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La Loge d'Aymeric

La Finta Giardiniera à Bobigny

30 Juin 2012, 12:20pm

Publié par La loge d'Aymeric

Wolfgang Amadeus Mozart, le 29 Juin 2012 à la MC93 par l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris. Direction musicale : Inaki Encina Oyon ; Don Anchise : Kévin Amiel ; Sandrina : Chenxinq Yuan ; Belfiore : Joao Pedro Cabral ; Arminda : Elodie Hache ; Ramiro : Anna Pennisi ; Serpetta : Maria Virginia Savastano ; Nardo : Michal Partyka.
 

En 2005, Gérard Mortier a annoncé la création de http://www.culture.fr/fr/sections/une/articles/finta-giardiniera-mc93/downloadFile/image_article/imgint.jpgl’Atelier Lyrique : une structure au sein de l’Opéra ayant pour but de perfectionner et de professionnaliser certains chanteurs débutants. Tous les ans, cette troupe donne des représentations, dont une à la MC93, la maison de la culture de Bobigny. Après Orphée et Eurydice de Gluck l’année dernière, ils se sont attaqués à une des premières œuvres lyriques de Mozart, La Finta Giardiniera.

L’œuvre date de 1775. Dans le catalogue KV, j’ai trouvé Appollo und Hyacinthus de 1767, Bastien en Bastienne en 1768, Mitridate en 70 et quelques autres petites pièces. Autant dire que Wolfgang en est encore à des essais. Il faudra attendre 1781 pour le premier grand opéra, Idomeneo.

Mozart a donc 19 ans pour cette œuvre et on y retrouve beaucoup de similarités avec des œuvres comme Les Noces ou Così. Rien d’aussi noir que Don Giovanni. De grands arias pour les chanteurs et sept chanteurs à l’unisson pour finir chaque acte, c’est bien du Mozart. L’ensemble est frais et léger, idéal vu la chaleur actuelle.

Je suis quand même bien content qu’il ait rencontré Da Ponte par la suite pour écrire les livrets de ses trois plus grandes œuvres. Le livret de Finta Giardiniera ne tient vraiment pas la route. Le synopsis distribué est hyper compliqué, un mélange de Secret Story, Amour, Gloire et Beauté et Le Jeu de l’Amour et de l’Hasard.

Par jalousie, un Comte a poignardé sa maîtresse la Marquise puis s’est enfui. Mais il n’y a pas été assez violemment, la Marquise a survécu et s’est déguisée en jardinière, son valet en serviteur, chez le Podestat. Celui-ci veut marier sa nièce au Comte. Le serviteur de la Marquise/Jardinière veut, lui, épouser la servante du Podestat qui aimerait se faire épouser de son maître. (Vous suivez ?) Don Ramiro, le personnage extra, veut épouser la nièce qui le rejette toutes les dix minutes. Au moment des fiançailles de la nièce et du Comte, ce dernier reconnait sa Marquise qui ne veut pas se dévoiler.

Deuxième acte, le Comte est recherché pour meurtre. La nièce très méchante emporte la Marquise dans la forêt (avec des sons machiavéliques : Muah ah ah ah), l’attache avec une corde et lui bande les yeux. Tout le monde part à sa recherche et, ô miracle, se retrouve autour de la malheureuse Marquise. Des couples incongrus se forment dans l’obscurité. Tel Prométhée, Ramiro apporte des lampes pour éclairer le tout, les couples se défont automatiquement.
http://www.musikzen.fr/upload/image/Concerts%20&%20d%C3%A9pendances/Finta2.jpg

 

Alors là, merveille ! Le Comte et la Marquise deviennent fous, camisole à l’appui. Un délire sous les étoiles plus tard, ils reviennent soudainement à eux, et se fiancent. Les serviteurs entre eux, Ramiro avec la nièce et le Podestat seul.
 

Si le premier acte tient, la dramaturgie n’a dans l’ensemble aucune valeur. L’enlèvement, la folie, c’est un peu facile. Surtout que les chanteurs ont tous des qualités d’acteur et de chant très variables les uns par rapport aux autres et même pendant la pièce.

Prenons la Marquise par exemple, interprétée par Chenxing Yuan. Elle a une voix très belle, très pur, suffisamment forte pour dépasser l’orchestre, ce qui n’est pas le cas de tous, mais trop peu de nuances dans l’ensemble. Le problème c’est qu’elle n’a aucun jeu d’acteur. Une Marquise qui a survécu à une tentative d’assassinat, qui décide de se déguiser en jardinière, qui se fait enlever puis qui devient à moitié folle, cela doit avoir du caractère ! Ici, elle fait poupée de cire, elle minaude, elle subit.

Dans l’ensemble, les chanteurs ont du talent, c’est certain. La partition permet de donner à chacun un rôle important, un aria minimum pour chacun, chaudement applaudi par le public. Mais le manque de nuance dans les airs donne parfois des impressions de longueur un peu soporifique, mon voisin n’a pas résisté longtemps d’ailleurs avant de roupiller.

J’ai retrouvé Savastano qui m’avait laissé un bon souvenir de Barbarina lors de la première session des Noces de la saison dernière, toujours cet air de malice. Son double masculin, Partyka, a un physique assez étrange, mais une très belle voix de Baryton, qui réussit à rester étonnamment légère ! Ce couple fonctionne pendant toute l’œuvre, associant théâtralité et qualité musicale.

Cabral, le Comte, me fait penser à Alain dans La Fille Mal Gardée, le dandy qui ne lâche pas  son parapluie et parait toujours gêner. J’ai du mal avec sa voix de ténor, qui s’envole un peu dans tous les sens. Amiel, le Podestat, m’énerve ! Au premier acte, il se croit déjà sur la scène de Garnier, avec des grands gestes, des grands mouvements, qui vont trop peu avec le cadre. Il reçoit un ‘Bravo’ qui m’étonne bien, sa voix ne me passionne pas. Il se calme au deuxième acte, et sa voix et ses actes.

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Le dernier couple, Arminda et Ramiro, ne fonctionnent pas très bien. Deux belles voix néanmoins, agréables surtout au deuxième acte. Un jeu d’acteur faible pour Ramiro ou trop poussé pour Arminda. De plus, pourquoi avoir travesti le rôle de Ramiro ? L’œuvre manque d’un rôle masculin puissant, d’un Comte Almaviva ou d’un Don Giovanni.

Un mot sur l’orchestre : de bonne qualité, on ressent dès l’ouverture que c’est bien du Mozart. Quelques notes qui s’égarent, un petit manque de fantaisie manquent pour confirmer un ensemble plus que correct.

La mise en scène est minime mais efficace. Une serre, de véritables plantations de fraises et de tomates, de la vigne vierge sur les deux panneaux, on est bien dans un jardin. De belles lumières surtout, le panneau du fond surtout est très bon, avec des sortes de nuages colorés, il invoque facilement la nuit, la forêt, le matin.

L’endroit est insolite, c’est très gentil de la part de l’Opéra d’organiser des petites sorties en banlieue pour les habitués, nombreux hier à Bobigny. Un cadre plus petit, ouvreurs, barmaid ont l’air un peu dépassé. La MC93 fait penser à Chaillot pour les gradins et les escaliers style fond de paquebot. Petit bonus : le métro en arrière fond.

Une agréable soirée, je suis content d’avoir découvert cette structure prometteuse qui j’espère progressera. Une œuvre de jeunesse d’un des plus grands compositeurs pour de futurs grands chanteurs ?

(Photos de l'Opéra National de Paris)

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