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La Loge d'Aymeric

Paul Taylor au Lincoln Center

23 Mars 2013, 20:34pm

Publié par La loge d'Aymeric

David H Koch Theater
14 mars 2013
Le Sacre du Printemps (Rehearsal), Last Look et Esplanade
Paul Taylor Dance Company

 

Alors que je suis en séjour à New York, la seule compagnie de danse alors en résidence est la Paul Taylor Dance Company. Je l'avais déjà "vue" à Chaillot lors de la dernière session des étés de la danse. Mais c'était alors le soir d'une journée importante en examen et je m'étais assoupi, ouvrant de temps en temps un œil. Bref, je n'en avais pas un souvenir conquis.

J'accède donc pour la première fois au David H Kock Theater, celui la même qui avait été refait par Balanchine pour ses pièces. La place payée peu cher donne accès à une excellente visibilité. Mon amie new-yorkaise s'excuse quand même du léger angle-mort. Il faudrait que je l'emmène à Garnier pour qu'elle réalise ce qu'est vraiment un angle-mort!

Pour revenir à Paul Taylor, son écriture chorégraphique m'a vraiment surpris. Il a travaillé pour Balanchine, que je connais un peu, et Martha Graham, dont je ne connais rien. Les trois pièces m'ont semblé bien différentes même si elles se rattachaient toutes les trois à un genre bien précis, pourtant difficile à cerner.

La gestuelle purement classique a évidemment disparu, pas de pointes ou de portés majestueux ou encore de grands jetés. Mais des gestes simples: des personnes qui courent, s'arrêtent, tombent, se roulent, jettent violemment les bras, se recroquevillent. Ceci me confirme un point: la danse est un ensemble de mouvements particulièrement magnifiés. Les pas ne consistent pas la danse,c'est l'ensemble qui prime.

Le sacre du printemps (The Rehearsal) est ma première version de l'œuvre de Stravinsky. Et préparez vous à lire quelques revues en cette année du centenaire, notamment au Théâtre des Champs-Elysées. Cette œuvre semble récupérer l'héritage des Ballets Russes, avec la façon égyptienne de marcher de L'après midi d'un Faune. 
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Ici le théâtre prime sur la danse. Je vous avoue ne pas avoir aisément compris tout l'argument. Un vol d'enfant, que la mafia souhaite récupérer, puis tout le monde finit par se battre et mourir. La mère dans un dernier solo désespéré pleure la mort de son enfant avant de succomber. A peu de choses près, ça doit être ça. C'est distrayant, la danse y est très concentrée; même si je n'ai pas été transcendé devant ce qui me paraît parfois être de la pantomime, j'ai bien aimé.

Last look me plonge tout de suite dans une toute autre dimension, bien plus psychologique et déprimante. Un tas amorphe commence à s'agiter dans la pénombre, entre des miroirs qui forment un demi-cercle sur la scène. En réalité, ce tas est constitué d'hommes et de femmes qui se lèvent et commencent une danse macabre, lourde et oppressante. Mais surtout très belle. Que demander de plus que d'être subjugué par un spectacle?

Les corps qui parfois tiennent ensemble le temps d'un instant, tombent les uns après les autres, laissant alors le terrain à des solos ou des duos. Les danseurs regardent parfois les miroirs, ne se regardent jamais directement dans les yeux, et s'ils le font, s'effondrent alors directement à terre.

Métaphore de l'oppression actuelle de notre époque, où les miroirs sont omniprésents, mais où on ne se regarde pas, ou les contacts sont omniprésents, mais où on ne regarde pas l'autre.

Un entracte plus tard, l'atmosphère a bien changé avec Esplanade, une des œuvres phares de la compagnie. En fait je l'avais vu à Chaillot en juillet dernier, la seule pièce dont je me souvenais à peu près.
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C'est superbe, joyeux. Comme le disait une professeur de danse à l'entracte, il y a très peu de pas, mais les danseurs courent, sautent, s'arrêtent, ce qui est sans doute le plus dur. Dans des tons pêches, ils traversent la scène, forment des rondes, des files indiennes, des formations toujours très simples ou les mouvements s'enchaînent. La danseuse, Michelle Fleet, semble symboliser cette joyeuse énergie!

Les mouvements plus sérieux et mélancoliques s'intercalent entre de joyeuses valses de Bach. L'ensemble me ravit. Désuet, heureux, insouciant. Les minutes s’écoulent sans que je les voie, et le temps de se poser la question la pièce est déjà finie, toujours avec une bonne humeur générale.

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