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La Loge d'Aymeric

Amphitryon, le dangereux quatrième

13 Juin 2012, 09:37am

Publié par La loge d'Aymeric

12 Juin 2012, Molière par la Comédie Française. La Nuit: Sylvia Bergé; Cléanthis: Coraly Zahonero; Amphitryon: Jérôme Pouly; Mercure: Laurent Stocker; Jupiter: Michel Vuillermoz; Sosie: Christian Hecq; Alcmène: Georgia Scalliet

 

En quatre semaines, quatre pièces de la Comédie. Si les trois premières m’ont largement plu, une fois cet optimum atteint, l’enthousiasme rechute….

Amphitryon de Molière est une pièce généralement peu connue, ou du moins peu étudiée par les scolaires. Tout ce que j’en connaissais était la trame globale héritée des bienheureux cours de Grec Ancien et un passage dans le livre Le Montespan. On y apprend que Molière a écrit cette pièce pour railler le cocu le plus connu de France qui aurait dû être honoré de céder sa femme au Roi Soleil. Jupiter et Mercure prennent donc respectivement la face du roi Amphitryon et de son valet Sosie pendant que le réel Amphitryon est à la guerre. L’idée initiale parait bonne et apte à soutenir toute une pièce.

En réalité, dès le début, l’intrigue est déjà mise en place et pendant deux heures va se dérouler. Peu (pas ?) d’autres événements pour nous occuper, et donc on finit par s’ennuyer un peu. Le texte, en vers, n’est pas passionnant. Le mélange de moments de comédie et de pseudo-tragédie ne marche pas et on s’ennuie lors des seconds, attendant la prochaine pitrerie.http://theatre.blog.lemonde.fr/files/2012/05/amphitryon3293-39156.jpg

Les acteurs me paraissent étrangement peu efficaces dans l’ensemble. Georgia Scalliet me parait très fatiguée, pas très en forme. De toute façon on la voit trop peu, elle ne me capte pas autant qu’elle avait pu le faire dans La Trilogie. Seul le duo Vuillermoz/Stocker ressort clairement. Ils symbolisent sans doute le meilleur du Français ! Je les ai adorés dans toutes leurs pièces, et hier ne fit pas exception ! S’ils n’avaient pas été là je me serais bien ennuyé.

Stocker a une voix expressive, forte mais douce. Son physique passe-partout mais reconnaissable lui permet de jouer tous les rôles qu’il souhaite ! On s’attache au personnage de Mercure, qui parait sensé et souhaite s’amuser méchamment, profitant de son statut divin. C’est peut-être avec lui que je m’amuse le plus lorsqu’il annonce à Sosie qu’il prend sa place.

Vuillermoz est très marqué par son rôle-phare qu’est Cyrano, que je me réjouis de pouvoir revoir la saison prochaine. Mais hier, il est Jupiter. Il occupe l’espace et par son physique et par sa voix puissante. C’est l’autorité patriarcale de la pièce, bien plus que le vrai Amphitryon, un peu faiblard.

Alors forcément il y a le cas Hecq. Je le découvrais la saison dernière dans Un Fil à la Patte et La Critique de l’École des Femmes. Oui il est très drôle. Mais il joue toujours exactement de la même façon. Il saute partout, a des gestes très marqués, parle avec un bégaiement quasi-permanent, se comporte avec des mimiques hilarantes. Je m’amuse beaucoup en le voyant, mais j’aimerais bien pouvoir le voir évoluer un peu et apporter un peu de psychologie à Sosie, malgré son rôle de bouffon.

http://www.sceneweb.fr/wp-content/uploads/2012/05/Sylvia-Berg%C3%A9-Amphitryon-@-Cosimo-Mirco-Magliocca.jpg

La mise en scène met le farfelu du côté des dieux, restant plus classique pour les hommes, me rappelant les soldats des Trois Sœurs. Ainsi le personnage de la Nuit, Sylvia Bergé est très bien et mystérieuse, est orné de tubes et pourrait rappeler la diva dans Le Cinquième Elément. Elle se promène sur un gyropode (j’apprends le mot en écrivant cet article) et évolue dans un décor futuriste. Mercure a les cheveux verts, Jupiter sous sa vraie forme est affuté d’un costume en aluminium doré. Le metteur en scène est allé au bout de la comédie de Molière avec un deus ex machina que seul le XVIIème pouvait nous donner, avec un Jupiter porté par un élastique et s’envolant tel Superman dans la scène finale.

La scène du Vieux Colombier m’a paru ridiculeusement petite, ce qui ne m’avait jamais vraiment frappé. L’idée d’un palais monumental n’en sort que mieux. Le palais en lui-même est amusant, composé de différents morceaux, tels des Lego, qui avancent et reculent : la porte, l’escalier, des morceaux de la terrasse. Malheureusement, il me rappelle trop le théâtre sur la scène de Phèdre de Lifar, vu en septembre, trop blanc, trop carton,  trop vieux, trop peu stimulant. L’ensemble de la mise en scène semble manquer de cohésion: un décor quasi antique, des costumes de science-fiction, de soldats du XVIIIème, de campeur scout.

En allant au Français, on a toujours l’impression d’entrer dans un cadre très familial. Eric Ruf qui se prend un peu de saucisson avant d’accompagner des amis dans la salle, des ouvreurs accueillants et souriants, un public de tout âge. La salle est pleine comme jamais, un groupe scolaire très nombreux qui ricane et parle, comme toujours, beaucoup trop.

Le public voit Molière et le Français à l’affiche et se rue dessus, pour voir une production franchement pas transcendante. De l’autre côté de la Seine, au Palais Royal,  Une Puce a été largement épargnée, alors qu’elle méritait sans doute plus d’attention.

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