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La Loge d'Aymeric

Medea Dusapin/Waltz, deuxième épisode mieux réussi au TCE

10 Novembre 2012, 12:40pm

Publié par La loge d'Aymeric

Medea, d’après l’opéra de Pascal Dusapin. Création chorégraphique de Sasha Waltz. Direction musicale: Marcus Creed; Medea: Caroline Stein. Akademie für Alte Musik Berlin; Vocalconsort Berlin; Sasha Waltz and Guests.

Après une soirée globalement décevante avec la Médée de Charpentier, je me réjouissais de pouvoir à nouveau apprécier le travail de Sasha Waltz dans ce deuxième opus de la trilogie du Théâtre des Champs. Son Roméo et Juliette n'avait apparemment pas fait l'unanimité, mais j'avais passé un excellent moment, une danse forte et belle sur la très belle partition de Berlioz. Si je n'ai pas retrouvé ici la force de la danse, le travail de Waltz semblait porter davantage sur la scénographie et sur la disposition des danseurs plutôt que de la danse à proprement parler.

Ici à nouveau une œuvre qui se base sur un ouvrage lyrique. Mais non pas un chef de file du répertoire mais plutôt un compositeur contemporain, Dusapin. Je ne vous le cache pas, j'appréhendais beaucoup ne connaissant pas du tout son travail. Finalement, c'est sans doute sa partie du travail qui m'a le plus enchanté. Sa partition est d'une grande noirceur. Elle semble se répéter et prendre de la force jusqu'aux derniers instants; elle suit également la métamorphose de Médée. L'ensemble se déroule de façon très mélodieuse, presque logique et répétitive. Aucune surprise ou suspens dans la musique, la fatalité est prévue.

La pièce commence dans le noir. J'aperçois des danseurs à terre se roulant jusqu'à la moitié de la scène pour former un cercle, ou encore un Soleil, ancêtre de Médée. Mais ce soleil est tout d'un coup brisé par des conflits entre danseurs. Puis le calme revient et l'astre se reconstruit, plus grand. Prélude sans musique qui annonce déjà les étapes de la pièce.

http://www.musicalcriticism.com/opera/lamonnaie-medea.jpgLe seul rôle chanté sur scène est celui de Médée. Pas de Nourrice ou même de Jason, qui sont des voix enregistrées et que nous entendons de part et d'autres de la salle via des enceintes. A l'inverse de Charpentier, la pièce ne s'égare pas dans une multitude de personnages mais se focalise uniquement sur le personnage éponyme et son intérieur. Caroline Stein est très bien. Si son texte est certes coupé, saccadé, elle fait durer les notes, exprime toute sa souffrance. Sa colère peut être pas, mais plutôt une violence raisonnée. Elle sait ce qu'elle doit faire et l'exécute sans sourciller.

Mais elle ne fait en réalité rien, ce sont les danseurs qui travaillent pour elle. Pas besoin de décors ou de costumes compliqués, tout se comprend avec les gestes des danseurs, qui reflètent la personnalité de Médée ainsi que ses actes. Enervée et les danseurs vont s'affronter. Très énervée et d'énormes ventilateurs vont s'allumer, causant la dispersion de tout le corps de ballet. Mais Médée reste. Impassible.

Même les moments les plus durs, comme la mort de Créuse, sont jolis. La danseuse porte un long et lourd collier en perles qui fait du bruit et se défait peu à peu pendant qu'elle tourne et danse, tant elle est heureuse de se marier. Puis tout d'un coup, des traces de sang apparaissent. Elle souffre, elle finit par s'écrouler. De l'autre coté, Médée ne regarde même pas. Aucune émotion sur son visage, elle exprime juste son dessein pendant que le chœur s’apitoie. Ce sera par la suite tout aussi simple pour le meurtre des enfants. C'est terrible.

http://www.cgphotography.com.au/USERIMAGES/MED_7378.jpgPas de déclarations d'amour à Jason, Médée dresse le bilan de ce qu'il lui doit, en insistant particulièrement sur la mort et la perte de son frère. Elle sait qu'elle ne pourra rien faire pour empêcher le nouveau mariage avec la fille de Corinthe, rien d'autre que de tuer la mariée. Puis pour protéger ses fils d'un père comme le leur, il n'y a rien d'autre à faire que de les tuer froidement, faisant presque comme s’ils n’étaient pas également ses enfants à elle. Pendant tout ce temps Jason reste muet, la voix off reste éteinte. Jusqu'aux derniers instants quand Médée finit par demander à sa nourrice qui est cet homme qui lui parle. La fille du soleil s'en va. Elle est devenue totalement sorcière et ne se laisse plus faire par des hommes.

Un spectacle court, 1h10, mais sans temps faible, qui représente bien tous les enjeux de Médée. La danse au service de l'opéra qui aide à en révéler toute la dramaturgie !

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Genoveva 10/11/2012 14:52

J'avais déjà beaucoup apprécié la Médée de Charpentier ! celle-ci grimpe en intensité !et la Médée de Chérubini mise en scène par Warlikowski sera l'apothéose ! Quelle belle idée que ces 3 Médée
vues sous un angle un peu différent !