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La Loge d'Aymeric

Balanchine, second round, much better!

4 Octobre 2012, 17:14pm

Publié par La loge d'Aymeric

Mercredi 3 Octobre

 

Que s’est il passé hier soir ? Pourquoi me suis-je senti beaucoup plus Balanchinien que lors de ma première soirée la semaine dernière ? Grand mystère. Peut-être l’absence du mythique défilé. Inexplicable. Bref, j’ai été emballé par Sérénade dans sa totalité, je suis rentré dans tout le ballet, j’ai réussi à saisir Agon et à mieux analyser Le Fils Prodigue.

Dans la série des métaphores filées et des images dont je suis friand, j’ai vu dans Sérénade un bouquet de fleurs tel qu’il y en a dans le dessin animé Alice aux Pays des Merveilles. Je m’explique. J’y ai vu des fleurs sauvages en chœur au lever du rideau, qui commencent à évoluer ensemble avec ce que je vois comme un lever de soleil. Puis arrivent les fleurs plus raffinées, des roses par exemple.

Comme la semaine dernière, Froustey dégage une énergie incroyable, une fleur rare mais qui reste sauvage, presque indomptable, et semble guider les autres. Tout passe si vite avec elle, et avec tellement de joie rien que de la voir danser ! Des dépliés non pas expédiés, mais précis, naturels et d’une fine musicalité. frou

Hurel reste telle que je l’ai déjà vue, une technique très correcte, peut être néanmoins des bras trop carrés, qui ne laissent pas couler le Balanchine. Elle s'intègre très bien avec ses partenaires.

L’Opéra doit être le seul endroit où une sujet (Froustey), une première (Hurel) et une étoile dansent à niveau quasi égale. Mais restons justes, Abbagnato domine clairement ce bouquet. Certes elle a quelques cafouillages de pieds, mais sa danse m’impressionne tellement ! Elle est la plus belle du bouquet, le sait, se met en avant, ne fait que passer mais nous donne envie de la revoir vite sur scène.

Elle est belle quand elle danse. Et avec Moreau, l’alchimie fonctionne. Il n’a pas l’air d’un schtroumpf comme Florian la semaine dernière mais il est imposant et superbe. Ensemble ils réalisent un très beau pas de deux. C’est l’intrus mais il réussit à trouver une place dans ce bouquet ultra féminin. Un peu comme le Narrateur finit par trouver sa place entre les jeunes filles en fleurs chez Proust. Sauf que comme le Narrateur, Moreau change de cavalière et finit par abandonner Eleonora. Elle chute, ses cheveux se détachent et elle s’endort au sol.

Changement de musique, changement de coiffure, fin du chignon rigide, on arrive dans le rêve d’Abbagnato. Pourquoi a-t-elle été abandonnée ? N’est elle pas la plus belle ? Son rêve est tel le jugement de Pâris, la blonde Eleonora, la très brune Mathilde et la châtaine Mélanie. Laquelle est la plus belle ? C’est à Raveau de choisir, lui qui est arrivé aveuglement à cet endroit. Les trois femmes s’offrent à lui, lui proposent des partenaires, il prend, il ne prend pas. Il est très à l’aise, sourit, fait briller ses partenaires.

A la fin, il repart, son choix est fait. Abbagnato sait qu’elle est la plus belle. Moreau ne reviendra pas, mais les fleurs mineures restent là pour l’accompagner, vers la fin de la journée, quand les fleurs se referment sous le dernier instant de lumière.

Après cet instant fleuri et poétique qu’est le doux Sérénade, changement total avec Agon. Je ne questionne plus les choix de l’Opéra de mettre des œuvres si différentes dans une même soirée. Enfin…. Ca fait découvrir une partie des œuvres de Balanchine !

Si je n’avais rien compris la semaine dernière, je n’ai pas quitté mes jumelles des vingt cinq minutes. Et pour cause, Ganio et Ould Braham sur la même scène, il n’en faut pas plus pour me lancer dans un enthousiasme  débordant.

Le principal est de noter la musicalité de cette œuvre !! Chaque fin de note est accompagnée d’un geste d’un danseur et c’est ce qui rend cette pièce si attirante. Les castagnettes par exemple, à cette musique Ould Braham répond de façon si sensuelle, ne quittant pas la foule des pieds, attirant tous les hommes (enfin surtout moi). Elle est tout à fait à l’aise dans ce répertoire, sa technique et ses jambes s’y adaptent totalement. Ses accompagnants (Carbone et Duquenne) sont un peu à la traîne mais suivent quand même.

Dans l’autre trio, il y a Ganio, plein de retenue, de manière, de discrétion : un enfant sage. Même si cela ne s’inscrit peut être pas totalement dans le style énergétique de Balanchine, je trouve que cela rend si bien ! Quand il suit la chorégraphie et vient saluer et forcer les applaudissements à la fin de sa variation, il semble tout timide ! Il est le seul à afficher un brillant sourire dans toute la pièce, je l’adore, il s’amuse tellement sur scène.

Le pas de deux final avec Pagliero et Paquette semble avoir beaucoup plu au public AROP, j’ai moins apprécié que le duo de la semaine dernière avec Bullion et Grinsztajn, über sexy. Pagliero a une technique impeccable, de belles jambes, mais ce soir au lieu d’être un couple attirant et sensuel, je sentais plutôt un couple proche de la rupture qui a du mal à fonctionner.

Après ce moment assez étrange mais vivifiant qu’est Agon, entracte où une poignée non négligeable de balletomane est au rendez vous. Ce programme semble trouver ses limites selon quelques uns. Je suis tout à fait d’accord pour Le Fils Prodigue….

Blessures ou fatigue, Gillot et Bélingard ont laissé place à Thibault et Letestu dans les rôles titres. Une bonne idée selon ceux qui ont vu les deux couples. Dommage que je ne puisse pas me forger ma propre opinion. J’avais été assez inspiré par la prestation du deuxième couple la semaine dernière, je l’ai à nouveau été.

Enfin oui au moment sympathique du ballet, finalement assez court. Il faudrait couper la première partie du ballet, trop narrative et trop longue pour que cela soit intéressant. Puis la fin, à partir du moment où le fils est nu et malheureux, il met tellement de temps à retrouver son père, je préférerais qu’il meurt sur place, cela abrégerait nos souffrances. Si les premiers instants de sa douleur sont biens, il y a peu de renouvellement par la suite. J'ai pu apprécier beaucoup plus la musique de Prokofiev, avec certaines notes de son Roméo et Juliette d'ailleurs!

Donc il reste une vingtaine de minutes autour de la beuverie, avant et après l’arrivée de la courtisane. Sa horde de fourmis s’agitent déjà avant son arrivée. Je les trouve géniaux dans leur hypocrisie, leur faux serrement de mains, le vol en groupe en se jetant sur le pauvre Fils. Mais Letestu contrôle l’ensemble d’une main de fer. J’adore sa majesté, sa façon de marcher, de porter sa cape. Elle a une telle fierté, un tel port de tête. Et un sourire si charmant ! Telle une mante religieuse, elle se glisse partout, manipule, se fait porter, ordonne le vol mais ne s’y mêle pas. Et le tout avec une élégance folle !http://files.offi.fr/programmation/428686/images/600/835b39b803d8f6e0837d10c05063f933.jpg

Je retournerai une dernière fois voir ce programme le 11 septembre, puis il sera temps de se pencher sur la création de Gillot, le concours interne du ballet et le début des répétitions de Don Quichotte !

(Photos d'Isabelle Aubert et Officiel des Spectacles)

Commenter cet article

la souris 05/10/2012 16:59

Fort belle, cette métaphore fleurie (sans compter qu'ex-pyschokhâgneuse est forcément heureuse quand on glisse quelque prousterie en passant).

La loge d'Aymeric 06/10/2012 00:12


Et je trouve que Letestu sait sourire.... En revanche je ne m'imagine pas du tout le narrateur comme Moreau!!