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La Loge d'Aymeric

Les Arts de l'Islam au Louvre

30 Septembre 2012, 22:22pm

Publié par La loge d'Aymeric

Alors que les travaux du Louvre Abu Dhabi arrivent à leurs fins et que les collections du musée se remplissent, le Louvre Paris inaugure un nouvel espace : les arts de l’Islam. Le département existe administrativement depuis 2003 et a su récupérer, outre les fonds propres du Louvre, de nombreuses nouvelles pièces. En pleine période de brouille sur les problèmes de caricatures religieuses, de blasphème, d’extrémisme, et de sa médiatisation, je trouve cela très bien de rappeler que plus qu’une religion, l’Islam a installé pendant une longue période, de l’Hégire aux colonisations, une civilisation brillante, raffinée que nous connaissons trop peu.

 

Si les musées archéologiques sont souvent un peu poussiéreux et attirent peu l’œil, ce nouveau département allie modernité, technologie et design. Le toit ondule tel une vague, et semble constitué de la même matière que les œuvres de Wim Delvoye exposées dans les salons Napoléon III pendant l’été ; une sorte de maille métallique finement ciselée. Les murs sont eux de verre. Il pleuvait quand je m’y suis rendu, l’eau tombait sur les côtés, je me sentais dans un aquarium !

http://s2.lemde.fr/image/2012/09/19/952x0/1762450_5_08ee_la-verriere-ondulante-du-departement-des-arts_73713da8254d65b5024292cb06eb4efd.jpg

Les écrans interactifs sont omniprésents pour regrouper des œuvres thématiquement ou indiquer d’autres œuvres présentes dans le Louvre ou encore afficher des vidéos d’archéologues et de spécialistes. Dans la dernière salle, des canapés placés en cercle, autour de nouveaux écrans permettent d’approfondir nos connaissances sur les arts de l’Islam. Le plus intéressant dans l’interactivité est sans doute les panneaux de poésie arabe. Des enceintes nous offrent une lecture de textes et nous avons des panneaux où le texte est écrit en espagnol, français et arabe (en alphabet latin), c’est très joli à écouter. C’est un nouveau Louvre, ultra perfectionné ! Au lieu de repasser par huit secteurs différents, celui-ci dispose de ses propres escaliers et ascenseur.

 

Je m’étonne de voir une femme fermant les yeux en train de tripoter un objet. Je m’approche et aperçoit que c’est en réalité une réplique faite d’un objet exposé. Le Louvre a mis de telles répliques à plusieurs endroits de la section pour que les non-voyants puissent se familiariser avec les œuvres. A côté, des textes en braille expliquent. Une belle initiative !

 

Que dire des collections ? Elles sont très fournies mais rien d’oppressant. Nous avançons chronologiquement. La fondation de l’Empire, la mort de Mahomet, l’apparition des califes (qui signifie successeur), la séparation des shiites et sunnites. L’empire finira par s’étendre de Narbonne à Multan au Pakistan. Les capitales sont successivement Damas et Bagdad, aussi grosses que Rome à son apogée.

 

« Comme pour Aladin, » forcément les lampes à huile sont adorées des enfants. Et elles sont très belles ! Les objets sont somptueusement décorés, rien n’est laissé brut. Des reproductions de mosaïques superbes, toute colorées et vertes, qui restent assez primitives pour le moment. Au 7eme siècle, l’empire arabe est très riche et sa monnaie est encore d’or, ce qui ne se fait plus depuis longtemps dans les pauvres pays d’Occident.

 

Rien que pour découvrir l’écriture arabe, j’ai adoré ce département. Gravée sur le marbre ou le bois, c’est superbe comme ans les écritures du cimetière d’Ahvaz où les symboles se mélangent à de la végétation sur du grès. Attention, l’écriture arabe retranscrit l’arabe, le persan, le turc et l’urdu ! Et forcément, elle a évolué au cours du temps, plus épaisse, plus longue, plus carrée. L’imprimerie tarde à arriver et l’écriture se vulgarise peu. La reproduction systématique de l’écriture n’est pas autorisée et cette dernière reste donc une grande technique artistique avec des instruments précieux.

 

Il est intéressant de noter la continuité et la diversité que cette civilisation apporte, à l’inverse du Moyen Age en Europe qui semble tout stopper. Ainsi à Cordoue, les artistes continuent à l’an mil à façonner des chapiteaux corinthiens. Les artistes ont également subi des influences très diverses, comme la céramique chinoise en Iran. Il me parait si étonnant de remarquer un tel raffinement dans les objets autour de l’an mil, là où l’art occidental de l’époque me laisse plus perplexe. Ainsi est exposé un chandelier aux canards fait d’une unique feuille de cuivre, alors qu’il est réellement énorme et finement taillé.

 

Avec l’apparition des Francs qui s’opposent aux peuples arabes, le modèle évolue. Presque toute l’Espagne tombe, l’Anatolie est prise par les turcs qui ont également envahi Bagdad et installé un sultan. D’autres partent ensuite vers Dehli. Vers le 11eme siècle, le persan fait son apparition. Les Perses et les Arabes se scindent au 12eme siècle. Les royaumes de Marrakech et d’Egypte apparaissent.

 

Tout est d’une finesse exemplaire. Rien n’est laissé lisse, des végétaux, des histoires, des animaux, de l’astrologie couvrent bassines, lampes, carafes dont l’embouchure est un dragon, un serpent. En Egypte, des objets mélangent les signes du zodiaque arabes avec la vie du Christ et des saints, un beau geste de réconciliation !

 

Avec l’invasion des Mongols, la domination mamlouks et la peste, qui fit beaucoup plus de morts qu’en Occident, les croisades, un nouveau découpage suit. Le baptistère de Saint Louis est un des trésors du musée. Tout d’or, il est orné de frises de chasses, guerres et festins autour d’un roi chasseur assis. Au fond, des poissons et des carpes s’agitent. Il est superbe. Des portes de maison sont également installées, sculptés en étoile et souvent ornées d’ivoire, signe de richesse.

http://www.culture.fr/fr/sections/themes/videos_expos/articles/chefs-d-oeuvre-du/downloadFile/image_article/36-_Baptistere.jpg

La dernière période couvre 1500 à 1800. Au 16eme siècle, le monde islamique regroupe un tiers de la population mondiale. Les Occidentaux admirent le Taj Mahal, Ispahan. Mais les Ottomans échouent devant Vienne et les européens commencent à envahir l’Egypte (Napoléon) et l’Inde (échec de Seringapatam) au 18eme siècle, le temps de la splendeur prend fin et les européens s’emparent des trésors. Ainsi en Inde les tapis, les armures (trois fois moins lourdes qu’en Europe), des armes précieuses, de belles dagues avec de superbes fourreaux. Mais également des flacons de parfum et surtout de grandes mosaïques avec des carreaux peints.

 

Ce département est une merveille, un peu de vent frais dans une institution comme le Louvre ne peut que faire du bien. N’est-il pourtant que le dernier souffle d’une politique culturelle qui semble condamner à freiner ? Autant en profiter !

 

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