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La Loge d'Aymeric

Rétrospective réussie d'Hopper au Grand Palais

13 Octobre 2012, 21:20pm

Publié par La loge d'Aymeric

Lors de mon dernier séjour à New York, j’avais été voir au Whitney une rétrospective sur Hopper. Je n’avais pas du tout été emballé : quel pourrait être l’intérêt de ce type de peinture, trop proche des comics ou de la gravure américaine d’un paysage urbain sans intérêt ? Et puis après tout, vu la couverture médiatique, je me dis qu’il faut rester ouvert, hop je vais le soir de l’ouverture au Grand Palais.
 

Hopper, c’est l’affirmation de la modernité de l’art américain. Epoque oblige, les Américains s’inspirent encore et toujours de la culture européenne, notamment dans le domaine artistique. Après des premières études à New York, Hopper part donc pour Paris. L’exposition mélange donc ses œuvres, celles de son professeur Robert Henri et les influences parisiennes, comme L’avenue de l’Opéra de Pissarro. Comment comprendre facilement l’impact des impressionnistes sur tout le travail d’Hopper !
 

Le coup de pinceau, les lumières, tout rappelle les débuts du mouvement. Ses œuvres parisiennes laissent déjà supposer ce que nous connaissons mieux de lui : des cours, des fenêtres, des escaliers, des gens au loin. Face à de tels maîtres, il a du mal à se lancer. Henri le décrit comme n’étant « pas encore un artiste, pas assez libre pour ca, prisonnier encore d'une réserve anglo-saxonne dont il ne se satisfait pas, lui préférant la liberté des Latins. » Il faut qu’il devienne un artiste américain.
 

L’inspiration européenne continue, avec certes des années de retard. Après la formation en 1874 de l’ensemble impressionniste, en 1908 se forme à New York une sédition autour de Robert Henri contre la National Academy, institution qui contrôle le marché de l’art et définit ce que doit être la peinture : de la beauté idéale en costumes historiques. Ils réclament le droit de pouvoir exposer à leur guise.
 

A la suite de son ultime voyage en Europe, Hopper, âgé de 28 ans, dit : « à mon retour, tout m’apparaissait terriblement grossier et vulgaire, il m’aura fallu dix ans pour me défaire de l’Europe. » Il ne reviendra plus en Europe et se focalisera sur comment insérer ce nouveau monde dans le monde de l’art moderne.
 

Mais c’est difficile, il passe ainsi par le travail d’illustrateur, il faut bien se nourrir. L’impact est monumental sur le reste de sa carrière, les traits très marqués, les couleurs réalistes. Le tableau Soir Bleu montre ainsi l’héritage évident des comics et la place de l’artiste de la société américaine : entre profiteurs, haute bourgeoisie et personnages de bohème.
 

Les thèmes commencent à apparaître : l’Amérique, New York, les buildings, les gens à la fenêtre, les villes américaines classiques avec school bus, poteaux, feux de signalisation. Mais attention, il se dirige également un temps vers Cape Cod pour la nature, ce qui restera une inspiration éphémère.
 

Après la traditionnelle salle consacrée aux gravures-de-l’-artiste-trop-méconnues-du-grand-public-et-qui-ont-une-vraie-valeur désormais classique dans les grandes rétrospectives, je passe à une nouveauté sur Hopper : ses aquarelles, très réussies, qui vont de nouveau lui permettre de gagner de l’argent grâce à son art. Gloucester, la Normandie locale, attire les artistes. Mais Hopper ne regarde pas le bord de mer et les bateaux comme ses compagnons. Il observe les maisons. Le contour pourrait être celui tracé par un architecte. Il les remplit ensuite de couleurs impressionnistes. Ces œuvres ne sont pas le reflet de la réalité permanente, mais la captation d’un instant précis, avec une lumière particulière, comme dans House by the Railroad.
 http://static.neatorama.com/images/2007-05/edward-hopper-house-by-railroad.jpg

Aussi bête que cela puisse paraître, Hopper réussit à donner de l’intérêt à ce qui n’en a vraiment pas. Infini débat sur la beauté ou non d’une ville comme New York. Le tableau Drug Store dans ce sens très vivifiant. Hopper a su figer l’envie du pharmacien d’attirer l’œil vers sa vitrine. Dans The City, les immeubles presque haussmanniens côtoient ceux de briques rouges. La pierre des premiers est magnifiée, alors que celle des seconds reste très froide, ce qui fait presque figurer l’histoire de l’urbanisme américain.
 

Magnification des couleurs, comme Dali, mais sans le côté très énervant de l’irréel. C’est donc encore pire : comment peut-il faire ça en conservant un réalisme qui paraît évident ?
 

Se succèdent ainsi au rez-de-chaussée les tableaux qui restent globalement dans le même style. Hopper a trouvé son style et s’y accroche. Hotel Room en est sans doute un des meilleurs échantillons. Peu cadré, un contour précis et marqué, avec des couleurs très variées et frappantes, sans sacrifier le mouvement, ainsi le chapeau semble tomber. Toujours cueillir l’instant, entre mouvement et lumière.
 

Peintre de la société, il l’est sûrement. Effet Madmen dans les bureaux, la pompe à essence, la vie sur les marches des immeubles, la vie de théâtre. Cela ressemble parfois à certaines Main Street de villes américaines toujours existantes, et ceci soixante ans plus tard !
 

Son style continue subtilement à évoluer, en accentuant sans cesse la luminosité. Ainsi Summertime (and the livin’ is easy, Gershwin sort de ce corps) est partout transparent. La pierre blanche qui resplendit de lumière et répond à la robe blanche qui laisse voir la chair de sa propriétaire. L’exposition finit sur l’ultime œuvre du peintre, Two Comedians, toujours plus de lumière, de lignes droites tracées, de non cadrage.http://www.math.univ-montp2.fr/~herzlich/divers/images/hopper16.jpg

L’exposition concentre une très grande partie des œuvres de l’artiste, et nous laisse voir bien plus que les classiques tableaux. Comprendre l’héritage impressionniste, l’importance de son passé d’illustrateur et son désir de faire partie de l’art américain, Hopper, le premier grand artiste américain au XXe siècle ?

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