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La Loge d'Aymeric

Superbe Médée au TCE, quoiqu'en disent les puristes!

16 Décembre 2012, 15:06pm

Publié par La loge d'Aymeric

Luigi Cherubini. Direction musicale : Christophe Rousset. Mise en scène : Kryzstof Warlikowski ; Médée : Nadja Michael ; Jason : John Tessier ; Dircé : Elodie Kimmel ; Créon : Vincent le Texier ; Néris : Varduhi Abrahmyan.

 

Troisième et ultime Médée de cette trilogie exponentielle en qualité. Les échos de la générale et de la première avaient fait suffisamment de bruit pour faire de cette production celle à voir et critiquer à Paris (encore plus que la Carmen de Bastille).

 

En quelques mots, cet opéra a su être actualisé et dynamisé tout en gardant sa force. Certes la liste des critiques aurait pu être longue pour les puristes, notamment vis-à-vis des dialogues parlés et modernisés. Au moins pour une fois je n’ai pas à me plaindre d’affreux récitatifs qui plombent la continuité de l’ensemble de l’œuvre malgré certes des jeux d’acteur parfois réussis. Ici les dialogues réactualisés sont bien plus vivants, voire certes violents et vulgaires, mais rendent ainsi la partie théâtrale de l’œuvre bien plus probante. En ce qui concerne la réécriture des dialogues dans un style bien contemporain, je dirai que de tout temps les livrets ont été remaniés et traduits, notamment Wagner en français. Considérons donc que le livret a été traduit en XXIème siècle. Pour la catharsis d’une telle œuvre, l’identification aux personnages est obligatoire. Se reconnaître ou s’imaginer dans leurs paroles est donc nécessaire.

 

Des huées ont ensuite surgi également à l’unique instant où de la musique sixties a été mise, alors que Médée, vêtue fort vulgairement, marche et se rhabille au milieu des femmes méprisantes de la cour de Corinthe. Moment certes non tout à fait nécessaire au déroulement de l’œuvre mais qui complète la modernisation de l’œuvre. Mais moderniser ne veut pas dire détruire et le génie de Warlikowski repose en cela, il a su garder toute la beauté de l’œuvre, et les airs ne paraissent ni désuets ni vieux à côté des dialogues théâtraux.

 

Un grand bravo tout d’abord aux Talens Lyriques de Christophe Rousset, constants, ténébreux et puissants de l’ouverture au final ! La mise en scène place un miroir comme mur de fon, nous voyons donc le chef diriger, il est donc remis à sa place centrale d’instigateur de l’œuvre. Il ne travaille pas depuis l’ombre de sa fosse mais dans la lumière. Krämer a réussi une chose avec son Ring, me faire adorer les grands miroirs qui donne un reflet du public et du chef.

 

La musique est parfois si forte qu’elle recouvre même Dircé/Kimmel, poupée blonde et constamment effrayée qui ne m’inspire aucune compassion ni émotion, elle reste uniquement dans les aigües, elle a peur, très peur. Opposition manichéenne ressassée de Médée oblige, Dircé est toute blonde, vêtue de blanc comme si elle se baladait constamment en robe de mariée, prête à attendre sa mort. Elle n’ose pas s’attaquer frontalement à Médée et se cache derrière son pervers de père.

 

Le Texier est le chanteur qui s’en sort le mieux après le personnage éponyme. L’homme vieillissant à la voix profonde qui drague tout ce qui bouge, de la bridesmaid de sa fille à la sorcière qui veut tous les tuer. Il s’impose comme l’alpha-male de la pièce, à défaut de pouvoir léguer la place à son gendre, comment cette famille peut-elle s’en sortir ? Tout comme Dircé, Jason passe un peu à la trappe face au monstre de Médée. Comme si les couples bien propres sur eux ne pouvaient pas égaler la femme célibataire, puissante et mante religieuse.

 

http://www.culture.pl/image/image_gallery?uuid=30efa1a2-09f5-41e4-a0a9-7614a26e7e32&groupId=12501&t=1314722172173Avant même qu’elle commence à chanter, Médée entre telle Amy Winehouse et s’assoit au premier rang pour, comme Carabosse, ruiner les fiançailles. Un charisme naturel du personnage, on fixe plus qu’elle et non la femme-enfant Dircé. Les hommes la fixent et commencent à dénouer leurs cravates. Le désir, le désir, le désir. Elle attire tout le monde mais n’est capable de garder personne. Même Jason et Créon tomberont dans sa trappe quelques instants mais personne ne restera. La bouteille de whiskey, elle, reste.

 

Là où elle est la plus terrible, la plus sorcière, c’est lors du mariage. Il se déroule derrière une vitre au second plan. Au premier, Médée, ivre, rumine et s’amuse en prévoyant la fin de Dircé. Un Ken et une Barbie sont plantés dans le sol. Le rideau se ferme sous le rire glacial de la sorcière et s’écrase sur les deux poupées. Il faut attendre le début de la deuxième partie pour que la robe s’enflamme et que la vengeance commence.

 

Elle redevient quelques courts instants une mère affectueuse, mais la passion et le désir priment toujours sur la maternité. Quand Médée revient, vêtu d’un pantalon stretch et d’un débardeur, telle une fille qui s’apprête à se coucher en revenant de soirée, avec un ventre de femme enceinte, je frémis. Elle sort alors de son ventre les pyjamas rouges de sang de ses fils. Le plus froidement du monde elle les plie, et s’allume une cigarette alors que la musique se finit et que Jason s’effondre. Nadja Michael est superbe, tant son jeu d’acteur que dans chacun de ses nombreux airs, la noirceur se ressent dans sa voix théâtrale et dans son chant.

 

Enfin, le joli coup de cœur de la soirée revient également à Abrahamyan en Néris, qui n'a certes qu'un air, mais qui l’a maîtrisé parfaitement.

 

Une très bonne production pour une œuvre mythique et enfin à la hauteur d’un personnage tel que Médée !

 

Commenter cet article

Genoveva 16/12/2012 16:39

Rien de comparable avec la Carmen de Bastille ! Là, il s'agit d'un chef-d'oeuvre !

La loge d'Aymeric 16/12/2012 16:49


Je ne vais voir que les chefs d oeuvre d ailleurs! Carmen ne me donne pas du tout envie. Mais les deux ont été vivement critiqués, en bien comme en mal!