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La Loge d'Aymeric

La Voix Humaine à l'Athénée!

8 Décembre 2012, 22:54pm

Publié par La loge d'Aymeric

Opéra de Francis Poulenc d'après la pièce de Jean Cocteau, mise en scène de Vincent Vittoz avec Stéphanie d'Oustrac.

 

Pleurer devant Tosca ou Tannhäuser, c'est évidemment compréhensible. Mais cela reste très noble, très distant, des mythes et des thèmes qui nous dépassent complètement, auquel nous pouvons difficilement nous identifier. 


La Voix Humaine en revanche réussit à nous toucher car nous pouvons nous identifier et comprendre le personnage. Les relations amoureuses où les télécommunications prennent le pas, ne nous laissent pas deviner les émotions mais nous laissent nos illusions, ça c'est moderne, Cocteau avait déjà compris les risques de ces nouvelles technologies dès 1928. Demander de récupérer le sac des lettres d'amour, c'est un clin d'oeil aux vieux romans et romances, l'amour repose maintenant sur le bonheur d'entendre son amant le plus souvent possible: c'est addictif.

Car certes d'Oustrac est complètement folle (décidément après Cléopâtre) mais j'ai franchement pitié pour elle. Alors que je lis La Cousine Bette de Balzac et où je vois Valérie qui mène tous ses amants par le bout du doigt, ici c'est bien pire. Cette pauvre fille consacre sa vie, sa santé à son amant. Cocteau et Poulenc ont la pudeur de ne pas nous révéler son suicide mais il est latent.

La froideur de cet amant à l'autre bout du fil, qui appelle quand même depuis son restaurant, se sentant peut être responsable du malheur de son ancienne maîtresse, puis celle de Joseph, serviteur trop habitué à couvrir les amours périodiques de son maître ou encore celle de la voisine branchée sur la même ligne téléphonique et qui ôte tout reste d'intimité à cette relation jadis amoureuse. Par leur absence et le silence qui en découle, les personnages secondaires alourdissent encore plus l'atmosphère.

Cette sensibilité que le public développe forcement est du à la proximité que nous avons de la scène. J'ai vraiment l'impression de m'introduire dans la chambre de cette pauvre âme. Le jeu d'actrice de Stéphanie d'Oustrac est finement travaillé. Elle crie dès que le téléphone se coupe, et cela fend le cœur.

http://theatre.caen.fr/sites/theatrelocal.caen.priv/files/styles/pages_actu_evenement/public/LaVoixhumaine%C2%A9%20LaurentLagardeVilledeLimoges%20(4).jpgSa voix est toujours aussi sensible que lors de mes derniers spectacles avec elle, elle semble être chanteuse de cabaret ou de comédie musicale en introduction (La Dame de Monte Carlo), puis devient héroïne d'une tragédie moderne, sans grâce, sans noblesse, mais avec tout le pathos et la solitude nécessaire.

Surtout que la musique de Poulenc, sans être révolutionnaire (je ne connais pas du tout ce compositeur), est très simple, répétitive, ce qui nous confère une telle impression d'habitude, cette femme souffre depuis tant d'années et s'accroche à ses souvenirs, comme l'hôtel de Marseille, la robe rose ou le chapeau noir.

Les émotions sont donc fortes dans ce charmant théâtre de l'Athénée suffisamment petit pour les canaliser.

 

C'était ma première soirée dans cette salle à l'italienne qui propose une saison très intéressante et notamment des tarifs à moitié prix pour les moins de trente ans. A bon entendeur! Plus tard dans la saison, deux pièces de Beckett, un Ariadne à Naxos et une Histoire du soldat de Stravinsky!

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