait sans doute calé un troisième entracte entre les deux parties du deuxième acte. Résultat, il préfère couper la scène en deux, d’un côté un arbre pour la maison de la campagne, de l’autre un grand escalier pour symboliser le retour à la grandeur parisienne. Aucun lien entre les deux alors qu’il aurait pu en jouer.

Ainsi le premier et le troisième acte nous montre sur un fond noir le lit de Violetta, l’Olympia de Manet, une coiffeuse et éventuellement un indiscret. Rien de plus. Dans les deux actes, le panneau du fond de scène s’ouvrira pour nous montrer les chœurs d’homme qui resteront malheureusement tout à fait statiques. Le carnaval de la dernière scène ne se reflète aucunement sur scène, le désir d’aller danser de l’ouverture non plus.

Gestion catastrophique des chœurs, ils sont heureusement mieux gérés au bal de Flora, descendant ce grand escalier plutôt élégant. Il manque néanmoins une certaine débauche que vient rechercher Violetta. Tout semble trop sage, même dans la danse des toréadors et des zingarelles, étrangement travestis. Dans ses choix, celui de filer la comparaison avec Olympia est discrète mais réussie, avec une Anina affutée comme la servante noire du fameux tableau.

J’arrive néanmoins aux points plus souriants de la soirée, à commencer par l’orchestre, qui ne semble pas avoir eu d’autres choix que de respecter la mise en scène. La direction de Ciampa est donc élégante et accompagne les chanteurs sans les oppresser. Le dernier acte est particulièrement réussi.

Damrau réussit à assouvir mes attentes, elle est réellement exceptionnelle, son Addio finale est émouvant à en pleurer. Calme de l’ensemble, elle réussit mieux dans les passages larmoyants du deuxième acte et du dernier que dans les airs plus entrainants du premier. En face, Demuro n’est pas totalement à la hauteur en Alfredo mais ce n’est pas tout à fait gênant, on voit en lui le jeune homme qui croule sous le poids social de son père et de l’amour de Violetta.

Une des autres réussites de la soirée est Ludovic Tézier, sa voix rappelle à la salle le poids de Germont, qui sert d’allégorie à la société toute entière. Ses sermons sont forts et expressifs. A l’inverse de certains autres chanteurs (et danseurs dans la version Neumeier), je vois moins le pardon chez lui au deuxième acte, qui tombe un peu dans la soupe au troisième acte.

Damrau est donc une Violetta superbe, qui reflète ce que je lis régulièrement : la Traviata est une prostituée sacrifiée sur l’autel de la morale bourgeoise.

La Traviata (Jacquot, Damrau, Tézier)

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