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La Loge d'Aymeric

"La Bohème n'a rien et vit de ce qu'elle a," Bohèmes au Grand Palais

10 Octobre 2012, 08:54am

Publié par La loge d'Aymeric

http://www.franceculture.fr/sites/default/files/imagecache/ressource_full/2012/10/03/4511963/affiche%20bohemes.jpg


Le Grand Palais a du annuler deux expositions pour retrait de mécénes, autant rentabiliser ma carte sésame et aller voir toutes les expositions que ce musée propose.
 

Qu’est ce que j’attendais de Bohèmes ? Pas grand-chose, l’affiche me faisait un peu peur. Je n’avais en tête que l’opéra de Puccini et la polémique actuelle sur les Roms. Je n’étais pas bien loin de la réalité. En choisissant de mettre le titre au pluriel, l’exposition portait à la fois sur les tziganes, les bohémiens, puis sur l’interprétation littéraire et artistique de ce peuple au XIXème siècle, qui se transforme vite en un cliché bien loin de la réalité initiale.

Point vocabulaire et historique d’abord. Liszt écrit en 1859 Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie, l’envoie à Baudelaire qui répandra le thème bohémien. Mais attention ce peuple ne vient pas du tout de la région de Bohème. Leurs origines remontent à la région des Balkans ou même d’Égypte, ce qui leur conférera le nom de gypsy. Voltaire voyait en eux les derniers prêtres d’Isis. Au XVème siècle, le roi de Bohème leur accorda un sauf conduit, d’où le nom de bohémien.  Ils seront expulsés de François Ier à Louis XIV et vont alors se réfugier dans la nature et les montagnes, d’où leur aspect très proche de la terre, détaché de la civilisation.

Malgré un thème haut en couleur, j’ai trouvé cette expo assez triste, tout du moins la première partie. Deux longs couloirs qui se suivent dans des couleurs maussades, une lumière faible et des panneaux tout petits. On entend une bande sonore de musiques tziganes larmoyantes. Le but n’est pas de nous faire ressentir de la compassion pour ce peuple mais d’apprendre à le connaitre ! Une vidéo ouvre l’exposition où se mélangent des gens qui dansent et vivent, des roulottes, des enfants, mais sans le son c’est embêtant.

Peuple mystérieux, ils combinent tout et son contraire : grâce, vulgarité, religion chrétienne comme païenne, magie. Sur la religion, l’exposition se hasarde dans une comparaison avec la sainte famille partant en Egypte, come les bohémiens, chassée de leur maison et forcée de prendre la route. Sont donc affichés des tableaux de la Bible puis ceux de scènes de vie bohémienne.

http://www.insecula.com/PhotosNew/00/00/09/99/ME0000099931_3.jpgPour le moment, artistiquement, cela reste mince ! Heureusement sur le thème de la diseuse de la bonne aventure se trouve le joli tableau de De La Tour déjà vu au Met. Tel le fils prodigue (Balanchine, sort de ce corps), il se fait entourer et voler, avec un jeu de regards toujours très bien réalisé. La diseuse devient ensuite chez Watteau un personnage sympathique qui s’inscrit dans la commedia dell’Arte.

Une succession de tableaux sur la nature, le squat, les regroupements…. Une dernière fois un semblant d’ethnologie avec Zola et ses malheureuses et souffrantes bohémiennes.

Heureusement arrive le romantisme : Mérimée, Gautier. L’idéal bohémien apparait : exotisme, proximité des gens, loin des tabous. En pleine révolution industrielle, les artistes voient en eux des frères, comme eux en vadrouille. Courbet se peind avec chevalet et pinceaux sur le dos et marchant pour vendre ses œuvres. http://nuitblanche.paris.fr/pictures/t366x500/b0ad69d68ec2f50a61084ddf027d062b756820bb.jpg

Enfin, au bout de vingt minutes, un tableau qui m’attire l’œil ! Les Trois Tziganes est un poème de Nicolas Lenau, mis en image par Bellet du Poisat. La liberté, le peu d’attachement à la liberté. La nature sert de mobilier éphémère. On ne garde avec soir que sa musique, sa pipe, ce que l’on peut emporter.

Les roulottes de Van Gogh, la bohème chatoyante va si bien avec sa rondeur de pinceau et ses couleurs ! Puis Le Jeune Bohémien Serbe de Landelle, une très jolie allégorie : il est très élégant dans ses guenilles, se tient droit, il est presque fier.

Les deux tristes couloirs touchent à leur fin, pour déboucher sur la place de la bohème dans les arts. Peuple longtemps danseurs, musiciens ou acteurs, ils finissent par rentrer dans l’art du spectacle comme personnages chez Molière puis dans les opéras du XIXème. Un moment donc sur Carmen, Notre Dame de Paris, Liszt.

Dans le grand escalier du Grand Palais, en décalage total avec le reste de l’exposition (ses marches sont comme à Garnier, arrondies vers l’extérieur puis vers l’intérieur, signe du too much bourgeois), une colonne Morris est couverte d’affiches de films de Carmen ! Ne pouvait-il pas trouver des affiches de l’opéra ?

Enfin une bonne idée de mise en place de l’espace ! Les murs donnent l’impression d’une chambre de bonne. Les œuvres montrent une génération sacrifiée : Liszt, Delacroix, Baudelaire. Ils boivent, rêvent, détruisent leurs œuvres. Le symbole de l’art passe des muses, lauriers, lyre à la blouse, la pipe, la barbe naissante.

J’arrive dans la salle/chambre de bonne sur La Bohème sur l’air de Musetta. Des affiches d’origine, un poêle au milieu de la salle, des dessins de costumes. Le tableau bleu translucide de Lenoir que je trouvais moche prend ici tout son sens de rêverie.

http://img402.imageshack.us/img402/4121/vincentvangoghsouliersa.jpgLa salle sur Verlaine et Rimbaud comporte une tente, c’est bête de n’avoir pensé que maintenant à de l’originalité ! Pourquoi pas plus tôt ? Je ne demandais une caravane dès l’entrée non plus mais enfin… Les deux poètes sont malheureux dans le quartier latin et ses cafés. Une très bonne illustration de Van Gogh, Les chaussures, elles ont vécu et vu.

Les artistes s’approprient les cafés, comme Momus dans La Bohème. Une salle type, avec un coptoir, des tables et des chaises en bois nous présentent des tableaux tels l’absinthe de Degas, des Toulouse-Lautrec, Van Dongen.

Un panneau nous parle de Tiefland, un film nazi tourné avec des prisonniers tziganes, pour finir sur des œuvres d’Otto Mueller qui résume l’idée de bohèmes : la conclusion brouillonne d’une exposition qui l’est dans son ensemble.

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