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La Loge d'Aymeric

Tricentenaire de l'École française de Danse

17 Avril 2013, 13:45pm

Publié par La loge d'Aymeric

 

Palais Garnier

15 avril 2013

Direction musicale: Marius Stieghorst à la tête de l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire.

D'Ores et Déjà; Chorégraphie de Nicolas Paul et Béatrice Massin.

Valentin Chou et des élèves de l'École de Danse.   

La Nuit des Walpurgis; Chorégraphie de Claude Bessy d'après Léo Staats

Roxane Stojanov, Ida Viikinkoski, Perle Vilette, Adèle Belem, Célia Drouy et les élèves de l'École de Danse.

Célébration; Chorégraphie de Pierre Lacotte

Ludmila Pagliero, Mathieu Ganio et le Corps de Ballet.

Péchés de Jeunesse; Chorégraphie de Jean-Guillaume Bart

Roxane Stojanov, Mathieu Rouaux, Clémence Gross, Antoine Kirscher et les élèves de l'Ecole de danse. 

Aunis; Chorégraphie de Jacques Garnier.

Simon Valastro, Axel Ibot, Mickaël Lafon

 

 

Un an que les balletomanes attendaient ça. Alors on sort les smokings, les chapeaux, les robes et les talons pour entrer dans Garnier par le tapis rouge, dans le grand escalier fleuri pour l'occasion. On slalome entre les photographes qui préfèrent prendre Bernadette Chirac, Aurélie Filippetti ou encore Valérie Trierweiler. Pour l'occasion, le gratin balletomane a préféré des loges de coté plutôt que son parterre habituel (cough) qu'il laisse aux mécènes. Pour une fois, Garnier se trouve au temps de Balzac  (qu'il n'a d'ailleurs jamais connu): les diamants, les fourrures, le brillant, le satin,le people, le grand dîner dans les foyers.

 http://www.toutelatele.com/IMG/arton48319.jpg

Mais plus qu'un événement uniquement people, ce gala extra-ordinaire a réussi sa mission: prêter hommage à l'école française de danse. Pour le coté historique, je vous reroute vers les nombreux articles sur Louis XIV, Vestris, Bournonville, Taglioni et ce jusqu'à Noureev. (Peu de Français me direz vous). Après une nuit de réflexion j'ai fini par trouver la programmation intelligente, j'y ai vu l'archi-académisme et la hiérarchie d'une part, le travail du haut du corps comme des pointes d'une autre part, et enfin la nouveauté et la flexibilité d'une telle éducation de la danse.

 

Reprenons donc dans l'ordre, que je n'approuve d'ailleurs pas totalement mais j'y reviendrai par la suite.

 

D'Ores et Déjà commence par me faire très peur, je trouve le début ennuyant. Mais je comprends finalement rapidement le propos. Brigitte Lefèvre a demandé à Nicolas Paul, sujet du ballet, et à Beatrice Massin, spécialiste de la danse baroque, de créer une œuvre. Les créations n'ont pas toujours bon dos à l'Opera en ce moment, mais ici c'est différent. Ce ballet pour seize rats masculins nous parle de la fusion entre danse baroque et danse moderne, comme déjà un aperçu de l'histoire de la danse. Les moments uniquement baroques m ennuient, les moments plus modernes dans le silence aussi. Mais après quelques instants, les deux fusionnent, les corps se libèrent, tout est fluide.

 

Au milieu de la scène, un cadre de tableau vide, qui laisserait supposer que la danse n'est qu'un tableau fixe, mais rapidement les élèves du ballet dépassent le cadre du tableau, pour le dépasser. Ils finissent par s'aligner derrière, tous les âges confondus, de dos, comme pour montrer l'universalité de leur danse.

 

S'ensuit un grand classique de la compagnie, comme pour remonter aux sources de la danse française: La Nuit des Walpurgis issu de Faust. Si le premier n'était que pour des hommes, le deuxième est exclusivement féminin (sans compter les esclaves, sixième division masculine). Ici, pas question d'évolution du ballet, mais plutôt son intemporalité. Ce ballet pourrait être issu de Paquita, de Bayadère, de Coppélia. C'est le style féminin français dans toute sa splendeur: des corps de ballet impeccable, des tours de jambes et des manèges d'une grande complexité. Certes deux des trois superbes solistes en blanc ont eu quelques soucis de pointe, je leur pardonne, le reste était gracieux et élégant: elles ont compris le style français, il ne reste plus que le stress à canaliser. A bientôt dans le corps de ballet.

 

Puis c'est la Célébration de la soirée, création qui reflète à elle seule l'académisme de la danse classique. Pierre Lacotte en a d'ailleurs fait sa spécialité, recréant des ballets comme Paquita ou La Sylphide. Il avait initialement choisi ses deux danseurs fétiches, Aurélie Dupont (si je me souviens bien) et Mathieu Ganio, deux danseurs parmi les plus nobles de la compagnie. Mais finalement la première est remplacée par Ludmila Pagliero et tout le message de la pièce change. 

 http://www.operadeparis.fr/resources/0910/LOpera/LeBallet/LudmilaPagliero.jpg

Oui certes la danse française est faite de traditions, de dynasties de danseurs comme le montre bien Ganio, de maîtres qui consacrent leur vie à la danse comme Lacotte. Mais avoir mis Pagliero dans cette œuvre, c'est valoriser une danseuse qui ne sort pas de l'Ecole de danse de l'Opéra, mais qui sait pourtant danser à l'Opéra. 

 

J'ai adoré ce morceau, qui s'ouvre avec la fameuse photo (presque autant médiatisée que la Joconde ces dernières semaines) de Louis XIV dansant en soleil. Ganio et Pagliero sont tout en blanc, le corps de ballet en rouges flammes (jolis costumes d'Agnès Letestu d'ailleurs). Quelques moments avec le corps de ballet, puis un pas de deux qui m'a tout à fait impressionné par sa technique et sa virtuosité pour finir sur un plan des plus classiques. C'est beau et le plus coloré de ces ballets, malgré l'absence des décors. Pour représenter la danse française, c'est quand même important la couleur.

 

Le classique de Célébration m'a bien bien plu, en revanche l'aspect cours de danse de Pêchés de Jeunesse de Jean Guillaume Bart m'a bien ennuyé. C'est long, trop académique sans pour autant dégager quelque chose comme un sentiment de beauté par exemple. La musique de Rossini me fait penser à du mauvais Mozart, vaguement copier coller de ses concertos, mais n'est pas Gottlieb qui veut. Résultat je me retrouve comme dans un cours de danse très rigide où le maître de ballet tape le rythme pendant que les pauvres élèves se tordent le corps sur une barre. Soit, c'est également cela le style français.

 

Mais je retiens cependant deux passages qui donnent quand même une jolie dynamique à l'œuvre. Le pas pour les hommes, puis les deux pas de deux, qui commencent à être vivants. Mais finalement pas beaucoup de péchés dans tout cela.

 

Après tout ce classique, on oublie presque que D'Ores et Déjà faisait quand même référence à de la danse plus moderne. D'où la légère faiblesse du programme de ne remettre qu'à la toute fin une pièce plus actuelle. Mais cette œuvre ouvre sur l'extérieur avant le Défilé, nous offrant une pré conclusion finalement assez osée.

 http://www.classictoulouse.com/images/danse/originales/aunis.jpg

Aunis est une sorte d'hommage aux danses populaires françaises, enseignées depuis Claude Bessy à l'école de Nanterre. Trois danseurs accompagnés de deux accordéons qui se lâchent totalement sur scène, bien loin des pointes, pirouettes et arabesques des pièces précédentes. Cela me rappelle indéniablement Les Bourgeois de Brel par Simkin au Théâtre des Champs il y a quelques années. C'est entrainant, le genre de pièce où je reste ébahi et souriant du début à la fin. La pièce n'a visiblement pas plu à ma voisine dans sa robe de princesse qui semblait dire qu'elle n'avait pas payé pour voir cela. Moi si.

 

Puis tout le monde semble se réveiller, enfin surtout les balletomanes, pour le défilé. L'orchestre se remet en place, commence à s'échauffer. Le rideau se lève et la lumière se fait sur le premier petit rat qui se lève et commence à avancer, entrainant avec elle toute la compagnie. Comme pour Carmen, la musique de Berlioz me donne envie de chanter les paroles des Troyens. Après un départ un peu mou, nous réussissons avec quelques habitués à entrainer la salle vers de vrais applaudissements et des bravos pour les étoiles. Ce grand rendez-vous me donne toujours autant de frissons, pouvoir remercier l'ensemble des artistes qui nous font vibrer (ou pas) pendant plusieurs saisons est une belle occasion.

 

J'en retiens qu'Abbagnato est bien applaudie pour son premier défilé, comme Ould Braham, Ciaravola (dont c'est le dernier défilé), Dupont et Letestu (dernier défilé également). Chez les hommes, je remarque que Bélingard se laisse beaucoup de place pour courir vers le devant se faire ovationner. Mais ce sont Heymann et Le Riche qui reçoivent les meilleurs remerciements. Je défends évidemment bien Ganio. Tout ce monde en blanc se place ensuite sur la scène pour former le fameux plan du corps de ballet. Malgré un public initialement froid, il y a quand même trois rappels pour applaudir cette institution de l'École française de danse.

 ecole.jpg

Un bilan globalement positif surtout pour l'hommage qu'il rend aux différents acteurs de la danse: Bessy, Lacotte, Bart, Letestu et toutes les étoiles. Toutes les pièces ne m'ont pas plu, mais le message est passé. Et ce défilé clôt superbement cette soirée dont je me souviendrai avec un léger sourire.

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