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La Loge d'Aymeric

Hippolyte et Aricie revit à Garnier

25 Juin 2012, 09:49am

Publié par La loge d'Aymeric

Rameau, le 24 Juin 2012. Direction: Emmanuelle Haïm; Mise en scène: Ivan Alexandre; Phèdre: Sarah Connolly; Aricie: Anne-Catherine Gillet; Diane: Andrea Hill; Amour: Jaël Azzaretti; Oenone: Salomé Haller; Tisiphone: Marc Mauillon; Prêtresse de Diane: Aurélia Legay; Hippolyte: Topi Lehtippu; Thésée: Stéphane Degout; Pluton/Jupiter: François Lis; Orchestre et Choeur du Concert d'Astrée.

 

Très bonne soirée découverte hier soir à Garnier ! Mais que serait une belle soirée sans les quelques heures qui précèdent pour tenter de trouver une place. Pour ceux que seule la représentation intéresse, rendez vous plus bas, pour les compatissants, lisez ci-dessus.

 

Prologue

A quelques formalités près, je suis plus ou moins en vacances en ce moment. J’ai donc le grand bonheur de pouvoir arriver tôt pour la queue des pass à Garnier. Hier dimanche, je pensais qu’Hippolyte serait à 14h30, comme tous les dimanches. Heureusement je vérifie samedi, ce qui me sauve ma grasse matinée du dimanche. Finalement, j’arrive vers 17h devant l’entrée de la billetterie. Léger problème, le portail est fermé et il pleut des trombes d’eau. Essayer de lire un livre avec un tout petit parapluie qui s’envole à chaque rafale de vent ou grosse goutte d’eau est le treizième travail d’Hercule.

Je suis heureusement rejoint par trois sympathiques sexagénaires avec qui nous parlons forcément de la hausse des prix, de la saison actuelle et prochaine, des théâtres de province et de la retransmission audiovisuelle. Peu à peu la file se forme sous la pluie. J’ai bien dû renseigner une vingtaine de touristes sur l’heure d’ouverture, les horaires des visites, le calendrier des représentations de la semaine et le fait que le dimanche soit un jour férié. J’attends juste le contrat pour confirmer mon CDI avec l’Opéra, n’est ce pas.

L’eau commence à monter dangereusement, je vous laisse imaginer l’état de mes chaussures. Deux roumaines s’approchent pour demander un renseignement. Un monsieur dans la file crie, une des deux a pu ouvrir le sac d’une dame et s’est enfuie avec son portefeuille. La dame et son amie partent pour les rattraper. Elles reviennent peu après, bredouilles.

Evidemment aucune pitié de la part de La Grande Boutique, la grille n’ouvre donc qu’à 18h37. Je suis en fait trempé jusqu’aux os, ce que je n’avais pas vraiment réalisé. Je tente d’installer un stand séchage des habits, peu efficace. Unique pass, je me fais appeler rapidement. Le gentil guichetier me tend mon billet sans même me demander l’argent et me souhaite une bonne soirée. Les pass seraient devenus gratuits ? Au moment où je lui montre mon argent, il s’écrie Oh merde, je suis crevé, merci de votre honnêteté, on est dimanche soir, sinon je le paie de ma poche.

Je finis par m’installer, troisième rang, pile derrière Emmanuelle Haïm. Je suis toujours trempé, peut à peine bouger tant j’ai froid. Trêve de pathos, le rideau se lève.

Hippolyte et Aricie

Rameau, cela m’évoquait juste quelque chose de vieux, désuet, terriblement Grand Siècle (ce qui n’est pas toujours un compliment). Hier heureusement, le choix de la mise en scène d’Ivan Alexandre allait jusqu’au bout de chaque cliché et de chaque attente pour un revival ultra classique de l’œuvre. Après toutes les prises de risques souvent inutiles de la saison, une production classique et brillante à Garnier, cela réchauffe le cœur (et le corps, voir plus haut).

Mon premier compliment va vers les costumes ! Utilisez tous les superlatifs possibles. C’est http://classiqueinfo.com/IMG/jpg/5441_2011-12-HIPPO-217.jpgsuperbe, sublime, beau. Des grandes robes dotées de très beaux tissus. Seul regret, les hommes ont tous une sorte de petite jupette, mais on s’y habitue. Les tons or, rouges, bleus. Les matières, velours, soie. La forme des habits surtout. Je trouve tout cela très beau. Les costumes nous replongent dans le classicisme. Voilà une photo des plus jolis costumes de l’œuvre. Les décors sont aussi somptueux. En fait, le triplé costumes-décors-maquillage crée un effet pastel de toute beauté.

Certes pour se mouvoir, les costumes sont peu pratiques, mais les chanteurs restent statiques. Certains vont s’écrier en proclamant le peu de mise en scène. C’est un peu étonnant que les chanteurs nous fixent obstinément alors qu’ils parlent d’une action qui se déroule sur le côté ou derrière. De nouveau, cela me rappelle une forme très classique de l’opéra, et ne me déplait pas. On n’approche pas Puccini ou Rameau de la même façon, idem pour la mise en scène. De plus, les chanteurs ont besoin de regarder vers l’avant et vers Haïm avec qui ils semblent avoir un lien très fort.

Le deux ex machina d’Amphitryon m’avait fait doucement rire, ici rien de tout ça. Chaque dieu a droit à son nuage, sa vague, sa cape qui le/la porte tel le génie de la lampe sur son tapis volant. Aucun ne touchera jamais la scène de ses pieds. J’ai visité dernièrement les cabestans dans les sous-sols de Garnier. J’imagine bien qu’avant que les machineries ne deviennent électriques, faire surgir un dieu du haut de la scène devait être un effort non négligeable. Avec ce mécanisme assez grossier, je me crois donc retombé il y a un siècle. Mais de toute façon, comment faire entrer un dieu sur scène ?

Avec cette œuvre, j’ai eu droit à une démonstration de l’art total. De la beauté dans la mise en scène, de la musique, des chanteurs et, heureusement, des danseurs. Les divertissements dansants http://www.lavoixdunord.fr/sites/default/files/articles/ophotos/20120624/614542668_hippolyte-et-aricie-emmanuelle-haim-da-150670.jpgsont souvent enlevés des mises en scène d’opéra alors qu’ils étaient omniprésents au XIXème. Si je me souviens bien, ils étaient là pour laisser aux membres du Jockey Club le temps de souper puis de rejoindre leurs baignoires pour le reste de l’œuvre. J’ai trouvé la danse baroque expressive, s’accordant très bien avec la musique. Chaque geste est marqué, quelques sauts, malgré la longueur des jupes des femmes. Cette danse nous distrait comme il faut. C’est très mignon.

De la musique, enfin ! Regarder Emmanuelle Haïm s’agiter à la tête de son concert d’Astrée est tout un spectacle. Si Daniel Oren reste peut-être celui qui m’a le plus marqué, criant lors des derniers instants de La Bohème, Emmanuelle est également marquante. Point de baguette, rien que des doigts et ses mouvements de tête. Elle m’a rappelé un oiseau, piquant de son bec dans telle ou telle direction. Elle sourit à tout le monde, même aux spectateurs du premier rang. Elle récite les paroles des récitatifs lorsqu’elle n’a rien à faire. L’Amour lui lance une flèche ? Elle prétend alors quelques instants être amoureuse d’un violon. Elle tient son rôle à cœur. Lors des applaudissements, elle remerciera chaque musicien du doigt. Je ne connais pas assez la musique de Rameau, mais j’ai trouvé sa direction correcte, sans déclencher de tempête néanmoins. Les airs de flûte et de cornemuse (ou affilier) sont très peu attendus et confirment la diversité de cette partition.

Les grands rôles et les chanteurs du chœur parlaient tous un français correct, ce qui aide forcément pour du Rameau. Ne pas comprendre les chanteurs m’aurait été très désagréable et m’aurait surtout déclenché un torticolis pour lire les surtitres. Tout le monde est bien à sa place. Phèdre est majestueuse, perdant de sa superbe au cours de l’œuvre. Aricie/Gillet est fragile (et très mignonne aussi). Thésée est puissant mais souffre. Amour est un nouveau Puck ou Zaël, sautant partout avec son arc et ses flèches. Hippolyte semble tout subir.

http://img.over-blog.com/240x397/1/15/31/77/Opera-2012/Hippolyte01.jpg

La palme de cette soirée revient à Stéphane Degout. Si les premiers actes me paraissent déjà très bons, avec les Enfers c’est une Apothéose (woups, les puristes grecs ne vont pas être content….). Je suis resté accroché à ses lèvres pendant tout l’acte. J’ai aussi beaucoup aimé l’Aricie de Gillet, une jolie voix. Un joli rôle est aussi celui de la prêtresse de Diane, Legay me laisse ainsi une belle impression. Amour est très attachant, c’est le rôle qui a le plus de liberté pour les mouvements, et Jaël Azzaretti est un nom à retenir. Dans l’ensemble, aucune grosse déception de la part des chanteurs. L'opéra en lui même est déja superbe, les solistes le mettent en valeur.

Une superbe découverte donc malgré mes a priori nombreux sur ce type d’opéra. La production venait du Capitole de Toulouse, créée sous la direction de Nicolas Joël. Que je serais heureux si ses productions à l’Opéra de Paris pouvaient être aussi bonnes….

 

(Photos de l'Opéra de Paris et de Formalhaut)

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