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La Loge d'Aymeric

A Versailles, Ouliana Lopatkina rend hommage

23 Juin 2012, 11:16am

Publié par La loge d'Aymeric

Légendes du ballet russe, le 22 Juin 2012 au Théâtre Montansier. Ouliana Lopatkina du Mariinsky et Marat Shemiunov du Théâtre Michel de Saint Pétersbourg. 

  

La micro-planète ballettomane s’est déplacée hier, délaissant les ors de Garnier pour se réunir dans un petit théâtre de la banlieue Ouest de Paris. Plus qu’un gala, la soirée était une petite leçon d’histoire sur trois grandes ballerines russes du XXème siècle : Anna Pavlova, Galina Oulanova, Maïa Plissetskaïa.

 

Alors attention néanmoins pour la mention petit théâtre de la banlieue Ouest, c’était au Théâtre Montansier de Versailles. C’est tout joli, tout vert Ladurée à l’intérieur. Certes à l’italienne, mais la visibilité est bonne partout, sauf peut être sur le côté du dernier balcon, mais il faut le faire, la salle n’est pas remplie à l’excès. C'est une petite infrastructure, loin des grands théâtres parisiens. Je trouve cela très bien que Lopatkina ait choisi de venir danser ici, c'est plus familial. En revanche je veux bien être grand, mais je ne pouvais pas être physiquement assis sans casser le fauteuil devant. Rester debout pendant une heure ne me dérange pas, étant donnée la qualité de ce que j’ai vu.


Je venais surtout pour voir Lopatkina. J'ai découvert l'excellence. Harmonieuse, expressive, elle rentre dans son rôle même pour le court instant d'un solo ou d'un pas de deux. Ceci se double avec une technique époustouflante. Marat Shemiunov tient ici le rôle du danseur tel qu'il était fin XIXème, faire-valoir de la danseuse. Mais ce n'est pas grave, la soirée n'est consacrée qu'aux femmes.

La soirée est pour le moins originale. Le directeur de Montansier, Jean-Daniel Laval, lit quelques notes, illustrés de vidéos, servant à introduire de près ou de loin le pas de deux ou le solo qui suit. Je ne connaissais que de nom les trois ballerines à qui l’hommage était dédié, un petit résumé de leur vie et de leur carrière artistique est donc bienvenu.

La soirée ouvre avec un pas de deux, Anna Pavlova et Cecchetti, de Neumeier sur une musique de La Belle au Bois Dormant. Cecchetti est le nom d’un professeur qui officiait en Russie auprès duquel Anna venait parfaire son art. Le morceau met donc en avant les capacités techniques de Lopatkina à la barre. C’est évidemment très convaincant, mais très académique et sans grandes émotions.

Un petit message sur la vie de Pavlova permet d’introduire la Danse Russe de Fokine. Un petit bijou ! Il me rappelle un peu la danse à la corbeille de fleurs de Bayadère. Très lent au début, il finit dans un élan d’énergie et de pirouettes. L’intonation de visage d’Ouliana accentue le sentiment de bonheur que j’ai à la voir danser.

Un moment consacré à Oulanova, choisie par le régime soviétique pour incarner l’excellence du régime dans le domaine de la danse, malgré son lyrisme qui aurait pu déplaire aux autorités. Le morceau choisi pour lui rendre hommage est La Mélodie de Messerer. Il est peut être le meilleur moment de ma soirée. Ouliana arrive portée, tenant un long foulard transparent. Les foulards ou autres rubans m’ont toujours effrayé en danse. Dans Bayadère ou encore La Fille mal gardée, j’avoue que je regarde plus si les danseurs vont s’en sortir que la danse en elle-même. Ici rien de tout cela, c’est excessivement gracieux et harmonieux.

Le dernier hommage est consacré à Plissetskaïa. Artiste à la longévité effrayante (plus de cinquante ans de carrière), elle symbolise pourtant tout ce que le Kremlin détestait. Fille d’un ennemi du peuple, juive, elle a défendu les chorégraphes contemporains comme Béjart ou Petit. Lopatkina danse d’ailleurs un pas de deux de Petit, La Rose Malade. Deuxième meilleur moment de la soirée. Dansé sur du Mahler, c’est beau et surtout cela entraîne une avalanche d’émotions ! Lopatkina est un objet qui se meut grâce au danseur. Elle reste très droite, se courbant à peine, sauf lors de ses moments de maladie. Aussi bête que cela puisse paraître, Lopatkina est une rose !   

Ce qui relie ses trois danseuses, auquel Lopatkina s’ajoutera sans doute pour les générations à venir, est d’avoir incarné le cygne dans La Mort du Cygne de Fokine. Chorégraphié un peu au hasard pour Pavlova à l’occasion d’un gala, ce solo est resté au répertoire, permettant à la danseuse d’associer théâtralité, émotion et virtuosité. Le mythe devient réalité, la ballerine devient cygne. De dos un instant, sur pointes, agitant les bras, Lopatkina devient oiseau. Elle résiste, tente de survivre dans un dernier geste désespéré puis meure. J’ai été surpris par la longueur du solo, m’attendant à quelque chose de bien plus long !

Un bonheur de découvrir cette danseuse, dont la compagnie viendra l’année prochaine à nouveau pour rendre hommage à son histoire, dansant Le Sacre de Nijinsky et Le Fils Prodigue de Balanchine. Les russes sont un peuple fier, et ils ont tellement de raisons de l’être.

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