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La Loge d'Aymeric

Così au TCE

30 Mai 2012, 08:22am

Publié par La loge d'Aymeric

Così fan tutte, Mozart. 29 Mai 2012. Mise en scène d’Eric Génovèse ; direction musicale : Jérémie Rhorer et le Cercle de l’Harmonie. Fiordiligi : Camilla Tilling ; Dorabella : Michèle Losier ; Despina : Claire Debono ; Ferrando : Bernard Richter ; Guglielmo : Markus Werba ; Don Alfonso : Pietro Spagnoli  

 

Cosi marque la troisième et dernière  collaboration entre Mozart et son librettiste fétiche, Lorenzo da Ponte, après les Noces et Don Giovanni. Des trois, il est celui que j’aime le moins, la trame dramatique est bien trop faible, surtout comparé aux péripéties à répétition dans les deux autres. J’avais vu cet opéra l’année dernière à Garnier, qui m’avait laissé une bien piètre impression et sans Karine Deshayes en Despina je me serais bien endormi. Hier soir au TCE j’ai passé une bien meilleure soirée, plus équilibrée et intéressante.

                Commençons tout de suite par le gros coup de gueule de la soirée : Bernard Richter. Qu’est ce que c’est que ça ? Un ami, dont c’était le premier opéra, s’étonnait de la portée des voix. Pour Richter, aucun problème, c’est certain. Il ne chante pas, il crie. Or Ferrando chante quand même beaucoup, ce qui est bien dommage. Je veux bien ne pas être un musicologue expert (ou même amateur) mais lorsque j’entends des Bravos aux applaudissements, cela me dépasse.

                Les autres chanteurs en profitent largement et brillent à côté ! Camilla Tilling sauve donc les meubles lors du dernier duo avec Ferrando, on a plaisir à la regarder et l’écouter même si elle a tendance à partir vite dans les aigus. Lors de sa prière, après avoir renvoyé Guglielmo, j’applaudis surtout l’effort physique de chanter aussi longtemps et si bien !

                http://images.telerama.fr/medias/2012/05/media_81995/au-theatre-des-champs-elysees-un-cos-fan-tutte-transfigure,M87054.jpgPeu de choses à dire sur les quatre derniers solistes que je trouve tous très bons. Spagnoli a une très belle voix de basse que je regrette de ne pas pouvoir entendre plus. Michèle Losier a une voix que je trouve très concentrée et jolie, c’est peut-être celle qui m’a le plus marqué. En face, Markus Werba, baryton, m’envoute également et profite largement de la faiblesse de Richter pour impressionner. Despina enfin, sans doute le rôle le plus intéressant de l’œuvre. Claire Debono me fait beaucoup rire, elle doit atteindre péniblement 1m60 et a toute la malice nécessaire. Une voix qui nous amuse lorsqu’elle se déguise et qui nous capte lors des autres arias.

                Une distribution donc globalement équilibrée. Ce qui me marque surtout est la jeunesse apparente des chanteurs. On ne se demande pas si l’intrigue est vraisemblable, on y croit. Aidé par les costumes et le maquillage, chacun, Alfonso mis à part, peut sembler avoir moins de trente ans. De la même façon, ils jouent tous avec de réels talents d’acteur. Cosi est généralement assez ennuyant, mais ici, le jeu des acteurs prend le dessus, et pas uniquement de la part de Despina, qui remporte haut la main le prix de la meilleure actrice de la pièce. Des jeux de mains, des portes qui s’ouvrent, des œillades, des vrais mouvements, surtout au deuxième acte.

                Si dans Don Giovanni ou les Noces de Figaro, la puissance et le nombre des arias comblent les atroces récitatifs, dans Cosi, le temps semble parfois bien long. Je réclame d’ailleurs tout bonnement la destruction des clavecins chez Mozart. Heureusement grâce à ce procédé assez sadique aria/récitatif, on profite encore mieux des premiers pour arriver à certains moments particulièrement Mozartiens de quatre ou six voix entremêlées, évidemment superbes !

                La musique relève d’ailleurs le défi. Si pendant l’ouverture ou la première partie, la direction de Jérémie Rhorer ne me marque pas particulièrement, elle prend une toute autre dimension au deuxième acte. Une vraie puissance, de la musique expressive et stimulante, qui doit l’être pour accompagner l’œuvre. De ma place au premier acte au premier balcon, j’entends malheureusement une sorte d’écho pour les percussions. Replacé au parterre, tout s’éclaire.http://sphotos.xx.fbcdn.net/hphotos-snc7/p480x480/575093_470165783000991_504372847_n.jpg

                Une fois replacé, je profite d’ailleurs plus largement de la mise en scène. Eric Génovèse, que je ne pense pas avoir déjà vu jouer au Français, fait sans doute avec les moyens du bord et avec peu de choses nous livre une mise en scène plus que correcte. Deux salles sont mises sur roues, tournées et placées pour faire apparaître des jardins ou différents appartements. Les machinistes jouent le jeu. Même si on voit clairement leurs micros ou casques sur la tête, ils sont déguisés comme le chœur pour se fondre dans le décor et le faire évoluer.

                Cosi appelle le pastel et l’épuré, et Génovèse l’a compris. L’œuvre s’implante donc dans un cadre très light, qui m’a rappelé l’esprit de La Trilogie de la Villégiature. Cela marche donc beaucoup mieux qu’à Garnier où le faste du décor ne convenait pas à un tel opéra. Des murs crèmes, un fond bleu, ou orange quand soudainement un rideau s’effondre brutalement en fond de scène. Les costumes sont également jolis, pas de paniers pour les femmes, mais des robes simples et jolies (avec la simple opposition bleu/rose entre les deux femmes), des costumes sensés rappeler l’orientalisme caricaturé des hommes déguisés. Les déguisements de Despina sont aussi bien réussis, en médecin ou en notaire, elle me rappelle Toinette chez Molière.  

                Lors de la fin et de la morale, avec l’adresse au public, le décor s’efface, les deux plateformes se mettent sur le côté, le fond de scène se lève, laissant place au fond du théâtre, tout en briques, avec les rangés d’éclairages au plafond. Fin sans doute un peu classique, voulant se détacher de l’œuvre pour émettre les généralités les plus machistes possibles. Cosi, un opéra naturaliste ? Alfonso montre par A+B qu’aucune femme ne peut être fidèle, quelle qu’elle soit. Nous ne sommes pas bien loin de l’alcoolisme de Zola. Ici, les femmes portent les portraits de leurs amants en pendentifs, se reproduisent comme des lapins (voir livret) et sont prêtes à changer de fiancés entre le matin et le soir. La métaphore de l’amour est le serpent qui se glisse partout... Si L’Ecole des femmes avait choqué par ses sous-entendus un siècle plus tôt, ici l’érotisme est assez limpide. Lorsque les deux femmes emmènent respectivement l’amant de l’autre en dehors de la scène, qui reviennent tout deux en se rhabillant, on se pose assez peu de questions. Je ne me souviens pas d’autant d’allusions en juin dernier.

                C’est donc loin d’être mon opéra préféré, mais la mise en scène, la musique et la majorité des chanteurs ont su rendre ce qu’il a de meilleur, particulièrement dans le deuxième acte ! Un peu de poésie, de légèreté et de fraîcheur font du bien à cette époque de l’année !       

 

(Toutes les photos sont celles du Théâtre des Champs-Elysées)   

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