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La Loge d'Aymeric

La Fille Mal Gardée, ou le couronnement de Myriam

26 Juin 2012, 08:28am

Publié par La loge d'Aymeric

La Fille Mal Gardée, Frederick Ashton, le 25 Juin 2012. Lise: Myriam Ould-Braham; Colas: Josua Hoffalt; Mère Simone: Stéphane Phavorin; Alain: Simon Valastro. 

 

Le ballet est en effectif réduit en ce moment ; la grande tournée aux Etats-Unis (Chicago, Washington, New York) mobilise une grande partie de la troupe. Ceux qui restent à Paris dansent un des grands classiques du répertoire, le plus vieux ballet qui soit encore dansé : La Fille Mal Gardée.


Après la nomination de Josua Hoffalt pour la Bayadère suivie de celle de Ludmila Pagliero quelques semaines plus tard sur ce même ballet, je pleurais devant le statut inchangé de Myriam Ould-Braham. Devait-elle rester encore longtemps une superbe première danseuse ? A la surprise de tous, danseurs de la compagnie inclus, le 18 Juin dernier, elle est enfin nommée par Mme Lefèvre. Délire des fans, moi le premier ! Sur la vidéo, Mlle Ould-Braham se cache les yeux, comme pour pleurer. Elle l’attendait depuis longtemps cette nomination. http://www.dansesaveclaplume.com/public/Ballet_de_l_Opera_de_Paris/La_Fille_mal_gardee/.La-Fille-mal-gardee_Myriam-Ould-Braham_Josua-Hoffalt_2_2012_m.jpg 
 

Je suis donc allé voir la dernière de cette distribution qui la vit élever au rang d’étoile. Un couple principal qui scintille donc des nouvelles nominations ! Tout les danseurs sont en grande forme et nous font passer un très bon moment. Le ballet plait, il suffit de voir les sourires qui ornent tous les visages à la sortie.



  L’histoire de La Fille est la plus simple qui soit : dans une campagne française, Lise aime Colas mais sa mère, Simone, veut lui faire épouser un riche héritier, Alain. Finalement, les deux amoureux finiront par se marier. Le rideau se lève avec le réveil du Coq et de ses quatre Poules qui esquissent quelques pas, la bonne humeur est déjà lancée. La pantomime de chacun permet d’accentuer les traits des personnages, accouplée à une danse de haut niveau, le mélange est tonique. Si le but principal est de distraire, la danse n’est absolument pas sacrifiée, ce qui rend l’ensemble encore plus délicieux.

Ould Braham est rayonnante. Elle a droit à l’immense et rarissime honneur d’être applaudie lors de son entrée, habitude si peu française. Malicieuse pour tromper sa mère ou mener Colas en balade, fragile et délicate lorsqu’elle l’embrasse. Sa technique est très élégante. Sa délicatesse et sa légèreté font de ses reculés sur pointe quelque chose de fragile et d’unique. Elle vit l’œuvre et donne bien l’air de s’amuser sur scène. Elle ne lâche jamais son sourire. Sa complicité avec Hoffalt est pleine, ils forment décidément un très joli couple, que j’espère pouvoir revoir bientôt. C’est assez émouvant de se dire qu’ils sont maintenant étoiles alors qu’ils semblent encore si jeunes, encore enfants par rapport aux autres.

Josua parait ravi dans ce rôle ! Certes ce n’est pas le sourire Colgate de Magnenet, mais il réussit à camper un berger léger comme il faut tout en restant viril. Il a de belles lignes et sa technique s’affirme. Pas de problème dans son manège ou dans le reste de ses solos, comme j’avais pu en voir lors de sa Bayadère, ici, il m'impressionne vraiment. Ses pirouettes sans fin, ce sont le moment où je souris béatement tant c'est bien fait.  

http://www.nouveau-paris-ile-de-france.fr/fichiers/fckeditor/Image/3077/fr/event/original/00_3077Fille-mal-gardee-Opera-Paris-Palais-Garnier.jpgLe rôle le plus drôle du ballet est celui de la Mère Simone, tenu ici par Phavorin. Un rôle travesti donc, le danseur peut ainsi porter Lise sans souci, la frapper violemment, et paraître encore plus ridicule en se regardant dans le miroir. Le moment où il se frappe le pied, sa danse avec ses sabots, son évanouissement et son rétablissement : autant de moments hilarants. Phavorin s’investit, jouant le rôle à fond, jusqu'aux applaudissements. Il annonce dans Le Monde (disponible aux abonnés sur Internet) qu’il a demandé à faire élargir un tiroir pour pouvoir mettre sa tête dedans. Toujours pousser la farce plus loin.

Alain est le rôle niais de l’œuvre, et si drôle aussi !  Il est si timide qu’il n’ose approcher personne. Il ne lâche pas son parapluie qu’il prend pour un fier destrier. Il s’envole dessus lors de la tempête. Il veut lui aussi jouer avec la flûte du paysan et en sort des bruits inaudibles. Chacune de ses apparitions est un bonheur. Lorsqu’il rentre telle une souris pour récupérer enfin son fidèle parapluie alors que le rideau tombe, c’est sous de nombreux applaudissements. Mon seul regret est qu’il parait parfois un peu effacé par rapport au couple principal ; il pourrait s’affirmer plus.

Le corps de ballet est très en forme aussi. L'énergie de l'ensemble vient sans doute pour une grande part d'eux. J'avais été un peu déçu de leurs prestations dans Bayadère. Or, avec la tournée, seuls les plus jeunes sont restés. Le moment de la danse de la flûte (très bon Hugo Vigliotti) est leur instant. Ils s'investissent à fond, ayant sans doute moins de chance que leurs aînés de paraître régulièrement sur scène.


La pastorale de l’œuvre s’est inscrite à toutes les échelles, il manque juste les moutons. Il y a donc des nœuds et des rubans roses. Aie. C’est très dangereux les rubans, ca s’enroule, ca s’étrangler. Bref, ca ne rend pas toujours bien. Myriam a bien failli y passer une ou deux fois. Il va falloir songer à améliorer ça pour la prochaine fois, on en oublie de regarder la danse. Sadique, je les regarde tenter de se sauver de ses situations pour le moins inconfortables. La pastorale c’est aussi un poney ! Un vrai de vrai. Il a droit à son petit box installé du côté de la sortie des artistes, si jamais vous passez derrière Garnier aux bonnes heures, vous pourrez l’apercevoir. http://www.altamusica.com/wpic/danse_ouldbraham_myriam.jpg 
 

Un grand vent frais passe donc par Garnier en ce moment ! Tout y est innocent, joli. Myriam et Josua paraissent bien amoureux, le public est heureux pour eux, ce qui arrive peu, avec les multiples suicides ou morts qui ont le don de fermer la plupart des ballets classiques.

Je suis ensuite allé faire mon groupie à la sortie des artistes. Ould-Braham est très accessible et semble ravie de notre soutien, réengageant d’elle-même la conversation. Elle devrait danser dans quasiment tous les programmes de la saison prochaine, et également Giselle en Australie. Bonne chance à elle et encore bravo !

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