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La Loge d'Aymeric

On s'éclate devant Offenbach à l'Athénée!

9 Janvier 2013, 21:58pm

Publié par La loge d'Aymeric

Croquefer/L’Ile de Tulipatan. Compagnie Les Brigands. Direction musicale : Christophe Grapperon. Mise en scène : Jean-Philippe Salério. Boutefeu/Alexis : Emmanuelle Goizé. Croquefer/Hermosa : Flannan Obé ; Mousse à Mort/Cacatois XXII : Loïc Boissier ; Fleur de Soufre/Théodorine : Lara Neumann ; Ramasse ta tête/Romboïdal : François Rougier.

 

Pourquoi s'embêter avec des œuvres trop compliquées, trop intellectuelles ou intellectualisées? Surtout en temps de crise où les grosses productions demandent vraiment trop de moyen. C'est sans doute à ces questions que la compagnie Les Brigands répond en livrant ces deux opérettes d'Offenbach. Le but est de distraire le spectateur, l'amuser, s'assurer qu'il passe un moment agréable.

C'est un pari réussi, on ne s'ennuie pas une seule seconde que ce soit devant Croquefer ou encore l'Ile de Tulipatan. Deux histoires tout aussi absurdes que finalement bien vides dramaturgiquement parlant sont l'occasion de farces et de musique animée et distrayante. L'orchestration remaniée pour seulement neuf musiciens dans ce petit écrin de l'athénée rend l'ensemble très accessible. Acteurs-chanteurs, public, orchestre: tout le monde est en interaction.

http://blog.lefigaro.fr/theatre/Croquefer%20par%20les%20Brigands%202012%20Claire%20Besse.jpgCroquefer raille les romans de chevalerie. Le dernier paladin se croit encore à l'époque des croisades, prêt à défendre sa modeste tour du Nord (orientée plein Sud selon le livret) sans armée, grâce à l'aide de sa stupide écuyère Boutefeu, face au terrible Mousse à Mort, le très méchant mais unijambiste et muet ennemi. Entre les deux, évidemment, se place une histoire d'amour. Dire qu'elle est à l'eau de rose serait largement la réduire. Elle est simplement tout à fait absurde. La rencontre entre le neveu de Croquefer et la fille de Mousse à Mort relève des pires coups de théâtre de Molière possibles.

Les deux amoureux sont niais comme il faut, les soldats absurdes et bagarreurs. Le nombre de chanteurs se réduit à quatre. En effet à l'époque, seules les salles d'opéra avaient droit de représenter des pièces chantées par plus de quatre chanteurs. Quelques jours avant la première, Offenbach se retrouve donc à réorganiser toute l'œuvre. Il commence donc par rendre Mousse à Mort muet (il s'exprime grâce à d'absurdes pancartes) et à enlever à Croquefer une armée (remplacée habilement par Boutefeu par des mannequins déguisés).

Après avoir tous dansé ensemble puis de s'empoisonner respectivement, les acteurs finissent en réalité avec une forte diarrhée. Ils nous apprennent ensuite que les créateurs de l'œuvre ont été emportés et enfermés à Charenton.

En pleine actualité, L'Ile de Tulipatan (dont je juge l'utilisation de ce ridicule sobriquet trop peu utilisée dans la pièce, c'est bien dommage) nous présente le problème des genres et d'éventuels mariages entre deux hommes et deux femmes. Le fils bien peu énergétique du duc Cacatois XXII est en réalité une fille, la fille de Romboïdal, qui préfère les gros instruments qui font du bruit comme le cor de chasse, est un homme. Le mariage pourra finalement avoir lieu. Les chansons les plus absurdes se succèdent, comme la trop peu connue chansons des cuillers de Théodorine.

http://www.concertclassic.com/photos/Concerts/Athenee_Croquefer_gd.gifL'absurde semble encore plus présente, un peu à la Mel Brooks (voire Spaceballs impérativement pour les fans). Ainsi lorsque le duc arrive, sa queue de pie s'étend sur plusieurs mètres et le duc doit continuer bien au delà des coulisses pour que l'ensemble s'étale sur la scène. Même effet avec la robe de mariée. Les problèmes de domination du duc, les clichés sur les femmes bourgeoises soumises, un mouchoir à la main (excellente Lara Neumann), tout y est.

La mise en scène de ces deux pièces reste simple, pour que le public se focalise sur les paroles des chanteurs, bien nécessaire pour seulement deux heures de spectacle. Les costumes dans Croquefer sont amusants et finalement bien absurdes. Les épées sont des sabres laser Star Wars, les mannequins proviennent des vitrines de magasins. Dans Tulipatan, l'échange des sexes et le travestissement suffisent à amuser, sans que les costumes n'en rajoutent trop.

L'utilisation d'un miroir sur toute la longueur de la scène permet de drôles de mise en scène dans Croquefer. Les chanteurs allongés à terre donnent dans le miroir l'impression d'être debout sur une haute tour. Dans Tulipatan néanmoins son utilisation reste plus obscure. Le public qui s'y voit doit il se reconnaitre dans cette farce des genres? On y voit certes le chef d'orchestre qui s'active et semble très impliqué.

Une bien amusante soirée, comme un film bien absurde qui vous remet tout de suite le sourire. Ce que l'on s'amusait sous Napoléon III!

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