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La Loge d'Aymeric

Création de Re Orso

19 Mai 2012, 21:06pm

Publié par lalogedaymeric

19 Mai, Création De Marco Stroppa. Mise en scène: Richard Brunel; Direction Musicale: Susanna Mälkki; Re Orso: Rodrigo Ferreira; Ver: Monica Bacelli; Oliba: Marisol Montalvo; Trouvère: Alexander Kravets.

RE-ORSO-typo_2.gifPremière création d’opéra à laquelle j’assiste, je m’y suis retrouvé un peu par hasard, je ne connaissais pas du tout Marco Stroppa, mais j’ai passé une bonne soirée à l’Opéra Comique (comme souvent d’ailleurs).

Le fil dramaturgique provient d’une fable écrite par Arrigo Boito, librettiste entre autre de Verdi (Falstaff, Otello). Un roi ours règne par la terreur sur la Crète, il tue une personne mais ordonne à ses fidèles de chanter ses louanges. Il choisit de s’unir à Oliba, courtisane qu’il violente et force à l’épouser. Pendant tout ce temps, il entendait des voix du Ver, sorte de conscience intérieure, réincarnation d’une personne assassinée. Lors des noces du roi et d’Oliba, un bouffon distrait (habiles tours de magie d’ailleurs) et un trouvère chante des chansons d’amour à Oliba. Le Ver lui a dépeint les habitudes du roi. Celui-ci décide alors de tuer le Ver, Oliba et le trouvère. Mourant, le roi tente ensuite de se racheter face à la religion, mais le confesseur refuse et les morts reviennent pour le hanter et ce jusqu’à sa mort, la foule se rebellant ainsi contre le dictateur. En conclusion le ver célèbre la victoire.

Une histoire qui peut paraitre étrange, mais reste classique pour une fable, avec une morale. Elle a su être bien adaptée et le spectacle disposait d’atouts remarquables.

Tout d’abord des chanteurs de talent. On ne les entendait peut-être pas assez souvent, mais les quatre avaient des voix qui m’ont beaucoup touché, notamment Marisol Montalvo (Oliba) et Rodrigo Ferreira (Re Orso), contre-ténor, étonnant pour un roi mais ce choix se révèle efficace. pour l'absurdité du personnage. Cet opéra en était vraiment un et respectait certains canons classiques, les chanteurs bénéficiaient donc chacun d’un grand air où ils ont brillé. Les chanteurs et les acteurs ont tous très bien joué leur rôle dramaturgique, ce qui aide mieux à comprendre la pièce. Les premières minutes du choeur sont inaudibles, chacun parle par syllabes. Il est impensable de comprendre ce qu’ils disent et les surtitres n’aident pas vraiment. Je finis d’ailleurs par ne plus les lire, l’histoire est assez simple pour pouvoir profiter pleinement du spectacle. De cette façon, le chaos final est marqué par le mélange à la fois des acteurs, chanteurs et musiciens dans un raffut sur toute la scène.

Ceci s’accompagnait d’une musique qui m’a semblé bien étrange. L’Ensemble Intercontemporain mené par Susanna Mälkki a beaucoup changé de style lors de l’œuvre, des passages jazz puis plus contemporain avec des blup blup ping pong (c’est clair n’est ce pas ?). Le piano joue un rôle à part entière dans l'oeuvre, double du Trouvère, il est électronique et on assistera à sa mort. L’orchestre a finalement disparu pour la deuxième partie, laissant toute la place à l’électronique. Du haut de ses ordinateurs, Stroppa dirigeait (avec des logiciels développés par l’IRCAM) les sonorités des chanteurs et acteurs et insufflaient de la musique électronique. Il devient alors difficile de savoir d’où vient réellement ce que l’on entend. L’effet parait surprenant mais on finit par s’y habituer facilement. Ainsi lors de la mort du roi, l’effet de foule est apporté par l’accentuation des murmures des acteurs et chanteurs. La présentation précédant le spectacle disait que chaque soir pouvait être très différent et que les réglages allaient varier.

Un mot ensuite sur la scénographie, que j’ai véritablement trouvé époustouflante. Un rideau en fond de scène, qui se modulera par la suite et sera plus ou moins transparent selon la lumière. Un rectangle de pierre qui commence comme un tombeau, puis se lève, se rattachant à un rideau, révélant ainsi un lit où semble être enfermée Oliba. Enfin il sera une table puis à nouveau un tombeau. Tout l’espace est utilisé, devant et derrière le rideau, qui s’entre-ouvre, autour de la fosse d’orchestre, sous la fosse d’orchestre (via des escaliers).  Une rampe pour signer un deuxième étage où défile régulièrement l’ensemble des personnages. L’opéra a été créé pour cette salle avec une concertation de tous les acteurs de la création, tout y a donc été calculé jusqu'au dernier moment nous assure t-on.

Néanmoins je ne parlerais pas d’une réussite extraordinaire. Si en effet tous les atouts sont réunis pour une belle représentation, ils manquent peut-être une progression dans l’œuvre. Tout semble bien monotone et certaines minutes passent pour des heures. Certains moments m’ont donc à la fois complètement saisi et fatigué à la fois. Le ton des premières notes n’a pas réellement évolué sur l’ensemble de l’œuvre et au bout d’une heure, j’ai l’impression d’avoir fait le tour de tout ce qui est intéressant. Ainsi le quart d’heure final m’a paru bien long. Le dernier moment de conclusion, bien que marqué par un accordéon, semble bien triste pour une fin heureuse.

Les applaudissements ont été chaleureux pour cette première, quelques bravos, deux ou trois personnes qui huent, mais une salle remplie seulement au 2/3. J’ai donc passé une soirée passionnante qui m’a plongé dans un travail de création et m’a saisi profondément car il diffère totalement de ce que j'ai pu voir jusqu'à présent, qui restait très classique. Qu'en diront les critiques et quelle trace cette oeuvre laissera t-elle?

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