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La Loge d'Aymeric

David et Jonathas: Nouveau succès baroque pour les Arts Florissants au Comique!

21 Janvier 2013, 16:04pm

Publié par La loge d'Aymeric

Direction musicale: William Christie; mise en scène: Andreas Homoki; David: Pascal Charbonneau; Jonathas: Ana Quintans; Saül: Arnaud Richard; Joabel: Kresimir Spicer; Achis: Frederic Caton; La Pythonisse: Dominique Visse; Samuel: Pierre Bessière. Choeur et orchestre des Arts Florissants.

Décidément les productions du Comique me plaisent de plus en plus et le répertoire baroque m'offre toujours de beaux moments. Malgré la neige, le public parisien s'est rendu en masse salle Favart, à tel point que le replacement est interdit..... Toute la première partie, je la passe donc debout tout en haut du paradis. Heureusement je me trouve une petite place à l'orchestre pour la suite. Mais même debout j'ai été complètement capté par cet opéra.

Aucun temps mort dans David et Jonathas, étonnant puisque l'action est assez faible. Tout s'est déjà passé ou se déroule en dehors de la scène. Finalement l'opéra est constitué de chants de gloire et de remerciement à David, de retrouvailles avec Jonathas, de folie de Saül, de mort de Jonathas, Saül et Joabel. La mise en scène rajoute entre chaque scène chantée, sur la musique qui devait originellement servir de support à des danses, des scènes de pantomime sur la vie de David et Jonathas enfants jouant ensemble sous l'oeil vigilant et méchant de Saül. Ceci introduisant le personnage de la mère de Jonathas, seule à pouvoir contrôler et pacifier son mari. Tout cela permet de donner plus de profondeur à chacun de ces personnages principaux, Saül, David et Jonathas.

http://s2.lemde.fr/image/2013/01/11/534x0/1816004_6_e9a2_david-et-jonathas-de-marc-antoine_7ad1bed154ed6ac369745d808cd741ab.jpgQuel est le thème de cet opéra? Faut il y voir un lien avec le conflit israëlo-palestinien? En effet la scène muette lors de l'ouverture semble montrer deux groupes ethniques qui s'opposent depuis chaque côté de la semaine. Mais le metteur en scène choisit ici de garder en effet deux communautés distinctes, l'une habillée de fez pour les hommes, de hijab pour les femmes, l'autre habillée comme des colons israéliens juifs.  Mais à l'exception de la première scène, puis la dernière, ces deux groupes ne forment qu'un unique choeur, comme relié grâce à l'amitié entre David et Jonathas.

"Amitié", mais quelle type d'amitié? Je vous laisse apprécier les différences de traduction des livres de Samuel qui portent sur cet épisode dans la Bible et qui opposent certains lettrés. Il faut garder à l'esprit que cette oeuvre a été écrite par Charpentier pour le collège jésuite Louis Le Grand, pour des représentations devant un public raffiné et cultivé. Il était donc évidemment inconcevable de réaliser une oeuvre portant sur un sujet homosexuel.

Mais ici néanmoins, au XXIe siècle, impossible de passer à côté de ce thème (en pleine polémique sur le mariage homosexuel, et surtout une semaine après la manifestation contre ce sujet). Si les termes d'amour et d'attachement ont pu évoluer depuis le XVIIIe, pour un spectateur actuel, impossible de se voiler la face. "Auprès de Jonathas, Seigneur, l'amour m'appelle"  dit David pour se libérer des Philistins. Le metteur en scène transforme alors les retrouvailles des deux amants comme une course poursuite pour se trouver seuls sans avoir le choeur avec eux. Dans la scène où ils se quittent avant la bataille, ils s'embrassent sur scène, ce qui déclenche d'ailleurs une réaction moqueuse de certains spectateurs.

http://www.festival-aix.com/sites/default/files/imagecache/zoom_media/DAVID1115-1000pxl.JPGPeu importe la réaction du public ou le choix du metteur en scène, c'est décidément très beau. Charbonneau a une voix très sensible tout en restant un guerrier aguerri, la soprano Quintans est douce, sans pourtant être féminine. On devine un homme en fin d'adolescence. Christie voulait initialement prendre deux hommes, mais il y avait un risque que le tenant du rôle de Jonathas mue entre temps. Et on y croit vraiment en voyant la soprano. Deux rôles très beaux, plein d'émotions dans la voix, en sentant bien que rien ne va aller comme il faut. Comme dans Roméo et Juliette, autre amour impossible entre deux familles ennemies, un seul instant de bonheur entre le retour de David et le conflit avec Saül. Un bref instant on croit au bonheur.


La mise en scène permet de ne créer aucun vide et aucune perte d'attention du public. L'opéra comique n'ayant pas de coulisses, il est facile pour l'oeil de s'aventurer. Ici, rien, toute la scène est couverte d'un drap noir tendu, et n'est visible qu'une boite en bois Ikea dont les murs et le plafond peuvent bouger, voire créer différentes salles ou asphyxier les personnages dans un tout petit espace. Ainsi de Jonathas pendant que Saül et David s'affrontent en dehors de la scène, conflit cornélien entre amour et devoir qui l'oppresse.

Un casting qui a su me convaincre (et que l'on comprend sans avoir besoin des surtitres, luxe rare) donc. Richard (Saül) a toute la profondeur du basse pour crier contre David et parfois la douceur du baryton pour son fils et lorsqu'il est tétanisé par la terrible et folle Pythie de Dominique Visse et le terrifiant et superbe Samuel de Pierre Bessière. Les autres seconds rôles ne déméritent pas, ainsi que le choeur des Arts Florissants qui impressionne comme toujours. Dans les derniers instants, quand le choeur reprend les mots de David "jamais amour plus fidele et plus tendre eut-il un sort plus malheureux", j'ai les larmes aux yeux.

http://www.opera-comique.com/wp-content/uploads/2012/09/David-et-Jonathas_BD4.gifLe tout embelli par la superbe direction de William Christie à la tête de son orchestre des Arts Florissants. Il a l'air bien sérieux, se retourne contre le public lorsqu'un monsieur tousse trop violemment. Les violons sont beaux, les vents parfois étonnants pour une oreille peu habituée. En tout cas la musique est limpide, passant du très joyeux et glorieux premier acte à des moments bien plus mélancoliques.

Un spectacle donc super, avec un baroque qui est à n'en pas douter toujours bien d'actualité!

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