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La Loge d'Aymeric

Les Troyens, Berlioz, Royal Opera House

17 Juillet 2012, 10:27am

Publié par La loge d'Aymeric

Direction Musicale: Antonio Pappano; Mise en scène: David McVicar; Cassandre: Anna Caterina Antonacci; Chorèbe: Fabio Capitanucci; Hécube: Pamela Helen Stephen; Priam: Robert Lloyd; Enée: Bryan Hymel; Hector: Jihoon Kim; Didon: Eva-Maria Westbroek; Anna: Hanna Hipp; Narbal: Brindley Sherratt

 

Deux mois que je préparais ce week end à Londres, dont le point fort était cette représentation des Troyens. Un opéra-monument servi par une distribution éclatante pour ma première fois à Covent Garden. Et alors?

Finalement, si ce n'est pas l'apothéose attendue, j'ai passé une excellente et merveilleuse soirée. McVicar a voulu livrer l'œuvre dans son intégralité, il y a donc eu des moments plus faibles (sur cinq heures, forcément).

http://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/02259/Les-Troyens_2259395c.jpg

Les deux premiers actes à Troie sont les meilleurs. Malgré le semblant de victoire des Troyens, cette civilisation semble condamnée. La citadelle laisse apercevoir des murs d'acier qui rappellent les habitations d'un prolétariat d'une société arrivée à maturité. La famille royale est mourante et s'écroule sous des costumes trop lourds de velours et de bijoux, là où les chœurs en haillons pleurent leurs morts. Tout est sombre et enfermé.

Le bijou et quasi-unique personnage de cette première partie est évidemment Cassandre, interprétée brillamment par Antonacci. Son don de prophétie et sa malédiction la rendent folle. Elle se traine et se roule à terre, regardant ses mains où sont dessinés deux yeux prémonitoires. Sa robe semble l'héritage d'un passé glorieux, elle n'est maintenant que lambeaux. Sa diction française est impeccable, sa voix sublime. J'en frissonne. Le deuxième tableau du deuxième acte, son suicide avec ses femmes, m'amène les larmes aux yeux. J'ai également un sentiment de grandeur en la voyant lutter contre son peuple lors de la marche des Troyens.

Son duo avec Chorèbe est un très joli moment. Il a une tres belle tessiture qui remplit la scène et monte sans problème jusqu'à mon amphithéâtre. Ils sont amoureux et cela se voit. A part ce "Voilà ma main" qui me paraît toujours aussi peu naturel dans la partition.

http://farm6.static.flickr.com/5275/7044551653_38a3367217_z.jpgLe cheval de Troie est un immense buste de cheval composé de débris de roue, râteau et panneaux d'acier. Une jolie réussite, il se manie aisément et traverse la salle sans encombre, il fait un peu cheval à bascule en fait. Il crache du feu, c'est une bonne idée si elle n'était pas reprise plusieurs fois par la suite. Léger problème de cette partie, certains rôles non chantés, comme Andromaque, sont beaucoup trop mis en avant, alors qu'ils n'ont rien à faire. Ce sera la même chose avec Ascagne par la suite, qui chante très peu.

Après avoir couru a l'entracte chercher un sandwich, protégeant le massif programme sous un parapluie (rouge d'ailleurs, je me sens un peu Alain en ce moment), retour pour les Troyens à Carthage. Un de mes opéras préférés est le Didon et Énée de Purcell. Une heure de bonheur, là où Berlioz en étale trois!

La mise en scène perd de sa consistance, mais reste correcte (attention, mes attentes étaient http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f4/Turner_Dido_Building_Carthage.jpgconsidérables et sans doute impossibles). Ici la civilisation n'est pas condamnée, mais naissante et jeune. A la place de l'acier et de l'obscurité de Troie mourante, le sable et la lumière d'une Carthage heureuse. Alors que je m'étais imaginé une reproduction du tableau de Turner, qui se trouve dans la National Gallery toute proche, je sens ici une atmosphère d'Aladin. Et pourquoi diable mettre une gigantesque maquette de la ville à terre? Solution de facilité peut être pour montrer où nous sommes. Néanmoins, à l'inverse de Troie, les chanteurs semblent moins étouffer sur cette scène, le chœur étant disposé sur des gradins en hauteur qui s'ouvrent au public.

Le 'Gloire à Didon' est superbe, la musique, les chœurs, Didon arrivant et saluant chacun. Néanmoins l'épisode dansé des corps de métier rendant hommage est un peu long, les acrobaties et/ou danses manquent cruellement d'intérêt. Tant pis, la musique sauve le tout. Anna se révèle très bien lors du duo avec sa sœur. Arrivée des Troyens (qui d'ailleurs subitement parlent d'Helene, absente des premiers actes) qui partent ensuite affronter les Numides, après une première vraie apparition fracassante d'Enée.

Le quatrième acte est le plus déséquilibré, allant du très saisissant au franchement ennuyant. La maquette de la ville se lève soudainement pour se transformer en ciel étoilée. L'épisode d'Anna et de Narbal est un bonheur, le duo sur 'les sinistres éclairs' apporte de vrais sentiments. Intéressant d'ailleurs que ce couple auquel je pensais trop peu auparavant. Narbal, tout comme le fantôme d'Hector plus tôt, a un rôle de basse court (sans rapport avec de la volaille attention) mais marquant.

http://onestoparts.com/files/1097-1569-120620_LesTroyens_399%20PRODUCTION%20IMAGE%20(C)%20COOPER.jpgLorsque Didon et Enée s'allongent pour se distraire devant des divertissements dansées ou chantées, j'avoue m'ennuyer un peu. La danse des couples a certes plus de consistance que les précédentes danses, mais ce n'est toujours pas ca. Didon elle-même s'ennuie, comme devant le chanteur Iopas, et moi avec elle. Au milieu de ces grandes voix, il est bien dur, même pour une jolie voix, de s'imposer en solo.

Heureusement, l'ultime duet des amoureux, 'Souriez à l'amour,' sauve l'ensemble. Westbroek ne me transcende néanmoins pas. Elle a une très belle et puissante voix, mais j'en retire peu d'émotions.

Enée est splendide. Si j'ai initialement été très déçu de ne pas voir Kaufmann chanter, Hymel assure pleinement le rôle du début à la fin. Dès qu'il est sur scène, il me captive comme lorsqu'il laisse Ascagne à Didon pour aller se battre 'Et d'Hector, et d'Enée.' Frissonomètre qui explose lorsqu'il déclare devoir quitter Didon au cinquième acte.

Cet ultime acte laisse apparaître des bouts, des échelles de marins et même une vigile, le tout sur fond du décor de Carthage plongé dans une fin de nuit. Les petits rôles y sont très bons, le premier air de la vigile et les deux marins qui souhaitent rester. L'apparition des fantômes des Troyens est aussi un beau moment lorsqu'ils arrivent dans la brume, annonçant à Enée sa mort glorieuse en Italie.

Les derniers moments des amoureux sont très beaux mais très courts. C'est ça l'amour lyrique, pleurer le départ de son amant et le maudire ainsi que sa race alors qu'il est encore la tête dans ses bras, puis demander à ce que l'on brûle ses bateaux.

Vient ensuite un moment très frustrant. La lamentation de Didon se passe sur l'avant-scène, le rideau tombé. Cette superproduction n'avait elle pas les moyens de mettre ici un nouveau tableau?! Mais ceci s'oublie rapidement devant le malheur de la reine, Westbroek réussit enfin à m'émouvoir et j'en reste scotché.

Le rideau se lève, dévoilant un bûcher et une marche funèbre, menée par Anna qui s'assure décidément un bien joli rôle: je ne vois qu'elle! (Oui oui, elle est assez mignonne) Didon arrive, maudit Enée et invoque un descendant, Hannibal, qui détruira la race des Romains. Dans un dernier élan de lucidité après s'être poignardée, elle réalise son erreur, Rome est éternel et Carthage, comme Troie, périra. Surgit alors du fond un immense mannequin constitué des mêmes éléments que le cheval, brandissant un poing vers le haut: Rome la puissante.

J'ai donc passé une très bonne soirée au Royal Opera House, salle que je découvrais. La scène m'a paru très étroite et l'immensité de la mise en scène s'est retrouvée un peu limitée. Même problème dans la fosse d'orchestre où les musiciens semblaient s'entasser les uns derrière les autres. Berlioz a besoin de nombreux musiciens, d'une belle distribution, de splendeur et de grosse production. Et, en grande partie, cela a été le cas pour ces Troyens.

(Photos du Royal Opera House ou de Wikipedia)

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