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La Loge d'Aymeric

L'hilarant retour de La Favorite

8 Février 2013, 14:55pm

Publié par La loge d'Aymeric

Date : 7 février 2013
Lieu : Théâtre des Champs-Elysées
Direction musicale : Paolo Arrivabeni ; Mise en scène : Valérie Nègre ; Léonor : Alice Coote ; Fernand : Marc Laho ; Alphonse IX : Ludovic Tézier ; Balthazar : Carlo Colombara ; Don Gaspar : Loïc Félix ; Inès : Judith Garnier.

 

Oui je sais c'est mal d'écrire des généralités sur Donizetti quand on n'a pas vu Lucia sur scène. Mais puisque personne ne souhaite le monter à Paris depuis que je vais voir des opéras, je me base uniquement sur les œuvres que j'ai vues. Souvent de bons divertissements, comme L'élixir d'Amour, Don Pasquale ou La fille du Régiment, mais ca n'est pas toujours au top. La preuve donc avec cette Favorite.

Elle cumulait donc tous les clichés et a priori que les gens externes au monde lyrique se font sur le genre. Un livret ridicule, des femmes qui crient de partout, un dénouement qui dure trois plombes, des retournements de situation improbables, des rois et du sacré. Et encore je dois en oublier. Si j'avais pu trouver les livrets d'Offenbach totalement absurdes (rappel), ils allaient dans le genre opérette voulu. Le summum reste quand même quand Fernand se dit ravi de retrouver Léonor, celle qu'il aime plus que tout au monde et pour qui il a quitte un monastère, et de la ... connaître. Oui attention c'était évidemment le coup de foudre le jour il lui a versé de l'eau bénite dans les mains, mais il ne l’a plus jamais revue après. Si le coup de foudre a déjà été utilisé dans de nombreux opéras, il ne m’a jamais paru aussi ridicule que ce soir.

Les phrases niaises s'enchainent pour arriver à un final tout à fait grotesque ou tout d'un coup Fernand qui vient de rejeter sa vie terrestre après avoir subi le déshonneur retombe soudainement amoureux de Léonor. Alors que celle ci meurt tout d'un coup, le public ne peut se retenir et s'esclaffe. Pour une fin tragique c'est bien joli. Et dans cette direction d'acteur un tantinet statique, les chanteurs s'adressent au public plus qu'à eux mêmes. Léonor dit d'abord adieu au public du premier rang avant de se retourner quand même vers son amant.

Peu de pathos donc et je ressens peu de sensibilité dans cette œuvre. Et la mise en scène n'aide pas. Enfin qui a dit mise en scène? Parlons plutôt d'espace scénique arrangée. Cela me rappelle la grève des machinistes de Bastille le jour où j'allais voir Les Noces avec Tézier en Almaviva (déjà lui). Les non-grévistes tentaient d'arranger un semblant de décor pour éviter la version concert en plaçant par exemple une plante en terre au dernier acte. Et bien la c'était à peu prés la même chose, mais sans la grève des machinistes.

Les trois premières scènes se ressemblaient, un décor au fond avec un objet place au second plan côté jardin. Dans le premier acte des gradins pour le décor et des chaises devant forment le monastère. Dans le second, une photo d'une plage, avec des roches. Pour le troisième, une toile représentant un arbre, et un banc. Bref c'est bien vide. Après l'entracte, attention l'objet du second plan est déplacé côté cour. Une vraie innovation donc. La metteur en scène et son équipe se font huer quand ils arrivent sur la scène. Bon. Mais je félicite les costumiers pour la qualité esthétique des costumes de tous les comédiens, qui permettent d'ailleurs d'accentuer le vide de l'espace.
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Fin de la perfidie, j'ai quand même passé une bonne soirée. Les chœurs m’ont bien amusé déjà. En moines de Saint Jacques ils étaient tout à fait vénérables, si ce n'était pour cette étrange chorégraphie qu'on leur demande d'exécuter. Les femmes de Léonor m’ont également bien amusé, toutes habillées de blanc, accueillant l'aveugle Fernand. Je me crois dans Armide. Mais c'est comme membre de la cour qu'ils m’amusent le plus, oscillant une petite danse amusante, comme celle de La fille du Régiment version Pelly. Je sens parfois une petite influence offenbach-ienne.

La musique sous le bâton de Paolo Arrivabeni réussit à sauver quand même cette œuvre des flots, avec un bon rythme tres enjoué. Elle tente même de suivre ce suspens de pacotille, mais c'est évidemment peine perdue. Je reste d'ailleurs assez étonné de voir une harpe commencer un solo pour Léonor, mais en suis ravi, c’est décidément très joli la harpe.

La soirée avait commencé très mal avec une annonce: les deux solistes féminins se relevaient de dix jours de grippe et avaient néanmoins accepté de chanter. Ouch ouch. Et en fait non! (Voilà un vrai suspens) Inès a su être a la hauteur, et être aussi ravissante que doit l'être une suivante. Et Léonor a pu être grande et réussir à soulever une once de pathos lors de la scène qui suit ses fiançailles. Certes ce n'est pas en s'enroulant dans un voile blanc telle une momie, mais avec une voix qui reflète bien la souffrance.

Fernand m’a un peu décu, coincé entre les deux autres. Ses airs sont certes bien applaudis par le public, il tient le rôle et réussit aussi le pari de la souffrance mieux que celui de l'homme heureux et décidément un peu bête.

C'est des deux derniers solistes que viennent les meilleurs moments de la soirée. Pour Tézier c'est prévisible, chacune de ses apparitions sur scène me marque et m’enchante, du répertoire russe au registre italien. A nouveau une profondeur et un timbre qui glace la scène. Pour Colombara, que je ne connaissais pas, une voix qui va tout a fait dans le style du moralisateur chrétien des monastères. Une lourdeur et une profondeur marquée pour un basse réussi.

Aucun théâtre n’avait produit La Favorite depuis vingt ans à Paris. La génération passée a peut-être refusé de s’amuser devant une pièce qui ne réussissait pas à atteindre la grande tragédie. Au moins la génération actuelle sait s’amuser devant des pièces ridicules, sans pour autant sacrifier la qualité du chant et de la musique. Mais il ne faut pas non plus que de telles blagues reviennent trop souvent.

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