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La Loge d'Aymeric

Artemisia à Maillol

24 Mai 2012, 13:04pm

Publié par lalogedaymeric

Musée Maillol

 

                Artemisia est une artiste peu connue. Les moins mauvais connaissent une des nombreuses versions de ses tableaux Judith et Holopherne où le général babylonien se fait décapiter par une femme et sa servante. Je tombe dans ce cas-là, ayant vu la plus violente de ces œuvres dans un livre d’art que l’on m’avait offert.

                Elle vécut surtout début XVIIème, et est vue comme une héritière du Caravage, dont la lumière peut se retrouver dans quelques œuvres, mais je le connais trop peu pour en dire plus. Elle a eu la chance de vivre dans une famille d’artistes, son père était peintre au Vatican. Certains l’ont donc montée comme le symbole de la femme libre de la Renaissance, une des seules artistes femmes reconnues à l’époque. On se calme ! Elle a été mariée très vite à la suite d’une histoire de viol (à laquelle je reviendrais plus tard) et a suivi son mari dans différentes villes. Enfin elle est revenue au premier (ou second) plan seulement au XXème, malgré le grand renom qu’elle avait eu à l’époque.

                Au moins cinq tableaux sur le thème de Judith et Holopherne, pourquoi ? Violée par un ami de son père, elle eut honte d’avouer s’être battue, l’avoir griffé et mordu. Elle sera finalement mariée et partit pour Florence. Le gentil papa continua à travailler avec le violeur, une fois celui-ci sorti de prison. Les psychanalystes se sont particulièrement intéressés au cas d’Artemisia. Traumatisée dès sa jeunesse, elle l’aurait retransmis dans sa peinture, notamment dans le thème de Judith. En bref, Holopherne, général de Nabuchodonosor, assiège la ville de Bethulia où vit Judith, riche veuve.  Elle séduit le général, s’introduit seule avec sa servante dans sa tente et le décapite.

                Le premier exposé, Judith et sa servante Abra avec la tête d’Holopherne, le meurtre est ici déjà commis, la servante a très peur. Judith fait un peu superwoman avec son sabre et malgré sa http://mahieinthesky.files.wordpress.com/2012/03/judith-decapitant-holopherne-1612-artemisia-gentileschi.jpgbeauté et la fragilité très douce qu’elle affiche, elle fait très sérieuse et regarde vers l’extérieur pour s’échapper. Une deuxième version de ce tableau avec des traits plus tracés, les drapés font moins rêver et sont moins palpables. Ici les deux personnages ont peur, le tableau est bien plus noir. Arrive ensuite le plus connu de ce thème de tableau, pour la première fois, on voit le meurtre, et quelle violence ! Judith n’est pas seule à égorger, mais avec sa servante, qui, en femme du peuple avec ses gros bras y prend presque plaisir. Etrangement très lumineux, il glorifie Judith. On pourrait y voir une allégorie de la défense des libertés. La dernière version est la plus tardive dans la chronologie des événements, la tête d’Holopherne est dans un panier porté par la servante. Rien à voir avec les autres versions, ici les deux femmes ont peur, comment quitter le camp ? Elles paraissent très humaines, mêmes sensuelles, avec des habits élégants. Cette succession d’œuvres est peut-être la plus marquante de l’exposition.

                Plusieurs portraits également, de femmes ou où les femmes sont placées au centre : Madeleine, Cléopâtre, Samson et Dalila. Madeleine regarde un crâne et semble demander pardon, se tenant un sein par pudeur et protection. Elle est très sérieuse, cachée en partie par de l’ombre. Cléopâtre, que le groupe à côté duquel je suis admire longuement, me déplait un peu, a la peau bien verte, le fond du tableau avec ses deux servantes semblent bien plat, telle une toile de théâtre. Mais le bleu du drap est tel que l’on touche presque le velours. Ce manque de vie se retrouve dans Samson et Dalila (qui rappelle légèrement les différentes versions du Tricheur de La Tour), de beaux drapés, des couleurs  vivifiantes, qui me font penser au Didon et Enée vu au Comique.

                Le tableau qui m’a le plus touché est sans doute l’Allégorie de la Peinture, car il me rappelle Rembrandt. Le blanc du turban ressort, d’une luminosité dingue ! Le reste de l’habit est dans des tons bien plus ocre, rouge, des perles noires. Le regard se tourne vers nous et nous fixe avec une grande force. Du noir comme fond, qui met le blanc encore mieux en valeur. (incapable de trouver une version acceptable sur Internet, allez voir l'expo!)

                http://cieljyoti.files.wordpress.com/2012/03/artemisia-8.jpgD’autres jolies œuvres, comme un Autoportrait à la Luth où l’instrument est bien trop volumineux ou encore Allégorie de la peinture, bien plus sombre, et des portraits officiels des princes de l’Eglise, bien pauvres, qui me rappellent la farandole de telles œuvres au Prado. Sainte Lucie dans la dernière salle me rappelle différentes versions de Diane avec sa grande plume noire. Sa perle à l’oreille rappelle Vermeer tant elle brille. On ressent les différentes textures de tissus qui habillent cette jolie rousse !

                Artemisia a donc beaucoup voyagé à travers l’Italie, finissant donc à Naples où elle tient un atelier qui ressemble vaguement aux académies qu’elle a pu connaître à Florence. L’exposition présente également des lettres d’amour, assez typiques de la lettrée humaniste, avec des citations des Latins.

                L’exposition est très bien organisée et complète, le choix de ne pas suivre la chronologie ne dérange pas trop. Peu connu, on découvre ainsi presque toutes les œuvres, ce qui est toujours un plaisir !

Commenter cet article

Confituredine 12/07/2012 17:07

Je ne suis pas d'accord avec vous sur l'organisation de l'exposition qui m'a vraiment déroutée.

La loge d'Aymeric 19/07/2012 20:02



Je découvrais en grande partie l'artiste, avoir pour une fois une exposition non chronologique, je trouve que ca change un peu. C'est sur que pour une étude plus poussée de l'oeuvre d'Artemisia,
une organisation plus classique aurait sans doute été mieux.