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La Loge d'Aymeric

Otello, un très bon Verdi au Met

24 Mars 2013, 17:27pm

Publié par La loge d'Aymeric

Metropolitan Opera
20 mars 2013
Direction musicale: Alain Altinoglu; Mise en scène: Elijah Moshinsky; Montano : Stephen Gaertner; Cassio: Alexey Dolgov; Iago: Thomas Hampson; Roderigo: Eduardo Valdes; Otello: José Cura; Desdemona: Krassimira Stoyanova; Emilia: Jennifer Johnson Cano

 

Quelle belle soirée! Pour une fois (et c'est finalement assez rare sur ce blog), ce n'était pas une 'belle découverte ce soir là, mais une très belle soirée grâce à une œuvre que j'ai eu grand plaisir à revoir. Otello, cela me rappelait certainement ma superbe soirée de dernière minute au Royal Opera de Londres, où mon mal de dos (place à quatre livres debout sur le côté, très proche de la scène) avait largement été compensé par un super spectacle.

De nouveau, je vois l'opéra dans une mise en scène tout à fait classique et réussie, avec des interprètes qui ont su donner le meilleur de la partition, déclenchant alors les ovations du public.

Ainsi de la Desdémone de Stoyanova, entendue déjà dans Luisa Miller à Bastille, une autre très belle soirée verdienne, est l'apothéose de cette soirée. Dès le début, elle réussit à nous toucher, adoucissant son Maure de mari et lui rappelant avec grâce leur première rencontre. Après son solo du quatrième acte, le public l'ovationne sans même se soucier de sa mort prochaine. Seul bémol: l'enfant qui commence à pleurer quelques mètres plus loin. Sinon je pense que je me serai transformé en madeleine....
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Si Iago paraît moins puissant vocalement qu'à Londres au début mais ces airs les plus terrorisants fonctionnent tout à fait. Il me semble ici bien plus vicieux. Je sens bien un esprit non pas forcément méchant mais réellement sournois: un grand bonhomme qui s'amuse à calomnier dans tous les sens. Il faut d’ailleurs avouer que la raison d’une telle haine et un peu trop mince, et je crois donc à la méchanceté gratuite. Il ressemble bien plus à un serpent de la Genèse, qui apporte le conflit pour son plaisir personnel, qu’à un fin calculateur avec une idée derrière la tête. I

Ce trio se finit impeccablement avec un Otello puissant, massif, mauresque et imposant. Sa voix me glace sans doute moins qu’Antonenko, mais il gagne ici un peu d'humanité, avec des cris de douleur qui permettent de donner à ce personnage trop typé des sentiments bien plus vraisemblables. On reste finalement bien terrorisé par le bonhomme quand même !

Dans les seconds rôles, je remarque un Cassio très bon dans le côté jeune-premier-capitaine-d’armée mais vocalement un peu faible et une Emilia qui se révèle majestueusement dans les dernières scènes.

La scène du Met est bien grande, plus imposante que Covent Garden, et la scénographie est donc tout à fait sublime. La première scène affiche une partie en hauteur, qui descend par la suite, pour révéler d'immenses colonnes de palais vénitien, des balcons et des marches. Un fond bleu beaucoup trop lumineux et un peu kitsch est vite recouvert pour les scènes d'intérieur par un mur avec d'immenses peintures chrétiennes. L’aspect grande production classique mais toujours pertinente, c’est quand même bien pour une maison d’opéra. Le tout crée une imagerie très littérales, mais particulièrement forte, avec des chanteurs qui savent jouer les personnages.
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Le succès est donc largement au rendez vous, à l'exception néanmoins du passage du peuple chypriote remerciant Desdémone, qui m'a paru bien niais comparé au reste de l'œuvre si tragique. Et l'enfant de huit ans qui commence à pleurer très fort pendant l'histoire de Barbara été également très dispensable! Mais l'émotion est bel au bien au rendez vous et je sors la gorge nouée après la mort du couple.

J'ai pu mieux apprécier Otello que Don Carlo quelques jours avant, grâce au 'Rush tickets', ou des places à 20 dollars pour tous les types d’audience à retirer à n'importe quel moment dans la journée du spectacle. Même pas besoin de faire la queue pendant des heures!

Je me retrouve donc au parterre, sous la corbeille. La musique, dirigée par Altinoglu, réussit à passer, et m'a paru tout à fait superbe. Finalement, en comparant avec Don Carlo, Verdi ferait mieux de ne pas se compliquer dans des livrets trop complexes, les histoires d’amour simples comme Traviata ou Otello, c’est ce qu’il y a de mieux et de plus efficace.

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