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La Loge d'Aymeric

Kabuki par le Tokyo Ballet

24 Mai 2012, 11:35am

Publié par lalogedaymeric

Kabuki, Maurice Béjart, 22 mai
Distribution : Dan Tsukamoto : Yuranosuke ; Haruka Nara : Dame Kaoyo Gozen et le Tokyo Ballet

 

L’opéra de Paris invite chaque année une grande compagnie mondiale, l’année dernière c’était le Bolchoï, ce sera la compagnie Preljocaj l’année prochaine (peut-être moins exotique, mais toujours intéressant). Le Tokyo Ballet est donc venu présenter une pièce que Béjart avait créée pour la compagnie, Kabuki.

                Alors d’accord on le sait, Béjart admirait le Japon et sa culture et le Soleil Levant le lui rendait bien. Il a créé en 1986 Kabuki, hommage au théâtre traditionnel japonais. Je trouve cela néanmoins assez cliché de cantonner une compagnie étrangère qui affiche un très bon niveau de danse, même en classique ou néo-classique, à cette seule œuvre très typique de l’Histoire japonaise de Béjart. Comme si les spectateurs parisiens  s’attendaient à voir le Tokyo Ballet danser Kabuki, et rien d’autre, ou sinon une autre œuvre sur le même thème.

                Je me rends donc le 22 à Garnier pour la dernière, qui s’avère être un gala organisé par l’AROP. Pour cette occasion, le grand escalier et le foyer sont décorés de fleurs et allumés de lumières roses. Code vestimentaire : black tie. C’est donc un merveilleux défilé qui entre dans Garnier. Certains goûts d’habillement me paraissent particulièrement…. douteux. Certaines robes pourraient rivaliser avec les costumes de la scène. L’ensemble campe une image très kitsch, et d’ailleurs c’est ce que je retrouve dans le ballet.

                Hommage au kabuki, la pièce nous campe certaines choses très attendues : des geishas, des samouraïs, des suicides rituels à la Butterfly (le fameux seppuku dont je vous passe la description exacte). L’histoire est d’un compliqué absolu, l’intrigue principale est la suivante : après avoir insulté un vassale, un seigneur se suicide, condamnant ses 47 samouraïs à devenir des rônins, ou samouraïs sans chef. Ils vengeront alors leur maître puis se suicideront à leur tour. Béjart a rajouté une dizaine de personnages secondaires et a choisi de rattacher l’œuvre à l’époque contemporaine. La première scène se passe ainsi à Tokyo où un chanteur à succès retrouve une épée traditionnelle, qui le trhttp://www.dansesaveclaplume.com/public/Tokyo_Ballet/Kabuki/.Kabuki_Tokyo-Ballet_9_m.jpgansporte dans le passé.

                Vous imaginez donc à quel point cela fait vieux. Créée en 1986, cette pièce garde les marques des années 1980. Les chanteurs crient parfois, des hommes en noir servent de support pour les épées, les capes, les robes, des hommes sont déguisés en bambous, ou même en sanglier. Le mélange terrible des couleurs créent des images beaucoup trop riches et remplies  qui relèvent plus du dessin animée que de la scénographie d’un ballet qui se voudrait spirituel. La musique semble une mauvaise tentative. Mélanger de la musique traditionnelle avec de la techno, ca peut marcher. Là non. Seul le musicien qui frappe d’un bout de bois une planche en bois m’intéresse un peu,  le reste est enregistré. Je ne peux même pas admirer des instruments étranges, comme j’avais pu le faire pour Kaguyahime.

                Les meilleurs moments de la pièce sont donc paradoxalement ceux où la scène se vide. Le dernier solo de l’acte I, par exemple, un danseur en blanc et c’est tout. Après 45 minutes franchement ennuyantes, un bonheur de découvrir ce soliste qui danse vraiment. De la même façon, la dernière scène avec le suicide des 47 samouraïs est le meilleur moment du ballet. Des variations solos, un corps de ballet qui s’organise autour des solistes, des rappels du Boléro notamment. Deux solistes en blanc qui se succèdent en diagonale, entourés de danseurs en blanc, un peu honte d’avouer que ca me relance des images de la Bayadère….

                Ces deux exceptions mises à part, et bien je m’ennuie. A défaut de comprendre l’histoire, je m’attends au moins à voir de la danse intéressante. Et non. Oui bien c'est trop ponctuel. Les danseurs, vétues d'habits monumentaux, prennent des pauses qu’ils conservent un instant, comme s’il posait pour les appareils photo dont j’entends les clics au parterre. Peu de danse réellement naturel, tout semble très compliqué, pour arriver à peu d’effet.

 http://files.offi.fr/evenement/44049/images/600/53b8938a427c8be2cd14b99bee3fea3f.jpg               C’est donc un ballet très déséquilibré. La première partie est longue, longue, longue. La deuxième partie en deux tableaux. Le premier se passe dans une maison de geishas, rassemble tous les clichés habituels, mais en moins dense, et le pas de deux est franchement joli, une fois que la soliste a perdu sa robe. Ensuite donc le finale, 47 danseurs en blanc dansent sur un fond bleu, c’est vraiment saisissant, quelques frissons en les voyant se suicider alors que la lumière s’éteint.

                Au salut, les danseurs jettent des écharpes au parterre, en signe de remerciement. Au fond de la scène, la lumière fait apparaître un drapeau japon. Comme si le Tokyo Ballet ne pouvait pas se détacher de son identité japonaise. Comme s’il paraîtrait normal que le Ballet de l’Opéra de Paris n’aille danser que Flammes de Paris à l’étranger.

                J’ai été impressionné par la qualité des danseurs, que la chorégraphie ne mettait pas toujours en valeur, surtout les femmes qui affichaient des coups de pied et des déployés étonnants. Ils m’ont tous semblé très sérieux et investis dans leur travail. J’espère pouvoir les revoir dans un autre répertoire !  

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