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La Loge d'Aymeric

Octopus de Découflé, des tentacules qui s'emmêlent.

11 Décembre 2012, 09:12am

Publié par La loge d'Aymeric

Compagne DCA Philippe Découflé, Théâtre de Chaillot. Musique originale et interprétation live : Nosfell, Pierre Le Bourgeois.

 

Découflé, à part peut être les échos d’Albertville, ca ne me disait pas grand-chose. Un nom que je voyais régulièrement sans forcément m’arrêter. Mais cet Octopus avait fait couler suffisamment d’encre (début de semaine dans la bonne humeur), je me lance dans ce qui est donc l’inconnu.

 

J’en ai eu plein la vue en tout cas ! Tout part dans tous les sens, cet animal est tentaculesque, des variations, des moments qui se déroulent, chacun dans sa propre écriture. Question importante, y a-t-il une tête à cet édifice ? Ce qui est certain, c’est que tout tourne autour du couple, mais sans message précis, tout semble être accepté. Est-ce suffisant ?  L’œuvre devient donc une sorte de vitrine du monde relationnel actuel. Comme une vitrine, elle ne nous attend pas pour commencer, et les danseurs sont déjà à l’œuvre alors que le public s’installe.

 

Les danseurs défilent, nous donnant leurs visions des relations, tantôt violente avec la question de la domination, tantôt plus douce avec une certaine égalité. Un couple peut être si fort que les eux être ne font plus qu’un, comme l’être hermaphrodite de l’introduction, habillé d’une moitié de robe et d’une moitié de smoking, dansant une valse avec soi même. Les relations peuvent devenir trop psychologiques, une danseuse reste assise avec des bras qui s'agitent et la caressent derrière elle alors qu'elle part dans un délire sur les méta-mots. Un peu longuet.

 

L’engagement, voire l’amour, laisse des traces, c’est contraignant. Les danseurs vont donc tour à tour évoluer enfermés dans de grands élastiques avec lesquels ils jouent et donc les mouvements sont répercutés et demeurent dessinés sur un écran au fond. La plupart des danseurs ne bouge que sous la contrainte de l’élastique ou alors poussée par les autres : il faut savoir faire confiance.

 

http://alter1fo.com/w/wp-content/uploads/2010/10/media_265_2415.jpgLa vie est un spectacle et l’homme un animal. Découflé déguise donc sa troupe en gnous et les chausse d’escaprins. Le tout introduit par une voix off de document de la Discovery Chanel : « Le gnou est un frigidaire sur pattes. »  Ils avancent sur un runway improvisé, se croisant pourtant même se regarder.

 

Les relations deviennent ensuite physiques : les seins, les jambes, les ventres. Chaque membre a droit à sa chorégraphie propre, le mettant ou non en valeur. En mettant uniquement les jambes en lumières, on revient à l'idée importante que l'on danse avec ses pieds, remettant ainsi la chorégraphie un peu en valeur.

 

Cet ensemble se rejoint dans un mini Boléro mis à jour. Hommage à Béjart ? Pas sur. Mais Découflé en accepte l’héritage. Ici pas d’érotisme de la figure central, puisque cette figure centrale, l’objet du désir, change constamment. Chacun est tour à tour placé au centre, puis des duos montent sur la table, entouré par les autres. La relation n’est donc plus exclusive et constante, l’envie peut donc changer régulièrement, quand on en a marre, on passe à quelqu’un d’autre.

 

http://www.sceneweb.fr/wp-content/uploads/2010/11/octopus-decoufl%C3%A9-photo-Xavier-Lambours.jpg

Voilà donc un plan de rédaction assez mal organisé comme les profs ne les aiment pas : il y a cela, puis cela et d’ailleurs aussi ca. Octopus reste assez décousu dans l’ensemble du point de vue du propos. Mais sinon c’est un très bon spectacle, avec un très bon visuel.

 

La présence des musiciens sur scène, qui ne restent pas enfermés dans une fosse, mais se retrouvent parfois sur scène, laissant même leurs instruments aux danseurs, rend l’ensemble encore plus vivant. La musique est d’ailleurs exceptionnelle, ce genre très varié, qui pourrait faire penser à la musique d’Appartement d’Ek. D’ailleurs je ne pense pas avoir été aussi capté par du contemporain aussi vivifiant depuis cette pièce !


(NB : le disque en vente à la sortie à 20 euros était un peu cher, mais n’hésitez pas à me faire un cadeau de Noël)

 

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mimylasouris 15/12/2012 22:15

Le kaléidoscope comme objet du désir qui change tout le temps, je n'y avais pas pensé, mais c'est vraiment bien vu ! Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas intellectualisé ce spectacle - j'ai
davantage vu ça comme une ode au rire et au plaisir qu'une exploration du couple. Quant à la progression décousue, c'est un peu celle d'un album, avec des morceaux qui ont chacun leur propre ton.
Cela ne m'a pas curieusement pas dérangée ; c'était vraiment facile de se laisser porter.