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La Loge d'Aymeric

Fascinating debaucherie

13 Mai 2012, 18:08pm

Publié par lalogedaymeric

L'Histoire de Manon 11 Mai 2012, Manon: Isabelle Ciaravola; Des Grieux: Florian Magnenet; Lescaut: Alessio Carbone; Sa Maîtresse: Nolwenn Daniel

 

Découvrir totalement un ballet classique, c'est toujours un vrai bonheur. Mais alors découvrir aussi un nouveau chorégraphe et son style propre, c'est encore mieux!

Je n'avais que deux dates possibles pour l'Histoire de Manon, je me jette donc sur le 11 et le 13 mai sans réellement me soucier des distributions. Pour le 11, je passe donc de Pagliero/Duquenne à Ciaravola/Magnenet. Des blessés à répétition dans le ballet, de cinq distributions, seuls 3 ont pu réellement danser. C'est dommage, j'aurais pu me faire une opinion plus marquée de notre nouvelle étoile, mais un plaisir comme Ciaravola, ca ne se boude pas!

J'avais eu la malchance de voir l'opéra de Massenet plus tôt dans l'année, autant vous dire que cette soirée se bat avec Faust pour remporter le titre de pire soirée de la saison! Heureusement ici rien dans la musique ne provient de l’opéra, mais la musique ne m’a pas transcendé, et m’a même parfois ennuyé. Ainsi un moment comme la danse des mendiants au début parait longue malgré un Allister Madin plein d’énergie ! La musique finit par s'améliorer un peu à la fin du deuxième acte et pour la scène finale, avec des airs plus entrainants, dont le thème de Manon qui revient à intervalle régulier.

D'un point de vue mise en scène, Manon fait plaisir à voir. Un tel faste à Garnier, même les derniers grands ballets présentés étaient en-deca (La Source, Oneguine). Les costumes sont somptueux, certes parfois surchargés (comme les forets qui semblent s'épanouir dans certains chapeaux, ou le trop plein de paillettes sur les vestes), qui s’opposent à la misère des mendiants et des prostitués. Mais on sent l'idée, nous plonger pleinement dans l'ambiance Ancien Régime (et ces terribles déséquilibres fin de siècle). Idem pour les décors, dans des thèmes ocres, beiges pour la chambre des amoureux et le salon de Madame, le tout est poétique quand il le faut.

Ils se passent beaucoup de choses sur scène, on a toujours quelque chose à regarder, surtout lorsque c’est une découverte du ballet. Suivre la trame narrative, regarder tel ou tel groupe. Le premier tableau nous dépeint les habitudes de l'époque, des prostitués passent emprisonnées dans un chariot, annonçant le destin de Manon, des femmes se font entretenir, ce salaud de Lescaut sert de maquereau, des mendiants volent les gros bonshommes. On repère déjà Magnenet/Des Grieux tout en blanc (ce qui irait bien avec son sourire Colgate, mais non, aujourd’hui, il est tres sérieux).

Arrive Manon/Isabelle, qui se prépare à entrer au couvent. Les vipères qui osent rappeler son âge méritent la mort (oui oui) car si on ne lui donne pas les 16 ans du personnage, elle en affiche peut être 20 maximum. On sent dès l’arrivée qu’elle n’est pas toute innocente la petite Manon…

Premier pas de deux entre Manon et Des Grieux, je n'ai peut être jamais été aussi concentré! A chaque pas j'ai l'impression de découvrir quelque chose. Des portés qui relèvent quand même d'une forte gymnastique, des pointes à reculons, une fin étonnante que je retrouverais de nombreuse fois, les deux glissent à terre pour s'offrir au public. Leur partenariat manque certainement d'entrainement (mais ca ne fait qu'une semaine qu'ils savent qu'ils dansent ensemble) et il y a des tremblements dans les portés, des mains qui se lâchent. Parfois on a l’impression qu’ils luttent pour arriver à quelque chose de correct et on perd un peu la beauté des pas de deux. Chacun est presque meilleur seul.

Manon et Des Grieux s'enfuient et se réfugie dans une malheureuse mansarde qui est bien trop grande et trop propre pour évoquer la misère. Tant pis, c’est trop beau. Le pas de la chambre est moins joli que les vidéos que j'ai pu en voir du Royal Ballet (qui le danse tres fréquemment) mais je ressens une vraie émotion, sans doute à cause d'Isabelle, qui affichent de nouveau des dons d'actrice et de danseuse exceptionnelle, elle est pleinement investie du rôle et apporte tout ce qu’il faut à son partenariat. Elle décide néanmoins de délaisser Des Grieux car son proxénète de frère décide de la vendre à Monsieur de GM, bien plus riche. Lorsque celui-ci lui offre un manteau d’hermine, ca me rappelle l’opéra Eugène Oneguine mis en scène par Willy Decker lorsque Tatiana reçoit un manteau qui symbolise son mariage de raison avec un général. Sauf qu’ici Manon l’accepte de tout cœur et part sans scrupules !

On retrouve plus tard tout ce petit monde chez Madame, une maison close un peu light (puritains ces Anglais). Chaque vieux Monsieur trouve sa jeune donzelle et les danses se succèdent. Héloïse Bourdon réussit à montrer des qualités d'actrice, qui m’étonnent un peu d'elle, mais elle sait se sortir de ses ballerines de petite-danseuse-parfaite, c'est bien! La danse ivre de Lescaut m’amuse, il danse avec la Nolwenn Daniel de façon tres amusante mais la salle reste assez froide. Qu'importe, on y croit pas trop, mais c'est amusant, surtout vu les grimaces de Nolwenn. La variation de Manon, est très jolie, surtout doublé de tels dons d’actrice, Ciaravola ose tous les portés et plongés et semble reine de ce petit monde parisien. Seul, Magnenet fait une variation très bonne. J’avais déjà remarqué une technique confirmée dans la Bayadère, il est sur une bonne pente en ce moment !

Ensuite le reste devient très narratif, les amoureux rentrent à la chambre, Manon refuse de vivre d’amour et d’au fraiche, Lescaut se fait tuer et Manon et Des Grieux sont déportés. Le troisième acte commence dans le port de la Nouvelle Orléans, rien de bien passionnant, des soldats avec leurs femmes, des prostitués qui débarquent, se font violenter. Surgissent alors le couple star, Magnenet fait un peu trop propre après trois mois de traversée ! Violence ensuite chez le gouverneur, qui se fait tuer par Des Grieux, les deux s’enfuient dans le bayou.

La dernière scène ne m’a pas particulièrement convaincu pour la scénographie, les lianes, la fumée, c’est too much. Des scènes repassent, rappelant la vie de Manon. En revanche de superbes portées de Ciaravola et une fin assez émouvante.

Je découvrais ce ballet et j’étais donc tout le temps occupé à observer un peu partout, je me suis rendu deux jours plus tard aux adieux de Clairemarie Osta dans le rôle titre où j'ai pu me concentrer davantage sur chaque rôle.

 

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