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La Loge d'Aymeric

Capriccio à Garnier, en dix points

30 Septembre 2012, 14:04pm

Publié par La loge d'Aymeric

Jeudi 27 Septembre, Palais Garnier, direction musicale: Philippe Jordan; mise en scène: RObert Carsen; La Comtesse: Michaela Kaune; le Comte: Bo Skovhus; Flamand: Joseph Kaiser; Olivier: Adrian Eröd; La Roche: Peter Rose; Clairon: Michaela Schuster; Monsieur Taupe: Ryland Davies; eine junge Tänzerin: Laura Hecquet


Cette dernière était celle de la série Capriccio, mais aussi mon dernier essai d’œuvres lyriques de Strauss. Ariadne et Salomé m’avaient franchement ennuyé dans les dernières productions parisiennes. Qu’est ce qui a fait que ce Capriccio m’a plu ? Réponse en dix points.

 

  1. Une vraie mise en scène
    C’était du Carsen avec tout ce que j’avais déjà apprécié chez ce brillant metteur en scène. Le JDD a déclaré qu’il était BCBG d’aimer Carsen. De la beauté dans les décors et les costumes, rien de trop mais pas d’épure, une réelle réflexion sur le travail à effectuer. Très bien je suis BCBG. Une signature Carsen toujours sympathique de commencer à rideau ouvert et de faire évoluer certains passages au parterre, comme la Comtesse assise dans la corbeille au début. Je ressens dans cette mise en scène un vrai travail, mais aussi un vrai budget….

     
  2. La musique
    Dans la file des Pass  jeunes, deux étudiants m’ont interrogé pour un travail à rendre sur la musique, sur les mélodies qui nous restent dans la tête. Ici, la musique n’a pas de leitmotiv ou de thèmes particuliers que je retiendrais. Mais elle a une présence indéniable, forte et présente. Strauss annonce une nouvelle période de modernité. Il a assez de créativité pour ne pas avoir à composer le thème de Capriccio. Une musique puissante qui rythme l’ensemble et dicte à elle seule les airs à adopter. A l’inverse de mes deux premiers Strauss, la musique n’est pas du tout soporifique, sans doute grâce à la direction stimulante et souriante de Jordan.

     
  3. Un bon casting
    Pour la deuxième fois dans la journée, je regrette d’avoir arrêter l’allemand. J’ai pu saisir quelques mots mais surtout une très bonne diction. De plus, cette œuvre reste un marathon. Deux heures trente fatiguent déjà le public mais alors la pauvre comtesse qui ne quitte presque pas la scène…. Elle était franchement très bonne. Elle sait réguler sa voix à chaque moment, passant d’un style plus aria à du récitatif musical. Elle a presque réussi à m’émouvoir, ce qui reste rare pour du Strauss. Les airs d’Olivier et Flamand au moment du sonnet sont particulièrement beaux aussi. Enfin, le moment du metteur en scène est sans doute un des plus réussi. Enfin le sous-titre de conversation musicale prend avec eux tout son sens, en insistant sur le naturel de la musique et du chant.

     
  4. Présence de la danse
    Laura Hecquet s’insère très bien dans l’œuvre. Elle a du vivre une vie très différente d’avec le corps de ballet. Je trouve cela très bien de mélanger les différents acteurs d’une maison bicéphale comme l’est l’Opéra. Enfin j’ai pu apprécier de nouveau le foyer de la danse, autant que la veille, un luxe qui ne se refuse pas. Quand le décor s’efface pour dévoiler Laura à la barre dans le foyer au loin (heureusement que je suis au parterre avec des jumelles), c’est du grand frissonomètre. La chorégraphie de Bart s’inscrit très bien avec la musique et le jeu des acteurs. Et puis tiens, ca donne de nouveau envie de voir la Source.

     
  5. Les mises en abyme
    Ici, il y en a à tous les niveaux. Le décor est donc l’envers de l’Opéra : l’énorme porte coupe feu métallique et le mythique et superbe foyer de la danse. Ils sont reproduits sur la scène, puis s’effaceront pour nous laisser apprécier les originaux et la vie de coulisse. Lorsque la comtesse demande le programme de son Geburstag dans son théâtre, on lui amène une reproduction de la scène de Garnier. L’opéra doit se passer dans un château près de Paris, Carsen l’a placé carrément dans Garnier, pour les besoins de la narration et pour servir le but de l’opéra.

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  6. Je me suis amusé tout seul
    En voyant la so-chic Comtesse prendre son Schokolade dans ses beaux meubles non dans son salon mais dans un espace tout gris, je revois la scène de Papy fait de la Résistance quand la famille s’installe au sous-sol avec ses meubles (et scie le buffet). Bref.

     
  7. L’originalité de la fin de l’œuvre
    Par rapport aux autres compositeurs ou mêmes aux autres œuvres que j’ai vues de Strauss, cette œuvre est d’une originalité extrême. Le fait de demander pendant vingt minutes la fin de l’histoire sans jamais donner de réponse mais en nous gardant toute fois en haleine, c’est brillant. Pas de happy ending ou de morale, ni de mort ou de damnation de Faust, mais une demande de réflexion de la part du spectateur. 

     
  8. Un raisonnement rhétorique qui s’assume
    Strauss sait qu’il a composé son meilleur opéra avec Capriccio mais pose la question de la manière de le faire. Combiner musique, poésie. On a l’impression de prendre part à la création même avec des questions intéressantes.

     
  9. Les bonnes questions
    En fait, Strauss répond ici aux questions que je me posais devant ses œuvres et plus largement devant l’opéra comme genre. Paroles et musique oui mais comme Strauss le rappelle, la mise en scène aussi. C’est du compromis des deux premiers devenus maintenant « inséparables » selon la Comtesse, sous la coupe du metteur en scène dictateur, narcissique et mégalo, que naîtra l’opéra. Et la comtesse se pose à la fin comme spectatrice, profitant de ces différents aspects et constatant le résultat de cette alchimie, le lendemain matin, en dehors de l’œuvre donc. Tout le travail est effectué. Je ne me concentre donc plus sur le livret ou la musique, mais je finis par apprécier l’œuvre comme un ensemble, une œuvre totale comme dirait l’autre Richard. Et c’est peut-être ce qui manquait dans les autres œuvres de Strauss.

     
  10. Strauss ne se prend pas (trop) au sérieux.
    Malgré ces questionnements sur l’opéra en général, il reste fin et subtil avec des tons humoristiques. Il critique les autres compositeurs, comme Gounod, Rameau, Gluck, comme ses propres œuvres ou les styles musicaux. Le bel canto est superbement caricaturé. Il finit par se moquer de son public et des membres du corps musical. La scène d’hilarité quasi-violente sur la naissance d’Athéna est un super moment de moquerie. La scène de Monsieur Taupe est un peu cheveu sur la soupe, mais très drole : ce souffleur qui prétend être le souffleur du monde et vit sous terre. La séparation entre théâtre/réalité s’effondre, ce qui s’accentue avec le dernier air de la comtesse puis le lever de rideau, dévoilant les coulisses. Une réussite donc.

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Elendae 30/09/2012 17:55

Ah la scène de monsieur Taupe, j'ai adoré !! tout le dialogue est à la fois drôle, absurde et assez philosophique. C'est rare que j'aime un livret d'opéra. Tout est décidément parfait dans
Capriccio. Je regrette décidément de n'avoir pas pu profiter aussi bien que toi de la scène de fin.