Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Loge d'Aymeric

Le joyeux Barbier de Bastille

6 Juin 2012, 07:03am

Publié par La loge d'Aymeric

Le Barbier de Séville, Rossini. 4 Juin 2012. Direction: Marco Armiliato; Mise en scène: Coline Serreau; Almaviva: Antonino Siragusa; Bartolo: Maurizio Muraro; Rosina: Karine Deshayes; Figaro: Tassis Christoyannis; Basilio: Carlo Cigni; Fiorello: Vladimir Kapshuk; Berta: Jeannette Fischer; Un Ufficiale: Lucio Prete

  

J'avais vu la saison dernière une très bonne production du Barbier au Châtelet. J'adore cette œuvre que je considère précurseur à l'idée de comédie musicale. Il appartient au 'bon' Rossini, avec pour le moment Cenerentola. Dans le 'mauvais’ Rossini, mettons Armide et La Dame du Lac (baaah) dont les productions m'avaient largement ennuyé.

Forcément le Barbier est une des œuvres les plus classiques du répertoire, et je la connais bien. La mise en scène était très classique et très respectueuse de la partition et du livret. Seule la dernière scène faisait exception, mettant dans une sorte d'ambiance disco le départ du Comte et de Rosine.

Lundi soir, Coline Serreau à la mise en scène. Ma pire soirée de l'année est Manon de la même Coline qui avait créé cette production du Barbier il y a déjà dix ans. Je voulais donc pouvoir juger si les différences de qualité étaient si importantes qu'on me les avait décrites. Je vous rassure tout de suite, ce fut le cas!

Avant cela, revenons déjà sur les chanteurs! Une distribution brillante que l'Opéra est un des seuls à pouvoir aligner à Paris. J'applaudis surtout la prise de participation des chanteurs à l’ensemble qui ont été de très bons acteurs!

http://euroculture.files.wordpress.com/2012/05/fiche_mea.jpg

Je venais surtout pour Deshayes, vue dans un répertoire Mozartien (les Noces, Così) et déjà Rossinien (Cenerentola). Comme toujours elle m'épate! Une belle voix pour Una Voce poco fa, un tres bon jeu d'acteur. On sent bien qu’elle subit l’action, et on a un peu de mal à croire à sa sorte de rébellion lorsqu’elle apprend la supercherie. J'ai l'impression néanmoins de ne pas l'avoir vu assez! Soit dit en passant, je trouve que son costume la met beaucoup moins bien en valeur que sa robe de Cenerentola….

Je n'avais pas entendu parler de Siragusa avant cette production. Malade vendredi, son remplaçant (Lawrence Brownlee) a visiblement plu. Revenu hier, il m'a laissé une impression étrange. Seul ténor sur scène, sa voix semble donc beaucoup plus osciller que les autres, mais l'effet rendu est assez plaisant. Dans l’épisode de la leçon, il me fait beaucoup rire, proclament paix et joie, Pace e gioia sia con voi.Son crâne chauve lui donne un âge supérieur à que ce que j’imaginais pour le personnage. Par moment, il fait d’ailleurs déjà penser au sérieux Comte des Noces.

Christoyannis en Figaro maîtrise la scène, une voix puissante et maîtrisée, une belle présence sur le plateau (un jeu d'acteur considérable!). L’opéra, c’est lui, il tire l’ensemble considérablement vers le haut. Il affiche très bien l’aspect intrusif et malin du personnage. Naturel su scène, il prend le public comme complice.

Bartolo est très bon également (décidément !). Avec sa carrure, on voit bien le grand patriarche dans la force de l’âge, non pas vieillissant mais pleinement en pouvoir de ses capacités. Sa voix de basse remplit Bastille. Son jeu d’acteur ne l’affiche pas en bouffon qui subit mais en homme malin qui fait tout pour sauver ses intérêts.  

Armiliato dirige l'orchestre de l'opéra avec fougue! Dès l'ouverture, ma voisine murmure (suffisamment discrètement pour que tout le parterre l'entende) "Il est très expressif celui-là." Oui, il fait des grands gestes, il sourit, il entre vraiment en interaction avec les chanteurs. Sa direction est très bonne, colorée et nuancée. Dès l'ouverture cela s'entend et c'est parti pour 2h35 de bonheur auditif (à l'exception du clavecin, grrrrrrrh).

http://idata.over-blog.com/1/51/12/57/Illustrations/Barbier-de-seville.jpgLa mise en scène enfin. Serreau place l'action dans une ambiance mauresque, en plein désert. Un plateau tournant nous ouvre ce qui devient alors un palais, rempli d'escaliers, de rideaux, de coussins, de couleurs et d'arabesques. Des décors riches et justes, cela fait toujours plaisir, si seulement les nouvelles productions pouvaient montrer autant de faste ! La dernière scène est jolie aussi, la nuit et les étoiles, le balcon, tout rappelle Aladin. Lorsque les deux amants partent dans le désert, des palmiers surgissent de terre, tels ceux que le génie de la lampe pourrait faire apparaître.

Serreau s'autorise quelques écarts, mais reste dans l'ensemble très respectueuse du livret. Ainsi de barbier, Figaro devient une sorte de marchand ambulant, qui affiche un écriteau 'Bon Marché.' Sa marchandise en toc brille de paillettes et de lumière, c'est amusant. Plusieurs petits clins d'œil à travers la soirée, aidés par le jeu des acteurs.

J'attache néanmoins toujours une grande importance aux dernières parties des représentations, et là je suis un peu déçu, mais par rapport au reste de la soirée, c'est assez peu conséquent. Lors du solo de Berta, celle-ci commence une sorte de danse à mi-chemin entre un rap et du hip-hop, casquette et gestes à l'appui. Elle n'a certes pas une voix exceptionnelle mais on ne l'écoute même plus tant on regarde son attitude. Lors de la toute dernière scène, Armiliato jette au Comte une balle de foot (oui oui) qui l'attrape, déchire sa tunique et fait apparaître un maillot bleu de foot affichant le numéro 10. Le chœur agite alors des drapeaux français et italiens. Je reste complètement bouche bée et en oublie d'écouter le dernier morceau, que j'avais pourtant réécouté en boucle. Dommage donc. Surtout qu'avant les derniers instants apparaissent les portraits de ce que j'imagine être Beaumarchais et Rossini. Noble intention.

J'ai donc passé une très bonne soirée à Bastille dans les meilleures conditions possibles, une mise en scène globalement astucieuse et de très bons chanteurs!

(Photos de l'Opéra National de Paris)

Commenter cet article