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La Loge d'Aymeric

Don Giovanni au TCE

25 Avril 2013, 20:03pm

Publié par La loge d'Aymeric

23 avril 2013
Théâtre des Champs Elysées
Direction musicale: Jérémie Rhorer et le Cercle d'Harmonie
Mise en scène: Stéphane Braunschweig
Don Giovanni: Markus Werba; Donna Elvira: Miah Persson; Don Ottavio: Daniel Behle; Donna Anna: Sophie Marin-Degor; Leporello: Robert Gleadow; Zerlina: Serena Malfi; Masetto: Nahuel Di Pierro; Le Commandeur: Steven Humes


 

 

Décidément, Don Giovanni reste un de mes opéras préférés. De Mozart, je trouve que c'est le plus complet, le mieux proportionné entre l'humour et le sérieux, entre légèreté et noirceur. Jusqu'à cette ultime scène du diner. Leporello et Don Giovanni s'amusent et nous amusent, notamment en jouant quelques airs dont le très connu non piu andrai farfallone amoroso des Noces. La salle s'amuse, et pourtant quelques mesures plus tard et nous voyons la statue du Commandeur lancer Giovanni en enfer. 

 

Chef d'oeuvre? Indéniablement.

 

Comme le précise Michel Franck quelques instants avec le lever du rideau, c'est un grand défi pour un théâtre de monter un Don Giovanni. Et le Théâtre des Champs a indéniablement réussi, notamment en s'entourant de chanteurs exceptionnels. 

 

Leporello est le monstre de cette production, son air du catalogue me garde suspendu dès le début de la pièce. C'est celui qui semble tenir le mieux et sa voix et sa présence sur scène jusqu'à la fin. Il est massif, près de deux mètres et pourtant sert un petit Markus Werba. Ici, Leporello n'est pas, comme chez Haeneke, amoureux de son maitre, mais joue beaucoup plus la carte de l'exaspération véritable. En fait Braunschweig en fait son personnage central, ou plutôt celui qui joue le rôle du spectateur. A l'image de ce dernier, c'est le seul à avoir ce caractère où les impressions se mélangent, à l'inverse des autres personnages plus figés. L'ouverture et nous voyons le corps inanimé de Giovanni près à entrer dans les enfers. Puis Leporello commence à se souvenir et nous revenons en arrière pour vivre la dernière journée du damné. Même dans la mort, Giovanni part séduire deux infirmières, Leporello en devient fou.Il reste le témoin des premières scènes pour nous rappeler que nous vivons dans son souvenir.

 

Dans cette mise en scène moderne et juste, les excès sont présents: excès de sexe et de femmes, excès de drogue, excès de mort et excès de situations périlleuses. Et surtout la mort qui nous entoure. La scène est très noire, s'assombrissant à travers l'oeuvre, et la lumière, et les costumes. Les premiers actes restent très sages, le manège tourne révélant plusieurs salles. Puis avec l'arrivée du bal, les chanteurs (solistes et choeurs) s'habillent de vêtements XVIIIème, clin d'oeil à Mozart et à l'esprit libertin type Casanova et Liaisons Dangereuses. Les scènes de partouze se succèdent dans différentes salles du palais avant que nous arrivions devant une ultime salle où dans les fenêtres sont encastrées des cadavres de femmes vêtus de robe rouge. La mort est annoncée et entoure déjà ce Barbe Bleue qui n'a pas d'autre choix que de suivre la même voie.

 

À l'inverse d'Haeneke, Braunschweig ne nous place pas entièrement dans un huis clos. Le manège avec ses trois ou quatre salles est réaménagé à l'entracte, nous mettant dans le palais de Don Giovanni, dans la maison du Commandeur ou encore dans la rue. C'est fait très simplement mais cela fonctionne intelligemment. Les lits sont les principaux éléments de décoration évidemment, placés presque dans chaque pièce pour nous rappeler les activités que Don Giovanni décrit plus qu'importantes que l'air qu'il respire ou que du pain qu'il mange. 

 

En voyant Werba, on croit vraiment voir un Don Giovanni dans sa veste blanche cintré au dessus d'un t-shirt évasé un peu moulant et avec ses cheveux plaqués en arrière. Comme dit ma voisine qui me chipe mes jumelles "il n'y a que des beaux gosses sur scène!" Et en effet ce personnage fait très séduisant jeune homme puissant. Tout qui attire finalement Zerlina qui cherche mieux que son Masetto trop commun. Tout ce qui attire cette Elvira qui ne réussit pas à se détacher de son magnétisme. Ou encore cette Anna trop coincée dans ses conventions sociales et sent attirer par ce marginal.

 

Lors de mon dernier Don Giovanni, les trois femmes ne rivalisaient guère. Véronique Gens ressortait du trio et Petibon brillait comme soprano mais peu en actrice. Ici même Zerlina, personnage dont je n'avais pourtant pas un souvenir ému, m'a beaucoup impressionné surtout dans la seconde partie. Même de caractère, les Donne sont bien choisies. Lors de la séance de travail à laquelle j'avais assisté, Miah Persson n'hésitait pas à demander que l'on change quelques mouvements qui n'allaient pas. Elle s'imposait, et elle m'a complètement emballé, sa voix est d'un très beau ton, ni trop fragile ni trop show. En face, Sophie Marin-Degor semblait légèrement plus timide dans l'ensemble, s'imposant de temps en temps. Et c'est tout à fait le rôle de Donna Anna. On ne devine pas le coffre qu'elle cache en réalité, et qui permet d'entendre une voix d'une clarté saisissante.

 

En face, Octavio réalise très bien le rôle en retrait qui ne comprend pas ce qui se passe ou si peu et ne comprend pas pourquoi il ne peut pas faire comme tous les autres membres de sa caste et épouser une riche héritière. Lors de son air du deuxième acte, je le découvre, un peu trop tard finalement. Masetto me plait aussi, mais semble décidément bien effacé par le reste du casting. Je note toutefois pour lui comme pour les autres un très bon jeu d’acteur. Braunschweig vient du théâtre et importe ses capacités pour former ses chanteurs.

 

Je finis ce casting par le Commandeur de Steven Humes, rôle un peu ingrat, quelques notes au début, puis un final prenant qui nous saisit. Sa noirceur semble durer pour des éternités. Lorsqu’il condamne Don Giovanni à mourir avant l’aube, j’ai l’impression que sa voix est très sonorisée, pour durer aussi longtemps. Et puis non, je continue à me dire que cela aurait pu être possible. Toute la scène du dîner de pierre est réellement prenante, Pentiti ! No !

 

Me voilà ravi à la sortie de ce spectacle, j’ai hâte de réentendre Rhorer la saison prochaine au TCE ainsi que la semaine prochaine dans le Requiem de Mozart.

  

Décidément, Don Giovanni reste un de mes opéras préférés. De Mozart, je trouve que c'est le plus complet, le mieux proportionné entre l'humour et le sérieux, entre légèreté et noirceur. Jusqu'à cette ultime scène du diner. Leporello et Don Giovanni s'amusent et nous amusent, notamment en jouant quelques airs dont le très connu non piu andrai farfallone amoroso des Noces. La salle s'amuse, et pourtant quelques mesures plus tard et nous voyons la statue du Commandeur lancer Giovanni en enfer. 

 

Chef d'oeuvre? Indiscutablement.

 

Comme le précise Michel Franck quelques instants avec le lever du rideau, c'est un grand défi pour un théâtre de monter un Don Giovanni. Et le Théâtre des Champs a indéniablement réussi, notamment en s'entourant de chanteurs exceptionnels. 

 

Leporello est le monstre de cette production, son air du catalogue me garde suspendu dès le début de la pièce. C'est celui qui semble tenir le mieux et sa voix et sa présence sur scène jusqu'à la fin. Il est massif, près de deux mètres et pourtant sert un petit Markus Werba. Ici, Leporello n'est pas, comme chez Haeneke, amoureux de son maitre, mais joue beaucoup plus la carte de l'exaspération véritable. En fait Braunschweig en fait son personnage central, ou plutôt celui qui joue le rôle du spectateur. A l'image de ce dernier, c'est le seul à avoir ce caractère où les impressions se mélangent, à l'inverse des autres personnages plus figés. L'ouverture et nous voyons le corps inanimé de Giovanni près à entrer dans les enfers. Puis Leporello commence à se souvenir et nous revenons en arrière pour vivre la dernière journée du damné. Même dans la mort, Giovanni part séduire deux infirmières, Leporello en devient fou.Il reste le témoin des premières scènes pour nous rappeler que nous vivons dans son souvenir.

 

Dans cette mise en scène moderne et juste, les excès sont présents: excès de sexe et de femmes, excès de drogue, excès de mort et excès de situations périlleuses. Et surtout la mort qui nous entoure. La scène est très noire, s'assombrissant à travers l'oeuvre, et la lumière, et les costumes. Les premiers actes restent très sages, le manège tourne révélant plusieurs salles. Puis avec l'arrivée du bal, les chanteurs (solistes et choeurs) s'habillent de vêtements XVIIIème, clin d'oeil à Mozart et à l'esprit libertin type Casanova et Liaisons Dangereuses. Les scènes de partouze se succèdent dans différentes salles du palais avant que nous arrivions devant une ultime salle où dans les fenêtres sont encastrées des cadavres de femmes vêtus de robe rouge. La mort est annoncée et entoure déjà ce Barbe Bleue qui n'a pas d'autre choix que de suivre la même voie.

 

À l'inverse d'Haeneke, Braunschweig ne nous place pas entièrement dans un huis clos. Le manège avec ses trois ou quatre salles est réaménagé à l'entracte, nous mettant dans le palais de Don Giovanni, dans la maison du Commandeur ou encore dans la rue. C'est fait très simplement mais cela fonctionne intelligemment. Les lits sont les principaux éléments de décoration évidemment, placés presque dans chaque pièce pour nous rappeler les activités que Don Giovanni décrit plus qu'importantes que l'air qu'il respire ou que du pain qu'il mange. 

 

En voyant Werba, on croit vraiment voir un Don Giovanni dans sa veste blanche cintré au dessus d'un t-shirt évasé un peu moulant et avec ses cheveux plaqués en arrière. Comme dit ma voisine qui me chipe mes jumelles "il n'y a que des beaux gosses sur scène!" Et en effet ce personnage fait très séduisant jeune homme puissant. Tout qui attire finalement Zerlina qui cherche mieux que son Masetto trop commun. Tout ce qui attire cette Elvira qui ne réussit pas à se détacher de son magnétisme. Ou encore cette Anna trop coincée dans ses conventions sociales et sent attirer par ce marginal.

 

Lors de mon dernier Don Giovanni, les trois femmes ne rivalisaient guère. Véronique Gens ressortait du trio et Petibon brillait comme soprano mais peu en actrice. Ici même Zerlina, personnage dont je n'avais pourtant pas un souvenir ému, m'a beaucoup impressionné surtout dans la seconde partie. Même de caractère, les Donne sont bien choisies. Lors de la séance de travail à laquelle j'avais assisté, Miah Persson n'hésitait pas à demander que l'on change quelques mouvements qui n'allaient pas. Elle s'imposait, et elle m'a complètement emballé, sa voix est d'un très beau ton, ni trop fragile ni trop show. En face, Sophie Marin-Degor semblait légèrement plus timide dans l'ensemble, s'imposant de temps en temps. Et c'est tout à fait le rôle de Donna Anna. On ne devine pas le coffre qu'elle cache en réalité, et qui permet d'entendre une voix d'une clarté saisissante.

 

En face, Octavio réalise très bien le rôle en retrait qui ne comprend pas ce qui se passe ou si peu et ne comprend pas pourquoi il ne peut pas faire comme tous les autres membres de sa caste et épouser une riche héritière. Lors de son air du deuxième acte, je le découvre, un peu trop tard finalement. Masetto me plait aussi, mais semble décidément bien effacé par le reste du casting. Je note toutefois pour lui comme pour les autres un très bon jeu d’acteur. Braunschweig vient du théâtre et importe ses capacités pour former ses chanteurs.

 

Je finis ce casting par le super Commandeur de Steven Humes, rôle un peu ingrat, quelques notes au début, puis un final prenant qui nous saisit. Sa noirceur semble durer pour des éternités. Lorsqu’il condamne Don Giovanni à mourir avant l’aube, j’ai l’impression que sa voix est très sonorisée, pour durer aussi longtemps. Et puis non, je continue à me dire que cela aurait pu être possible. Toute la scène du dîner de pierre est réellement prenante, Pentiti ! No !

 

Me voilà ravi à la sortie de ce super spectacle, j’ai hâte de réentendre Rhorer la saison prochaine au TCE ainsi que la semaine prochaine dans le Requiem de Mozart.

 

Don Giovanni au TCE

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