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La Loge d'Aymeric

Otello au Royal Opera House

22 Juillet 2012, 00:09am

Publié par La loge d'Aymeric

15 Juillet, Direction Musicale : Antonio Pappano ; Mise en scène : Elijah Moshinsky ; Otello : Aleksandrs Antonenko ; Desdemona : Anja Harteros ; Iago : Lucio Gallo ; Emilia : Hanna Hipp ; Lodovico : Brindley Sherratt ; Cassio : Antonio Poli

Alors que le matin j’allais au spectacle annuel de la Royal Ballet School, et qu’il ne me restait presque plus d’argent en poche, je cède quand même pour une place debout pour la représentation du soir de Covent Garden : Otello.

J’étais surtout curieux de découvrir cet opéra que j’avais raté l’année dernière. Je ne visais pas à l’époque la distribution avec Renée Fleming, mais plutôt celle avec Tamar Iveri, qui m’avait tant ému en Suor Angelica en octobre 2010. J’arrive donc dans le hall du Royal Opera House sans même connaitre la distribution ou les détails de la pièce de Shakespeare, étonnamment une de celles que je n’ai jamais étudiées.

http://intermezzo.typepad.com/.a/6a00d834ff890853ef0167687701c9970b-500wi

Les places debout offrent le privilège d’être très près de la scène et des chanteurs, d’avoir une visibilité correcte, même si le premier balcon bloque toute la partie supérieure de la scène. En revanche, dès les premières notes, je sens bien que la musique ne va passer le mieux qu’elle peut, pour les voix, cela marche mieux. Un simple numéro est inscrit sur un semblant de balustrade auquel les plus petits peuvent s’appuyer. Heureusement que l’œuvre n’est pas longue, mes promenades londoniennes m’ont un peu engourdi les jambes !

Finalement j’ai passé une soirée telle que je n’en avais pas passée depuis longtemps. J’ai vraiment pleuré, ce qui n’avait pas du arriver depuis Tannhäuser ; j’ai pris un grand plaisir à regarder la mise en scène et la théâtralité et enfin j’ai découvert deux chanteurs de grand talent.

Je m’imaginais bien que l’approche des Anglais à la culture lyrique devait être assez conservatrice, sans jamais prendre de risque considérable. Même une création comme Les Troyens respectait totalement les canons les plus classiques. Pour cet Otello, la mise en scène est très attendue et respectueuse du livret. Mettre le mieux possible l’œuvre en valeur ne reste t elle pas la mission principale de la mise en scène ? En suivant le livret, il n’y a aucun risque d’y faillir. Evidemment, j’encourage la prise de risque, comme accepter de changer quelques éléments du livret pour arriver à un résultat, uniquement s’il est concluant. Par exemple, le Tannhäuser de Carsen était concluant, là où le Manon de Serreau ne l’était (vraiment) pas.

Le metteur en scène rend ici hommage à la Renaissance, l’effet rendu est très beau. Un plancher en damier, de grandes colonnes de palais vénitiens, des petits escaliers laissant deviner que l’on se situe près d’un patio, un joli balcon de Venise également. Des robes et des costumes de facture tout aussi classique et vénitienne. Le tout se prête à servir de décor à un tableau de Titien où Desdémone serait la Vénus ou la courtisane peinte.

Aleksandrs Antonenko est une vraie révélation ! Je n’ai pas remarqué un seul moment faible ! Dans son costume, il est massif. Avec son maquillage de Maure qui laisse apercevoir ses yeux, il saisit l’attention de tout le public et le fait frémir. Il me fait penser qu’Otello n’a que des moments forts dans l’œuvre (ce qui est en réalité faux). A partir du second acte, quand il se retrouve sur scène, je sais que le frissonomètre va agir.

Un hommage diffèrent mais tout aussi fort pour Anja Harteros dans le rôle titre. C’est lors du duo de la fin du premier acte que je commence à saisir que je vais passer une excellente soirée. Les deux amants sont très amoureux et nous le laissent voir, dans un ton très clair. Le ton d’Harteros m’a parfois rappelé certains airs de la Callas. La beauté revient de nouveau lors de leur duo du second acte, bien plus noir. Harteros a de bons dons de comédienne qui aident considérablement son personnage, sans tomber trop facilement dans le too much de la tragédienne.

http://www.bachtrack.com/images/concertfinder/Otello-ROH-177%20ANTONENKO%20AS%20OTELLO,%20GALLO%20AS%20IAGO%20(C)%20KENTON.jpgLe plus gros de l’opéra réside néanmoins dans l’acte trois, pour la dramaturgie et la musique. Quand Otello crie à Desdémone de pleurer à genoux, je fixe les yeux du Maure, mais j’aurais beaucoup aimé voir la tête de sa femme. Lorsqu’il la maudit, la musique, les chœurs et la voix d’Antonenko sont du plus bel effet. Harteros symbolise la détresse de la femme fidèle et incomprise.

Iago s’y taille une place importante. Je n’ai pas été entièrement convaincu par la prestation de Gallo, mais à la fin de l’acte trois, lorsqu’Otello se morfond à terre et que Iago, debout sur les marches, un peu arrière, parle du poison qui s’infecte, il m’impressionne. Pendant toute l’œuvre, je trouve que c’est celui qui va le mieux avec la musique, notamment pour les moments les plus noirs. Il a la voix vicieuse qui convient bien au rôle.

Pappano en est fou dans la fosse et crie à la fin de l’acte. Sa musique m’a plu, c’est du joli Verdi. La feuille distribuée à l’entrée prétend que la rupture aria/récitatif prend fin avec cet œuvre. Je ne suis pas entièrement d’accord. C’est un des derniers opéras de Verdi et c’est vrai que je ne ressens pas, comme dans Luisa Miller ou Traviata cette distinction quasi mozartienne entre partie chantée et partie parlée (ou presque). Un début de changement, je vérifierai cela avec Falstaff, œuvre encore plus tardive, que je verrais l’année prochaine.

Elle est évidemment très amoureuse. Elle met beaucoup de temps avant de réaliser qu’Otello lui en veut vraiment. Jusqu’au moment elle l’aime. Alors qu’elle meure, que son bras n’a qu’à se lever pour l’accuser devant Emilia, elle préfère s’accuser elle-même.

Le dernier acte confirme toutes mes attentes. Un décor toujours très attendu. Le rideau de velours rouge sang recouvre les colonnades, le grand lit placé sur des marches de marbre froid qui ne semblent qu’attendre que le corps de Desdémone vienne y mourir.

La première partie avec uniquement Desdemone fait monter la tension. Elle repete la chanson de sa servante de jadis et j’en pleure. Puis l’Ave Maria, air plus connu. Le dénouement se déroule finalement assez vite, comme si Verdi avait voulu en finir au plus vite avec la mort. Je ne peux m’empêcher de penser au spectacle Les Enfants du Paradis à Garnier où, à l’entracte, Charlotte Ranson et Florian Magnenet avaient dansé la mort de Desdémone dans le grand escalier de Garnier. Un moment rempli d’émotions. L’ultime air d’Otello apporte la suprême beauté à l’œuvre.


(Photos du Royal Opera House) 

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