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La Loge d'Aymeric

Sleeping Beauty, Matthew Bourne, Sadlers's Well

2 Janvier 2013, 13:29pm

Publié par La loge d'Aymeric

29 décembre 2012. Aurora: Hannah Vassallo; Leo: Dominic Horth, Count Lilac: Christopher Marney; Carabosse/Caradoc: Tom Jackson Greaves. Et la compagnie New Adventures

 

Comment un chorégraphe peut il aujourd’hui créer un ballet à partir d'une partition classique sans pour autant céder à la restitution? C'est le pari que se pose Matthew Bourne depuis maintenant vingt ans, ayant créé des versions très personnelles et modernes de Casse Noisette et du Lac des Cygnes sur les partitions de Tchaïkovski, mais sans vouloir recréer l'atmosphère de Marius Petipa ou de Lev Ivanov. Afin de clore la trilogie Tchaïkovski, il ne restait plus qu'à traiter le sujet de la Belle au Bois dormant.

  

En lisant le programme et en observant le spectacle, je sens un vrai travail de la part de Bourne de revenir aux sources de chaque version de l'histoire. Il n'est écrit nulle part que la princesse s'endort cent ans. Pourquoi faudrait-il suivre Walt Disney et faire piquer le doigt sur un rouet? Et si on suit la partition originale, que faire de cet adage à la rose, plein de symboles? Un jeune homme offrait un bouton de rose à une jeune femme, si elle l'acceptait, ils pouvaient envisager une vie (ou au moins une nuit) ensemble. Sinon la jeune femme jetait le cadeau. Or dans la plupart des versions classiques, Aurore récupère les roses de ses jeunes prétendants et les offre à sa mère qui les hume avec plaisir. Un peu étrange tout de même, même si le phénomène Cougar bat son plein.

  

C'est donc à ce genre de décalage que la chorégraphie et la mise en scène s'attaquent. C'est Bettelheim revisité. Si Aurore touche de nombreuses fois la rose, ce n'est que quand Léo et elle sont jambe-entremêlés qu'elle commence à souffrir et s'évanouit.

  

Mais revenons au tout début de ce spectacle qui fut pour le moins intéressant. 

 

Ainsi Carabosse n'est pas méchante pour le bonheur de l'être, mais elle se venge car elle a procuré au roi et à la reine une fille et n'a pas reçu de paiement. Elle veut donc récupérer son 'bien'. Le bébé est un pantin animé très malicieux, qui s'accroche au rideau, pleure, fait des farces et tourne ses parents et ses gouvernants en bourrique. Mais veille sur elle une horde de fées-vampires gothiques pas loin de l'ambiance Twilight, gouvernée par le personnage le plus cool de l'œuvre: Count Lilac, bien loin de la rose et frêle Fée des Lilas version Petipa.

  http://www.edp24.co.uk/polopoly_fs/sleeping_beauty_1_1701156!image/2709401238.jpg_gen/derivatives/landscape_630/2709401238.jpg

Une fois le sort lancé, 21 ans après, nous nous retrouvons en 1911 devant une très chic garden party tout en blanc très Roland Garros. Les prétendants se bousculent aux pieds de la charmante Aurore qui s'échappe jeté après jeté. Elle est pourtant très intéressée par ce jeune homme en noir, Caradoc le fils de Carabosse (d’ailleurs dansé par la même personne), et sa jolie rose noire. D'où vient Aurore? Serait-elle sa sœur biologique? Personne ne sait. Elle s'échappe pour retrouver son amoureux de jardinier avec qui elle esquisse quelques pas avant leur fatidique étreinte qui endort la princesse. S'ensuit alors une course effrénée pour rattraper le jeune homme sous les yeux amusés de Caradoc. Léo finit par s'échapper du château et voit les grilles se refermer devant lui alors que Lilac endort tout le monde.

 

Mais comment ce jeune homme va t il pouvoir atteindre plus d'un siècle pour être avec sa princesse (et sans être trop décrépi pour l'accueillir)? Lilac, un brin vampire ne l'oublions pas, mord donc Léo pour qu'il puisse survivre. Dose de testostérone pour lui permettre enfin de devenir enfin un homme.

  

Un entracte d'une centaine d'années plus tard, en 2011, nous nous retrouvons devant les grilles du château, où les touristes se prennent en photo. Léo sort avec de charmantes petites ailes dans le dos d'une toute aussi charmante tente Quechua. Bien loin de la majestueuse entrée de David Hallberg dans la version Bolchoï (à voir ici à 5’40). Lilac lui donne alors la clé, il est prêt, le château s'ouvre.

  

Une fois passé les somnambules qui hantent ce château, nous découvrons enfin la princesse, son méchant Caradoc à ses pieds, qui tente par tous les moyens de l'embrasser, de la secouer, de l'enlacer mais rien n'y fait elle dort. Après un mini affrontement avec Léo, il finit par entrainer ce dernier pour qu'il embrasse Aurore qui se réveille enfin mais ne voit pas Leo qui est caché par des monstres odieux. Caradoc traine alors la princesse en dehors du château, persuadée d’avoir été réveillé par le méchant.

  http://www.theartsdesk.com/sites/default/files/imagecache/mast_image_landscape/mastimages/Bourne%20Sleeping%20Beauty,%20Hannah%20Vassallo,%20c%20Simon_Annand.jpg

Le dernier acte se déroule dans une sorte de bar à tendance SM et cuir, plein de méchantes fées avec des ailes et des masques, dont Léo et Lilac déguisés. Pendant cette danse infernale, surgissent Aurore en vierge blanche au milieu de ce rouge et noir et Caradoc qui va rapidement mettre ses ailes de compétition (j'ai-les-plus-grosses). Alors qu'il veut planter un massif couteau dans la chaste princesse (meurtre ou viol?) Lilac surgit et tue la bête alors que le jeune couple s'enfuit pour enfin profiter d'une nuit ensemble sous les yeux attentifs et voyeuristes des fées. Histoire de bien expliquer ce qui se passe, ils sortent du lit avec un charmant bambin!

 

Une histoire réactualisée donc, en revenant cependant aux sources du ballet. La danse est néanmoins plus difficile à cerner : quelques pas de classique oui, mais sinon beaucoup de mouvements pour pas grand-chose (un peu Shakespearien n’est ce pas ?), pour aider au mieux à communiquer au public la dramaturgie. Les danseurs finissent donc par s'effacer devant l'histoire. Mais fichtre après les éblouissements techniques de mes deux escapades au Royal Ballet (ici et ici), cette forme de théâtre dansé ou de comédie musicale sans paroles m’a plu et a su capturer l’attention d’un public ravi et complètement séduit. Et c’est le plus important.

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