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La Loge d'Aymeric

On ne badine pas avec l'amour

26 Mai 2012, 17:07pm

Publié par lalogedaymeric

Alfred de Musset, 24 Mai. Perdican: Loïc Corbery; Camille: Marion Malenfant; Rosette: Françoise Gillard; Le Baron: Roland Bertin; Dame Pluche: Danièle Lebrun; Maître Blazius: Christian Blanc; Maître Bridaine: Pierre Vial.

 

 A peine sorti d’une très intéressante rencontre avec Clairemarie Osta à Garnier, je cours donc au Palais Royal dans le théâtre éphémère, qui tient lieu de salle dans le Palais Royal pendant les travaux de rénovation de la Salle Richelieu. Les places à cinq euros font à nouveau merveille, je me replace sans souci. Il faut dire que les ouvreurs du Français sont toujours aptes à nous aider et nous replacer. Cette mise en scène d’Yves Beaunesne a plus de place dans ce théâtre, là où elle semblait un peu à l’étroit au Vieux Colombier. Mais les murs blancs et le bois clair de ce nouveau théâtre sont un peu froids, les émotions moins fortes.

http://www.comedie-francaise.fr/images/spect/gp1112_badine.jpgSur la pièce, et bien tout le monde la connait. Le baron réunit son fils, récemment nommé docteur, et sa nièce, récemment sortie d’un couvent, pour les marier. Relation particulièrement incestueuse entre Perdican et Camille, qui s’appellent frère et sœur en se caressant et utilisent cette relation pour justifier leur mariage éventuel. Rosette est rajoutée à l’ensemble, un outil pour satisfaire les conflits d’orgueil des deux jeunes personnes. Peu éduquée, elle ne comprend pas ce qui lui arrive et pourquoi ce jeune homme si bien fait l’embrasse et la caresse tant.

Le thème principal de la pièce reste l’éducation de Camille. Dame Pluche (ou Pluche, ma mie comme il sera entendu) dès les premières minutes proclame que Camille arrive et que son éducation est achevée. Mais non ! Elle s’est farci la tête d’idée de nonne, de connaissances vagues et théoriques sur un monde extérieur qu’elle ne connait pas. Lors du premier moment seul entre les deux, Camille semble une figure virginale, coiffée sérieusement, illuminée et très blanche. Vers la fin de la pièce, tout aussi illuminée et plus féminine, les cheveux détachés, elle demande pardon à Dieu à genoux, rappelant le personnage de Marie-Madeleine. Entre temps, elle a compris le monde, l’amour.

http://diffusionph.cccommunication.biz/jpgok/Repmr/421/4214_19.jpgLoïc Corbery, que je suis avidement depuis L’Illusion Comique et qui commence à être bien connu, est toujours aussi vivant et expressif. Attention, il ne faut pas le limiter au simple rôle de beau gosse souriant. Dans L’Epreuve, mise en scène par Clément Hervieu-Léger, il dressait le portrait d’un homme seul et malade avec beaucoup de sérieux. Son seul problème (mais je chipote vraiment) est qu’il crie un peu trop, mais cela peut s’accorder avec le personnage. Il arrive tout droit de Paris, habillé en bon preppy, duffle-coat et cravate à l’appui, plein de vie. Il se transforme peu à peu, se virilise peut-être pour arriver à une image James-Dean-ienne, très élégante et rock, jean slim et boots. C’est son éducation aussi qui est en jeu, la compréhension de l’amour, différente du simple plaisir physique. Loïc s’accroche à toutes les jambes qu’il peut trouver. L’évolution est moins marquée que pour la timide Camille mais on sent un accès à la sensibilité. Il passe très facilement du rire (jouant ivre à la pétanque sur un billard) aux larmes (lors de son fameux soliloque). 

Bienvenue à Marion Malenfant, nouvelle pensionnaire du Français, sortie entre autre du cours Florent. Elle a pris cette saison la place de Julie-Marie Parmentier dans le rôle titre. Cette dernière était meilleure pour assurer le côté religieuse, confidente d’une nonne dévastée d’avoir trompé son mari dans le passé. Une fois Camille en robe légère et escarpins, je préfère la blondeur de Malenfant, sans doute plus érotique et Marilyn-like. La fin m’a néanmoins déçu, lors de l’ultime réplique de Camille : Adieu Perdican, j’aurais plutôt vu Camille se diriger sans tourner le dos vers la sortie, plutôt que de s’asseoir aux côtés de Perdican alors que la lumière s’éteint. Cela m’avait moins frappé il y a un an, auraient-ils changé la mise en scène ?

Ne nous y trompons pas, On ne badine pas avec l’amour n’est pas une tragédie. On y rigole beaucoup ! Ainsi les personnages de Blazius, Bridaine et Pluche, par moment, relâchent l’atmosphère avec des jeux d’ivrogne et de bonne nourriture, très bien réalisés !  Le personnage de Rosette reste sensiblement le même que la saison dernière. Françoise Gillard prend une voix et une attitude qui accentue comme il se doit la naïveté et la simplicité du personnage. On a facilement pitié d’elle et on pleure un peu sa mort. La mise en scène lui confère également un aspect qui ne se trouve pas dans la pièce de Musset, celui de confidente du Baron, qui a bien besoin d’aide pour se déplacer. Roland Bertin, 82 ans, campe un Baron très vénérable, sorte de réplique du spectateur, qui s’étonne et rigole avec nous.

Je garde le meilleur pour la fin…. La mise en scène ! Un vrai bonheur ! Au loin les grandes robes, les paysages fleuris, place à la modernité. L’ambiance est année 50, sans pour autant être provocatrice et engluer le (superbe) texte dans un cadre trop décalé. Les murs perdent leurs peintures, évoquant une fin d’un siècle inconnu qui appelle à des changements, entre autres, à la fin des mariages arrangés. Des draps suspendus divisent la scène en deux, le grand miroir accroché au fond, qui me rappelle légèrement La Walkyrie de Krämer, nous indique quelques éléments derrière ce rideau improvisé, des mouvements d’acteurs, les chutes de Rosette. Les jeux de lumière le rendent transparent, effet toujours impressionnant et astucieux ! La scène comporte surtout un billard, objet central de toute la scénographie. Table, puis billard, il se baisse pour devenir une fontaine, qui avec le jeu de lumière et la blancheur des draps nous évoquent correctement l’extérieur. L’ensemble au son d’une musique fifties assez entrainante elle aussi.

Pour une fois, la direction d’acteur est bien assurée, Camille et Perdican descendent les marches du théâtre pour accéder à la scène, Camille se cache au fond du théâtre pour épier la discussion de la fontaine. Les limites scène/spectateurs sont donc assez faibles. Beaucoup de mouvements sur scène, les acteurs courent, s’attrapent, bougent, rentrent en interaction : c’est vraiment du théâtre, qui vit !

Commenter cet article

Minyu 08/06/2012 20:15

Je suis entièrement d'accord avec vous. Mais - car il y a un mais - mon plaisir a un peu été gâché par la vision donnée de Perdican, à laquelle je n'adhère absolument pas. Dommage, c'est quand même
le protagoniste, alors difficile d'apprécier la pièce à sa juste valeur dans ce cas...

La loge d'Aymeric 08/06/2012 21:39



Je suis assez d'accord avec vous. Je trouvais justement que l'étude du personnage de Camille était meilleure, sans doute plus profonde. Perdican reste dans l'ensemble assez superficiel, sauf
peut-être vers la fin justement.