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La Loge d'Aymeric

Fille du Régiment, du théâtre musical à Bastille

13 Octobre 2012, 19:15pm

Publié par La loge d'Aymeric

 

12 Octobre 2012, répétition générale. Direction musicale : Marco Armiliato ; Mise en scène : Laurent Pelly ; Marie : Natalie Dessay ; Tonio : Juan Diego Florez ; La Marquise : Doris Lamprecht ; La Duchesse : Dame Felicity Lott ; Sulpice : Alessandro Corbelli

Soirée non prévue, je reçois un texto du petit rat me proposant une place pour la générale de La Fille du Régiment. Je m'étais pourtant mis comme point d'orgue d'éviter Dessay et attendre novembre pour écouter Rancatore, déjà vue la saison dernière dans Don Pasquale. Mais vu l'état de mes finances et l'envie de découvrir les générales, j'y cours (littéralement).


Donizetti, c'est cool, c'est opérette dans l'esprit, c'est opéra comique dans la forme. Dans les moments parlés, Dessay se lâche et nous fait profiter de sa théâtralité. Pour elle qui souhaite se recycler dans ce domaine dramaturgique, c'est parfait. La mise en scène est de son ami Laurent Pelly, elle a été conçue de toute pièce pour elle ou presque ; ils sont ensemble allés à Londres et New York.


http://25.media.tumblr.com/tumblr_ma2qc89Ws51rdnbbfo1_500.jpgDessay est bonne actrice. Elle joue son rôle à fond, s'y jette à bras ouverts. Elle accepte le ridicule et prend la place de cette Marie naïve, un peu bébête et fleur bleue, mais très attachante. Elle se jette dans tout ce que le rôle lui demande. Pour le chant, je n'émettrais pas d'avis trop négatif, étant donné que c'était une générale. Elle réussit sans problème les airs mélodieux, quasi comptine, quand elle fait ses adieux au régiment, ou qu'elle avoue son amour à la fin. Mais c'est parce que la musique n'est pas très forte et qu'elle est seule à chanter. Sinon elle se fait rapidement engloutir par les autres ou par la musique.

Le petit rat se demande si derrière Donizetti ne se cacherait pas le double maléfique de Minkus. Ca n'est vraiment pas impossible.... Ca n'a jamais été de la très grande musique: c'est au mieux distrayant. Berlioz avait visiblement peur de l'arrivée de Donizetti sur la scène parisienne, j'espere qu'Hector ne se sentait pas en dessous de l'œuvre de Gaetano! C'est de la musique opérette banale, il faut accompagner l'action et les airs.

Le chef met en tout cas tout son cœur à l'ouvrage! Il est souriant, ravi d'être là, il chante, parle aux chanteurs, continue à jouer cette affreuse mélodie de salon alors que la comtesse lui demande directement d'arrêter.

Florez vaut presque à lui seul le détour! Tous ses airs sont ovationnés, il trouve sans problème la puissance et la force de la partition, et réussit à saisir le public pour quelques instants. Il n'a pas l'air totalement à l'aise dans cette mise en scène où Dessay semble vivre très naturellement.

http://files.offi.fr/evenement/45820/images/200/11482e253f5bb9e057d62e785bd27727.jpgUn vrai bonheur que cette mise en scène d'ailleurs! J'avais déjà vu L'Élixir d'Amour du même tandem Donizetti/Pelly il y a quelques années, toujours cette fraicheur et cette modernité, sans pourtant oublier le livret et une certaine tradition. Des cartes du monde forment le sol du champ de bataille et des montagnes, un salon incliné avec des murs constitués exclusivement de cadres de tableau vides comme décor, c'es très bien.

Je ris beaucoup, le comique de geste, comme les femmes de chambre travesties au deuxième acte, ou du régiment évoluant d'un seul mouvement pour condamner l'amour des deux jeunes héros.

Tous les seconds rôles, à défaut d'avoir une vraie partition, jouent le comique à fond: la comtesse, la marquise, le sergent. Ils sont typiques de la comédie de Feydeau ou d'Offenbach, les Brigands par exemple, la musique en moins.

Sauf que Les Brigands je l'avais vu à Favart, là où l'opérette est à domicile, où la fosse d'orchestre est réduite et où la salle est petite, ce qui permet un contact quasi direct entre le public et la scène. Bref loin du froid Bastille. Du premier balcon je ne sens pas la chaleur de la mise en scène, que je ne percevrai qu'une fois replacé au premier rang de l'orchestre, c'est pratique.... La salle n'est pas apte pour les opérettes, et encore moins pour les opéras-comiques, les parties parlées devenant parfois un peu froide: le théâtre ne passe pas.

Mais en définitif, c'est très distrayant, du théâtre musical plus qu'un opéra à part entière. Un bon moment!

 

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thebluepiglet 14/10/2012 16:01

"C'est de la musique opérette banale, il faut accompagner l'action et les airs."
Moi je trouve qu'Hector avait raison d'avoir peur de l'arrivée de Gaetano ;)
"La Fille du Régiment" est certes une opérette qui tient plus d'un Offenbach italien que d'un pré-romantique averti comme l'était Donizetti... Mais d'autres de ses œuvres pourraient très bien
concurrencer le Français, je pense par exemple à "Lucia di Lammermoor", une œuvre absolument magnifique aux couleurs sombres et qui répond tout à fait aux dimensions des grands opéras italiens.
Bref, il ne faut pas juger notre pauvre Gaetano.
Mais sinon, merci pour ce compte-rendu, quel dommage que les générales soient des moments uniques !

La loge d'Aymeric 14/10/2012 17:20


Je vous rejoins tout à fait! Même Don Pasquale et l'Elxir ont des partitions plus interessantes, et on approche le chef d'oeuvre avec Lucia! Je m'amusais juste en lisant la présentation de La Fille
du Regiment sur le site de l'opéra où ils parlent de Berlioz palissant devant Donizetti! Ce qui est vrai pour Lucia ne s'applique pas du tout à La Fille!