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La Loge d'Aymeric

Forsythe/Brown à Garnier

11 Décembre 2012, 09:32am

Publié par La loge d'Aymeric

In the Middle, Somewhat Elevated: Musique originale: Thom Willems; Chorégraphie: William Forsythe. Alice Renavand, Vincent Chaillet, Aurélia Bellet, Valentine Colasante, Marc Moreau, Laurène Levy, Daniel Stokes, Eléonore Guérineau, Charlotte Ranson.

O Zlozony / O Composite : Chorégraphie : Trisha Brown ; Musique : Laurie Andersen ; Muriel Zusperreguy, Nicolas Le Riche, Jérémie Bélingard.

Woundwork I : Musique originale : Thom Willems ; Chorégraphie : William Forsythe ; Emilie Cozette, Benjamin Pech, Eleonora Abbagnato, Nicolas Le Riche.

Pas./Parts : Musique originale : Thom Willems ; Chorégraphie : William Forsythe ; Sabrina Mallem, Agnès Letestu, Audric Bézard, Nolwenn Daniel, Julien Meyzindi, Aurélien Houette, Eléonore Guérineau, Christelle Granier, Simon Valastro, Cyril Mitilian, Pauline Verdusen, Adrien Couvez, Emilie Hasboun.

 

J’adore ce genre de soirée ! Celui où je ne sais absolument ce que je vais voir, mais je sais que cela va être bien. C’est toujours le genre de phrase : « Lui, il a autant révolutionné la danse que Balanchine ou même Petipa. » Comment ? Qui ose comparer qui que ce soit à Marius ? Et là en découvrant l’œuvre de Forsythe, j’ai compris, j’ai été émerveillé.

 

In the Middle, somewhat elevated, ou LE mythe Forsythe. J’en avais beaucoup entendu parler, mais je souhaitais garder l’effet de surprise jusqu’à ce que je le voie en vrai. Forsythe voulait créer une œuvre pour de jeunes danseurs. Et c’est vrai qu’ici il n’y avait que les petits jeunes : Chaillet, Renavand (avec des six o clock frémissants), Bellet et, forcément, cette charmante Charlotte Ranson.

 

http://www.dansesaveclaplume.com/public/Ballet_de_l_Opera_de_Paris/In_the_Middle__somewhat_elevated/In-the-Middle_Vincent-Chaillet_Alice-Renavand.jpg

Devant cette découverte, je ne me suis pas penché sur telle ou telle prestation des danseurs, mais, comme un novice, j’ai apprécié mon spectacle comme un ensemble. Et il y avait tant à apprécier, à commencer par cette délicieuse musique de Thom Willems, si stimulante, même si répétitive, du début à la fin. Typiquement le genre de musique qui se laisse écouter pendant des heures (existe-t-il un disque ?). Tout comme cette chorégraphie. Ma première impression alors que les lumières se rallument : je veux le revoir, vite vite vite. J’ai beaucoup apprécié les prestations de Moreau et Stokes, bien présents.

 

Des danseurs de bleu fixent des pommes d’or suspendus, au milieu, quelque peu en hauteur. Ils sont tous beaux, tous jeunes. Ou être ailleurs que sur l’Olympe, avec des pommes des jardins des Hespérides flottant dans l’air ? Ces danseurs, à défaut d’être étoiles, sont donc le temps d’une pièce, des dieux se divertissant sur scène. Comment se divertissent des dieux ? Ils restent nobles de toute façon. Et ici la magie opère. Le langage classique reste, la danse noble demeure, mais au sein d’une saisissante modernité. Bras en quatrième position pour les hommes, pointes pour les femmes, qui se reposent sur les hommes, des sauts d’une fluidité impressionnante. Tout coule de source.

 

Ambiance bien plus tendue dans Woundwork I, ou l’espace est coupé, et où deux couples dansent sans jamais se regarder, très snobs, et entrent en collision très rapidement avant de se replacer. La lumière se tamise, le crépuscule semble approcher. Quand les quatre danseurs acceptent enfin de considérer la présence des autres, il est déjà trop tard, ils regardent au loin alors que la lumière s'éteint. J’ai été gentil, j’ai regardé les deux couples, Cozette/Pech et Abbagnato/Le Riche, mais c’est sans en douter le deuxième qui attire par le charisme de ses danseurs. Une pièce toute douce, mais qui reste très forte.

 

Après deux beaux moments, le niveau devenait bien élevé pour les œuvres de Forsythe. Je n’ai au début pas beaucoup accroché avec Pas./Parts, tout partait dans tous les sens, mais où est le rapport ? Et en fait, je retrouve des traces de In the Middle, ca dépote, tout court partout, mais ici avec bien plus de nuance.

 

http://www.franceinter.fr/sites/default/files/imagecache/scald_image_max_size/2012/11/30/514499/images/Icare%20Op%C3%A9ra%20national%20de%20Paris.jpgCette distribution, dans l’ensemble très jeune, se rassemble sous l’égide de la reine Agnès (Letestu) qui, telle une queen bee, régente ce petit monde. Elle danse avec un Bézard très en forme, toujours aussi massif. A nouveau, les danseurs s’effacent devant la chorégraphie. Chaque morceau, clairement énoncé sur la feuille de distribution : solo, trio, pas de deux, permet de repérer la tête de très bons petits jeunes. C’est sans doute Adrien Couvez qui est la plus grande révélation, et Sabrina Mallem la plus épanouie de tous. Il faut se laisser guider et bercer par cette œuvre.

 

Ah mais attention, j’allais oublier, il n’y avait pas que Forsythe, non, on y avait placé un ballet de Trisha Brown, qui avait déjà ennuyé les foules il y a deux ans. Je ne l’avais pas vu, et mes appréhensions étaient telles que finalement j’ai passé un moment pas trop désagréable. Au lieu des dieux jeunes et euphorisants de Forsythe, ce sont ici trois dieux exilés sur la lune, vêtus tels des cosmonautes, qui ne comprennent pas l’univers dans lequel ils sont, jouent avec la pesanteur et s’aident mutuellement.

 

Mais c’est très froid. Ce cri de douleur qu’est l’environnement sonore (un poème polonais) indique l’exil, le malheur, qui se répercute dans le fait que les danseurs n’ont pas d’émotions sur le visage. Ils s’ennuient, tentent de se consoler avec ce qu’ils ont. Et finalement, si ce n’était pour la présence scénique de Bélingard et Le Riche, je me serais bien ennuyé. Zusperreguy a remplacé Ciaravola, s’en est assez bien sorti au milieu des deux étoiles, mais n’a pas encore la prestance d’une Isabelle.

 

N’hésitez pas à aller voir cette soirée, il reste des places sans problème, même à tarif préférentiel. Je n’ai pas réussi à revendre la place que j’avais en trop, tout le monde qui le voulait a fini au parterre ! De belles découvertes !

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