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La Loge d'Aymeric

Le Bourgeois Gentilhomme aux Bouffes du Nord

23 Juillet 2012, 09:37am

Publié par La loge d'Aymeric

18 Juillet, Comédie-Ballet de Molière sur une musique de Lully. Mise en scène : Denis Podalydès ; Direction Musicale : Christophe Coin et l’ensemble baroque de Limoges ; Scénographie : Eric Ruf ; Costumes : Christian Lacroix ; M. Jourdain : Pascal Rénéric ; Mme Jourdain : Isabelle Candelier ; Maître de Musique et Dorante : Julien Campani ; Nicole : Manon Combes ; Dorimène : Bénédicte Guilbert ; Maitre d’armes et le Petit Mufti : Manuel Le Lièvre ; Maître de Philosophie : Francis Leplay ; Maître tailleur et Covielle : Alexandre Steiger ; Maître de danse et Créonte : Thibault VInçon ; Chanteurs : Romain Champion, Cécile Granger, Marc Labonnette, Francisco Mañalich.

Mon dernier spectacle d’une saison bien remplie à Paris et ailleurs ! Je ne connaissais pas cette pièce de Molière, si ce n’est forcément l’épisode sur la prose.

http://www.musicalavenue.fr/files/image/critiques/spectacle/B/Bourgeois%20Gentilhomme,%20le/bg1.jpg

M. Jourdain est donc un drapier enrichi, et très bien enrichi. Les draps et les étoffes occupent la majorité de l’espace scénique, pour que nous n’oubliions pas le passé du bourgeois. Des draps enroulés dans le mur, une table qui est en fait le plan de travail où Mme Jourdain viendra s’affairer (coupant le drap avec un sécateur de jardinier ?). La plupart des draps seront déroulés à un moment ou un autre, pour rappeler également à Jourdain son passé et le métier de ses parents, qu’il refuse d’admettre.

Un drapier laisse place à un grand couturier. C’est de nouveau Lacroix au costume, quatrième spectacle que je vois avec lequel il a collaboré. Il s’est amusé sur la nouvelle parure de Jourdain, tout déborde et explose de plumes, dorures, breloques et autres. De même avec les habits des Orientaux. Pour les Français, il a réalisé une très belle robe pour la Marquise-aux-beaux-yeux, mais qui est peut être le seul bijou véritable au milieu de tant de pacotilles. Le reste des costumes reste sobre et attendu, mais joli tout à la fois.

La salle des Bouffes du Nord ne trace pas de séparation entre scène et premiers rangs, qui sont d’ailleurs assis sur des coussins posés à même le sol. Ainsi Jourdain ou les autres prennent régulièrement le public à témoin. Cette proximité nous rend une meilleure impression de voir un épisode réelle se dérouler devant nous. C’est bête, mais pour une fois, je crois à la vraisemblance de ce théâtre.

Et ceci malgré l’absurdité de certaines scènes humoristique. Les différents épisodes des professeurs (danse, chant, philosophie) sont des prétextes pour s’amuser sur scène, je sens un peu d’improvisation par moment, ce qui accentue de nouveau le naturel de tel ou tel gag. Par exemple lorsque le maître de philosophie revient de s’être battu avec la musique et la danse, son vêtement déchiré et son visage couvert de sang, il a fait ceci en quelques instants dans les coulisses et revient le plus naturellement du monde sur scène pour continuer le cours sous les éclats de rire du public.

D’autant plus que Rénéric (Jourdain) se prête largement au jeu. Il s’endort pendant le chant ou la danse, suit toutes les positions étranges de son maître d’arme, s’émerveille de son costume. Son seul problème néanmoins est qu’il crie beaucoup. En jouant tous les soirs depuis un mois, il doit être exténué le pauvre. Alors certes cela accentue certains gags, mais en même temps il m’abime les tympans. Il partage cette habitude avec Hecq de la comédie, ce n'est donc pas si mal...

http://2.bp.blogspot.com/-GI78NVZPyzo/T-10fyjLqGI/AAAAAAAARVM/lzMfvHOtPJ4/s1600/bourgeois_3196_c_pascal_victor_artcomart.jpgPodalydès a choisi de restituer tout le Bourgeois, ballet et musique de Lully inclus. Si les moments de la partie I sont en effet distrayants, de plus entourés par les pitreries de Jourdain, la seconde partie s’éternisent un peu. Lors de la cérémonie du Mamamouchi, la danse ne provient évidemment pas de Lully, et en tout cas elle m’ennuie bien, le drôle tournant facilement au vulgaire. De plus, la pièce est longue et finit vers minuit, les longueurs en paraissent encore plus longues !

La musique est bien jouée, c’est toujours distrayant d’avoir un petit orchestre dans un théâtre.  La partition ne m’a pas particulièrement plu, mais il y avait un enthousiasme des musiciens et une collaboration au jeu d’acteur. Tout comme la danse restituée de Lully, on plonge ici dans le classico-classicisme. Les danseurs accompagnent quelques moments en courant dans tous les sens et esquissant quelques pieds, et lors de leurs moments de danse, peu de choses en plus. Le ballet baroque m'avait plus plu pour Hippolyte et Aricie. 

Dix huit acteurs se partagent tous les rôles, des acteurs aux danseurs et chanteurs. Une troupe assez uniforme. Candelier joue très bien à la mégère pragmatique, moins à l’amoureuse trahie. Cléonte fait très bien l’amoureux transi qui se meurt d’amour. Le rôle le plus réussi est sans doute Nicole, la servante, je n’avais pas autant ri depuis longtemps !

La scénographie de Ruf est un succès ! Les couleurs utilisées sont variées et le tableau global est très bien fait, me rappelant parfois le désordre organisé de Cyrano au Français. Un grand mur qui contient donc des draps enroulés, mais aussi un second étage, d’où les acteurs descendent grâce à une barre de pompier.  Ceci permet des course poursuite pour les deux couples d’amants particulièrement réussi, ils répètent les répliques une bonne vingtaine de fois en jouant sur les tons et la diction.

Découvrir une pièce de Molière doit passer par une bonne mise en scène, et ce fut le cas ici ! Une pièce très drôle qui continue à distraire plusieurs spectacles après !

(Photos des Bouffes du Nord)

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