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La Loge d'Aymeric

Lohengrin à la Scala!

6 Décembre 2012, 15:55pm

Publié par La loge d'Aymeric

 

Mise en scène : Claus Guth ; Direction musicale : Daniel Barenboïm ; Heinrich der Volger : René Pape ; Lohengrin : Jonas Kauflann ; Elsa von Brabant : Ann Petersen ; Friderich von Telramund : Tomas Tomasson ; Ortrud : Evelyn Herlitzius

 

Découvrir un nouveau théâtre c'est comme ouvrir un cadeau de Noël, on s'imagine bien ce qu'il y a dedans mais il y a toujours un effet de surprise. J'avais déjà été à Milan il y a deux ans, sans pour autant aller à la Scala. Je rentre donc dans le naos, le saint des saints, le plus prestigieux théâtre italien, tellement plus sobre et moins effrayant que le too much Garnier.

 

La Scala prévoit de temps en temps des "preview for young people", des générales en priorité pour les jeunes, je me retrouve donc avec mon ami milanais dans la seconde partie du parterre pour ce Lohengrin. Pour une première fois ce n'est pas trop mal. En arrivant, les caméras, les photographes sont partout. Malgré mon pull je suis quand même photographié, puis filmé pour la vidéo du site de la Scala. J'y apprends d'ailleurs que le 7 décembre, le compte twitter du théâtre révélera les coulisses de cette production. A suivre donc !

 

L'ambiance faisait très jeunesse dorée milanaise, la plupart des spectateurs affichant smoking et robe. La presse se jette tout d'un coup sur une femme d'une vingtaine d'année, qui s'avère être la fille de Berlusconi. Bon très bien.

 

J'avais déjà été à l'ouverture de la saison d'une salle italienne, c'était pour Traviata à la Fenice la saison dernière. Fierté italienne oblige, la saison commence toujours par l'hymne italien, avec une salle debout, mais peu de mains sur le cœur ou de gens qui fredonnent les paroles. J'ai du mal à imaginer La Marseillaise à Bastille à l'ouverture de la saison parisienne! En tout ca la presse italienne n’est pas du tout contente du choix de Lissner, actuel directeur de Milan qui rejoindra Paris dans quelques saisons, de voir la saison commencée par un opéra non italien. Heureusement, personne n’a hué.

 

Entrons enfin dans le vif du sujet, ce fabuleux Lohengrin que j'ai pu entendre! Cet opéra était pour moi une découverte, et de nouveau la magie Wagner a fonctionné. Une histoire qui sur le papier parait aussi compliqué que le Ring, mais en réalité la trame est limpide et se déroule sans souci avec un nombre restreint de personnages principaux.

 

En tout premier lieu donc, Lohengrin, le chevalier au cygne, dont nous mettons finalement cinq heures à connaitre l'identité, et même deux actes avant de l'entendre vraiment chanter. Mais le troisième acte aurait pu me motiver à lui seul pour venir à Milan. Kaufmann, Kaufmann, Kaufmann. Après l'avoir malheureusement loupé dans Les Troyens à Londres, je l'entends enfin dans un opéra!

 

Les deux premiers actes sont des spoilers, des petits sneak peek de l'apothéose du dernier acte. Et donc pendant ces deux actes il affiche de très bons dons d'acteurs et d'implication dans son rôle. Ce n'est pas parce qu'un chanteur chante peu qu'il ne faut pas le voir.

 

Son arrivée ne se fait pas littéralement comme dans le livret sur une nacelle tirée par un cygne (heureusement d'ailleurs), mais alors que quelques plumes descendent du ciel dans une lumière divine, la foule s'écarte, découvrant à ses pieds le corps d'un homme pieds nus et habillé simplement. Il se révèle lentement, complètement perdu dans ce monde des mortels, il erre, il a peur, il ne semble pas comprendre ce qu'on attend de lui alors que la foule l’oppresse.

 

Il est pur, comprend qui il doit punir, le fait, mais refuse tout honneur. Il sait qu'il doit punir le couple infernal et les écarter de son chemin, mais ne connait pas les moyens de se débarrasser d’eux. En ce sens il se rapproche certainement de l'image de Louis II, un homme qui a reçu beaucoup de pouvoirs mais en semble détaché et ne sait pas qu'en faire alors qu'on lui demande d'aider l'unité germanique.

 

Ce n'est qu'au troisième acte quand il se retrouve seul avec Elsa qu'il semble enfin respirer. De la pureté, de l'honnêteté entre ces deux êtres, il peut enfin s'exprimer librement. Il va pouvoir vivre une vie d'homme normale avec sa femme qu'il aime. Et alors qu'il batifole dans un lac de roseaux, je commence à le fixer grâce à mes jumelles pour ne finalement pas le quitter jusqu'à la fin de l'œuvre. Sa voix et si colorée, si profonde, presque sombre, mais s'éclaircit pour le final du Schwan. Un moment donc particulièrement jouissif.

 

http://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/02418/lascala_2418793b.jpgUne fois le meurtre de Telarmund commis, on sent une variation de ton, il sait qu’Elsa est perdue, leur amour n’est plus possible. Ses mains souillées de sang, qu’il fixe sans comprendre, viennent tout droit de Macbeth, il les lave frénétiquement dans l’eau, mais par la suite, continuera à les frotter contre son corps, ne comprenant pas ses actions. Puis à la fin, rappelé par le Graal, il doit repartir et redevient alors aussi autiste qu’au début, son âme semble quitter son corps : sa mission est finie, il retourne à la lumière divine.

 

Harteros était malheureusement souffrante et a été remplacée par Ann Petersen. Je n’ai pas été déçu par ce remplacement, Petersen exprimait la sensibilité d’Elsa tout comme il fallait. Elle a beaucoup souffert dans son enfance, sous le joug de Telramund et de sa nouvelle femme Ortrud. Ainsi pendant tout l’opéra, deux enfants, Elsa et Gottfried, se promèneront sur scène. Lorsque l’enfant Elsa se met au piano, Otrud se place à côté et lui frappe ses doigts comme une vieille et sèche maîtresse de piano. Pendant les deux premiers actes, la domination est clairement présente.

 

Le plus beau et puissant duo entre les deux femmes, une fois Otrud entrée dans le château au deuxième acte, rend un visuel très intéressant de l’oppression. Avec l’arrivée de Lohengrin, l’ordre est chamboulé, Elsa retrouve un protecteur, puis le piano est mis à terre et éventré au dernier acte.

 

Nouvelle Ève, elle est pervertie par le serpent païen, et réussit à forcer le candide Lohengrin à tuer. Il est trop tard, rien ne pourra plus être réparé. Pendant toute la fin et les longs airs du chevalier au cygne, Elsa qui a réalisé sa faute, fixe froidement devant elle, sans surprise, sans réaction, pleine de tristesse.

 

Si Petersen a certes réussi une belle performance, la palme de la soirée revient tout à fait à Evelyn Herlitzius en Ortrud. Pas un faux moment, pas un faux geste. Elle s’oppose en tout à Elsa. Physiquement, elle est plus petite, plus tassée, bien plus sneaky et prête à attaquer. Son personnage est finalement assez proche de Lady Macbeth, elle maîtrise son mari pour assouvir sa propre fin. 

 

http://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/02419/la-scala_2419206b.jpgLe lien se fait rapidement avec le reste des œuvres wagnériennes, elle invoque Wodan  et Freia, les dieux spoliés et délaissés pour le Dieu unique du Graal. Sa superbe robe noire me rappelle celle de Frika dans la Walkyrie de Krämer, pleine de noblesse dans la montée des marches. Ses derniers instants, teintés du cynisme de la transformation inaltérable de Gottfried, forme une dernière touche de noirceur avant le départ de Lohengrin. Elle ne s’attend visiblement pas à une telle ovation lors des applaudissements !

 

Pour le reste des rôles, je remarque un très bon René Pape que je regrette de ne pas entendre assez et un Tomasson qui s’améliore pendant l’œuvre mais dont le début est trop faible : sa voix ne dépasse par l’orchestre. Le chef de chœur a été étonnamment hué par un rang du parterre, alors que la performance était plus qu'acceptable.

 

La mise en scène reste sobre, elle pourra heurter certains énormes puristes, mais le sacré est respecté, comme la pureté excessive de Lohengrin, la terrible Ortrud et la naïveté d’Elsa. La scène est placée dans la cour d’une grande maison très austère, de ce que j’imagine de la Prusse pour les deux premiers actes. Si austère qu’il reflète certes l’abandon du Brabant depuis la mort du roi, mais j’aurais bien aimé voir la scénographie quelque peu évoluer entre les deux actes, voir un semblant de cathédrale qui soit un peu plus développé que de simples arbres évoquant de hauts murs.

 

Heureusement, rien du Lac des Cygnes ici (même si je m’amuse à entendre quelques notes de Tchaïkovski de temps en temps), le cygne est évoqué par des plumes tombant des cieux ou sorties régulièrement de la poche de Lohengrin. Sinon il est présent régulièrement sur scène sous la forme de Gottfried qui porte une grande aile, vu seulement par Elsa. Certes cela nous dévoile déjà la fin certes, mais je trouve l’idée très bien trouvée. Tout est innovant, l’opéra ne sombre pas dans le classicisme.

 

Comment conclure sauf en disant que j’ai passé une excellente soirée avec des stars ? Je finis donc sur la dernière des stars présentes, Barenboïm qui rend stimulante cette partition et que je vois s’agiter avec énergie pendant toute la soirée !

 

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Genoveva 06/12/2012 18:25

Un long et passionnant entretien sur YT de Jonas Kaufmann :
Jonas Kaufmann nous raconte Lohengrin.