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La Loge d'Aymeric

25 ans du Béjart Ballet Lausanne

5 Avril 2012, 22:44pm

Publié par lalogedaymeric

J'attends ca depuis longtemps la venue du Béjart Ballet Lausanne (=BBL). au Palais des Congrès. Il était déjà venu il y a trois ans à Garnier, mais à l'époque je sortais beaucoup moins. En voyant le seul Boléro sur l'affiche, je me lance en recherche de place. Vu les prix exorbitants je passe par le CE de mon père, 35e la place la moins chère, c'est pire qu'à l'ONP !

Autant rappeler dès maintenant que tout ce que je connaissais de Béjart était le Boléro vu dans Les Uns et Les Autres (aka mon film préféré) et le pas d'Arepo que j'avais adoré au concours interne du Ballet.

La soirée commence (tard, 20h30) par Dionysos. La musique (enregistrée, bah) et la première scène mettent tout de suite dans l'ambiance: la Grèce, où tout est cool et peinard, les policiers dansent dans les tavernes, les gens se draguent, mais avec la fierté méditerranéenne. Un danseur raconte l'histoire de Dionysos, sa conception, son éducation et ses fêtes. 

Le narrateur s’incarne en dieu et le passage de l’un à l’autre est très bien rendu par un rapide touché de main. Quand les danseurs tapent dans les mains ou crient, ils le font réellement, pas comme dans la Bayadère ou la Source ! Trop de bonne gaillardise et cela frise le cirque au moment de la fête dionysiaque, malgré une technique époustouflante.  La durée de l’œuvre est juste, je me serais peut-être ennuyé si cela avait été plus long. Je note quand même deux jolis passages, Zeus (Julien Favreau, sublime !) et Sémélé (Shalkina, mignonne) très beau moment, même si cette dernière se fait foudroyer par la nudité divine de Zeus. Et le moment trop rapide où le jeune dieu est avec des nymphes. Les costumes de Versace rendent très bien dans les tons rouges et noirs. Si une danseuse tombe et s’est fait mal, c’est avec grâce, et elle la conserve en quittant discrètement la scène : on aurait eu l’impression que c’était inscrit dans la choré !

Après 20 mn d’entracte (hein ? déjà ?), c’est Aria, mais cette fois de Gil Roman (ancien danseur du BBL, passé directeur après la mort de Maurice). L’intrigue : dans le Labyrinthe de Dédale, le Minotaure est guidé par trois Arianes, arrivent les jeunes Athéniens pour se faire dévorer, dont Thésée et une fille qui se fait effectivement engloutir (mais sans le sang, un peu de pudeur). Les Arianes étaient perchées sur des balançoires et ne dansaient qu’avec des pointes et des développés. Elles m’ont successivement fait penser à des stripteaseuses, puis aux filles du Rhin dans Wagner vu par Krämer, et enfin à des femmes, lorque chacune vit à la suite un instant avec Thésée. Shalkina à nouveau qui rentre dans la catégorie ultra fermée des danseuses vraiment très mignonne. Le corps de ballet joue successivement le rôle des victimes, des murs, des reflets, et du monde. Il m’a fait penser à des choses que j’avais vues dans le documentaire sur Bausch, et donc c’est forcément beau ! Julien Favreau était à nouveau très bon, il a une présence dingue sur scène. (D’après ma voisine, il est très beau, je n’ai donc pas pu profiter de mes jumelles) Les lumières vertes angoissantes aidaient beaucoup l’atmosphère de la pièce. Des ombres qui se reflétaient sur les murs de la salle, ou sur le fond de la scène, c’était somptueux !  Le hic auquel on s’habitue plus lentement, c’est la musique qui provient sans doute des jingles Canal + ou Arte. 

Après re-20 mn d’entracte (ca commence à faire beaucoup), le Boléro ! Alors évidemment, c’était incroyable, Elisabeth Ros subjugue, attire tous ces hommes (et ils sont nombreux) vers elle. Ils tombent les uns après les autres, pas dans sa toile d’araignée, mais dans son fabuleux rythme incessant, qui a un aspect création du monde. Je suis resté bouche bée et les minutes se sont écoulées comme des fractions de seconde. On ressent pleinement l’érotisme de l’œuvre en observant le regard des hommes. La chute finale avec cette musique qui s’arrête soudainement, c’est des frissons à répétitions. Un grand moment de danse. Avec un orchestre live pour jouer Ravel, cela aurait été l’apothéose.

J’ai découvert cette compagnie ce soir, qui m’a semblait très investie dans son travail. Son répertoire est très précis et les danseurs connaissent les exigences des œuvres de Béjart. La technique m’a paru très bonne, même si certains détails grossiers sautent à l’œil (comme des fins de sauts ou des atterrissages de pirouettes). Cela fait plaisir de voir un corps de ballet ultra-coordonné avec une aisance aussi grande que celle des solistes ! Je découvrirai Kabuki de Béjart par le Ballet de Tokyo à mon retour à Paris fin mai. La loge ferme donc pendant quelques semaines et revient à partir du 13 mai, pour plus de danse, théâtre et opéra !

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la souris 07/04/2012 08:50

Ne regrette pas de ne pas avoir découvert cette troupe à Garnier, le programme était composé de pièces "intello" de Béjart, que je trouve largement meilleur dans ses créations pour le grand public.
Elisabeth Ross dans le Boléro, ça devait être quelque chose, quand même... je me souviens qu'elle en jetait dans Brel et Barbara (spectacle L'Amour la danse)! Et contente d'apprendre que la relève
(niveau chorégraphie à défaut des interprètes) vaut le coup ; je n'ai jamais vu Gil Roman "que" comme danseur - et c'était quelque chose, aussi ! Bon, je chercherai des places lors de leur
prochaine tournée, alors.