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La Loge d'Aymeric

Immortelles, ONDIF à Pleyel: Cherubini, Weil, Berlioz, Tchaïkovski

29 Octobre 2012, 20:02pm

Publié par La loge d'Aymeric

Orchestre National d’Ile de France, 28 Octobre 2012. Direction musicale : Enrique Mazzola ; Récitante : Marina Hands ; Mezzo-Soprano : Stéphanie d’Oustrac

 

Autant commencer par la palme d’or de l’accueil des abonnés remise ce dimanche 28 à la Salle Pleyel ! Le théâtre des champs est également en lice, j’y reviendrai plus tard. Etourdi, j’avais oublié mes billets loin de Paris, et on me propose un duplicata pour le concert, très beau service !

 

Aujourd’hui, programme très varié, trois siècles de musique en quelques heures. Une après-midi qui m’a paru durer une éternité ! La vie en musique, que demander de plus.

 

Ouverture du concert ! J’ai déjà entendu la Médée de Charpentier il y a quelques semaines, Dusapin va suivre, puis ce sera la version de Cherubini. C’est donc l’ouverture de cette dernière (1797) que j’ai entendue, et je n’attends que le mois de décembre pour en découvrir plus ! Un manichéisme qui semble tranché, une opposition entre la Médée maltraitée et maternelle et la terrible sorcière.

 

L’orchestre semble peut en forme au début, juste guider par cette opposition noir/blanc. Mais vers la fin, la musique prend un ton plus incertain, rien n’est dévoilé, l’intrigue est en place : que peut-il arriver par la suite? Une grande puissance dans ces derniers moments avec des violons et une flûte traversière qui promettent un grand opéra ! L’orchestre se réveille donc !

 

Il s’est ensuite un peu endormi avec la création sur Simone Weil (2011), le pauvre. J’appréhendais beaucoup, je n’ai pas passé un si mauvais moment. Le texte de Bourdieu permettait de retracer rapidement la vie de Weil, son adolescence malheureuse, son stage en usine, les violences dont elle est témoin, ses premières prières puis son exil et sa mort en Angleterre. Le texte est surtout très bien lu par Marina Hands, qui y met tout son charisme et fixe très durement le public. On a l’impression d’avoir une folle devant soi, je pense que le but recherché est atteint.

 

Pour la musique cela reste mince. Deux thèmes reviennent au début qui rythment l’hésitation de l’adolescente. Un très naïf et idéaliste puis un très violent suivant les éléments de la narration. Je retrouve quelques notes de Stravinsky ou encore de Gershwin. Par la suite, la violence prend le pas, la naïveté devient religieuse. A Londres, la violence atteint son apogée. Dans le dernier passage, les deux thèmes se fondent en un alors qu’elle meurt.

 

C’est captivant certes, mais devient un peu longuet. L’évolution est un peu longue, et la musique devient répétitive, mais le texte est agréable. Une jolie création dans l’ensemble.

 

Je me rappelle enfin pourquoi j’avais choisi ce concert parmi la très longue liste de Pleyel : Stéphanie d’Oustrac ! Emerveillé par son Sesto dans La Clémence de Titus, entraîné par sa Juliette chez Waltz, j’ai à nouveau passé un très bon moment avec Cléopâtre (1829)! J’avoue honteusement avoir prêté peu d’attention à la musique, tant la voix était forte. D’Oustrac a une diction impeccable, une voix qui porte, une implication totale dans le rôle à mesure que le morceau défile.

 

Le début est un peu récital, histoire de nous mettre dans le bain, avec une musique peu stimulante. Puis, une grande puissance alors qu’apparaissent les angoisses de la reine. Elle a peur de faire honte aux Lagides, de trahir ses ancêtres et ses deux amants, qui prennent l’importance de maris tant elle les respecte. A la fin, je devine sans problème sa mort alors que je tends enfin l’oreille vers l’orchestre qui finit le morceau dans un grand tadam tragique. Un très beau moment, j’apprécie de plus en plus ce type de scène lyrique, Roméo et Juliette m’avait laissé en mai dernier une très bonne impression.

 

Après trois moments si différents, où l’orchestre a tenu des places si variées, apothéose avec Roméo et Juliette de Tchaïkovski. Je vous avoue que je ne connaissais même pas l’existence de ce morceau (je me rattrape depuis). Pas facile d’écouter un morceau inconnu sur un thème quand même très lié au monde du ballet venant du compositeur du Lac, de Casse Noisette et de La Belle. Mais ici peu de féerie. Mais rien de tragique comme peuvent l’être la Dame de Pique ou Onéguine. Ici, la partition se rapproche plutôt des symphonies.

 

Beaucoup de moments forts, je me suis senti un peu perdu au milieu de tout cela ! Je suis sans problème la trame narrative, des combats au balcon en passant par le bal, s’achevant par les morts. Une grande puissance vraiment tout le temps, chaque moment est fort, violent ou amoureux, l’orchestre est au top de sa forme !

 

Quatre destins de femmes, trois folles, quatre tragédies, trois siècles, trois très belles partitions : une après-midi réussie !

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