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La Loge d'Aymeric

Triple Bill au Royal Opera House: Firebird, In The Night, Raymonda

30 Décembre 2012, 23:15pm

Publié par La loge d'Aymeric

Chef d’orchestre : Barry Wordsworth.
The Firebird : Chorégraphie: Mikhail Fokine; Musique: Igor Stravinski; The Firebird: Itziar Mendizabal; Tsarevich: Bennet Gartside; Tsarevna: Tara Bhavnani; Kotscheï: Gay Avis.

In The Night: Chorégraphie: Jerome Robbins; Musique: Chopin; Pianiste: Robert Clark; Sarah Lamb et Federico Bonelli; Hikaru Kobayashi et Rupert Pennefather; Alina Cojocaru et Johan Kobborg.

Raymonda: Chorégraphie: Rudolf Nureyev; Musique: Alexander Glazunov; Raymonda: Alina Cojocaru; Jean de Brienne: Steven McRae.

 

Un voyage outre Manche permet de réaliser que finalement les grandes compagnies de danse se ressemblent toutes finalement avec les mêmes défauts. Y compris celui des innombrables blessures. Samedi donc, pas moins de trois blessées: la charmante Hamilton (découverte dans Metamorphosis en Juillet Dernier), Cuthbertson mais également Nuñez (ce qui déclenche un très audible et raffiné ´Fuck' à l'amphithéâtre). Soit. Mais également un problème de programmation. Si le double programme parisien Robbins/Ek de la saison dernière avait étonné par son illogique, ce triple bill londonien est tout aussi étrange. Des gens qui dansent ensemble dirons-nous.

 

Qu'est ce qui rapproche en effet l'Oiseau de Feu de Fokine (1910), In The Night de Jerome Robbins (1970) et le troisième acte de Raymonda par Noureev (1966) selon Petipa (1898)? Des gens qui dansent ensemble sur de la musique diront les plus cyniques. Outre l'hommage des cent ans de l'Oiseau à Covent Garden et les 20 ans de la mort de Noureev, c'est avant tout un voyage à travers l'histoire de la danse du XXe siècle. Et je me suis également amusé à y voir les différentes étapes d'un grand ballet....

 

Un grand ballet pour ne pas déroger à la règle commence par un premier acte qui en fout plein la vue par les décors et les costumes mais reste platement ennuyant. Réussi donc avec ce pompeux Firebird! L'hommage aux Ballets Russes est réussi, avec des costumes et des décors donc flamboyant qui montre un désir de révéler le folklore des légendes russes. Mais la danse n'est vraiment pas au rendez vous, sans pour autant favoriser la dramaturgie de cette histoire finalement très simple. Seule l'Oiseau éponyme danse réellement et ce sont les seuls moments agréables, servis par Mendizabal qui semblent être née avec des ailes et des pointes et un port de tête royal. Elle doit faire un très bon cygne! Ses apparitions sont une énorme bouffée d'air, porté par le tsarévitch au début puis fulminant et s'insurgeant contre Kostcheï à la fin.

 

http://dancetabs.com/wp-content/uploads/2012/12/tk-firebird-itziar-mendizabal-bennett-gartside-pull_1000.jpgLe reste est bien ennuyant, trop de narration, de sentiments qui ne réussissent pas à s'exprimer simplement. Ce que ces femmes ont l'air cruche à faire tourner leurs pommes par terre pendant des heures avant de se les envoyer. Puis ce moment où l'Oiseau vient tel Superman sauver la situation en faisant danser les méchants jusqu'à épuisement. Tout le monde semble se marcher dessus. Le grand tableau à la russe, c'est un peu touffu et fatigant. La scène finale avec le long processus de remise de la couronne m'a rendu triste d'ennui et de compassion pour le pauvre Phénix qui a malheureusement du se sacrifier et disparaitre pour l'avenir de la dynastie russe.

 

Mais heureusement le deuxième acte des grands ballets est toujours plein d'émotions en tout genre. Et quel bonheur que ce superbe In The Night. Robbins signe une des plus splendides œuvres que j'ai vues de lui. Suite de Dances at a Gathering (vu ici et ici à Paris), le sérieux est de retour. Au loin le fond coloré et la musique enjouée d'un Robbins plus jeune, les jeunots ont grandi et leurs passions ont muri dans ce bal qui lui a continué. Trois âges de la vie, trois façons d'aimer.

 

Le premier couple est adorable de tendresse. Ils sont habillés comme des américains allant à leur soirée de prom, elle avec son grand jupon tout scintillant, lui avec une courte jaquette, tous en bleu. Ils s'aiment et se l'expriment comme des jeunes, sans violence, avec beaucoup de douceur. Lamb exprime ce qu'elle est: la jeune et fraiche américaine.

 

http://www.theartsdesk.com/sites/default/files/images/stories/DANCE/judith_flanders/Firebird_RB/Federico%20Bonelli%20Sarah%20Lamb%20In%20the%20Night%20Tristram%20Kenton%20ROH.jpgPuis arrive le couple plus sérieux dans des tons plus oranges et marronnâtes, un couple plein de passion et de sentiments, mais qui sent qu'il est temps d'aimer maintenant différemment. De superbes portés comme dans l'Onéguine de Cranko entre Tatiana et le Prince, qui supposent la fidélité, l'attachement à l'autre, sans ombrager pourtant l'amour.

 

Le dernier couple est le plus beau, je retrouve la fougue et la violence des portés d'Onéguine, mais cette fois entre Tatiana et Eugène (ou entre Dupont et Mckie pour les amateurs), c'est beau à mourir, deux fortes têtes qui s'affrontent avec une force incroyable, et qui doit se quitter à la fin. Poétique, raffiné, précis.

 

Ces trois couples se retrouvent enfin dans une salle commune, toujours sur cette terrasse illuminée par les étoiles de la toile du fond. Ils ont beau interagir, changer de partenaire, tout revient toujours au premier ordre. Les autres combinaisons ne peuvent pas fonctionner. Une façon d'aimer.

 

J'ai d'ailleurs trouvé ma prochaine amoureuse dans les danseuses du Royal Ballet. Alors que je me demandais qui était cette danseuse du dernier trio qui dansait avec tant de raffinement, je découvre en réalité la sublime Cojocaru.

 

Enfin, un grand ballet finit forcément par un grand padadadammm tout brillant de partout sans grand lien avec le reste. Ici ça tombe bien. Je ne connais pas du tout l'histoire de Raymonda qui parait-il est aussi assommante que ses deux premiers actes, mais le dernier chorégraphié ici par Noureev est une merveille, un petit diamant finement ciselé par Cojocaru et Steven McRae.

 

http://dancetabs.com/wp-content/uploads/2012/12/dm-raymonda-act-iii-grand-pas-8-couples_360-300x180.jpgUne danse hongroise très bien réglée suivie par des pas de trois et quatre, dans des costumes crèmes sur fond de décor d'or, c'est ravissant. S'ensuit un pas de deux d'une rare noblesse. McRae est un danseur d'une finesse exquise, des lignes pures digne de..... oui oui Ganio. Bref complètement emballé. En face, Alina n'a peut être pas assez de punch dans sa variation et ses claquements de main, mais c'est pour livrer une vision plus sentimentale et romantique. Une relation de grande confiance entre ces deux très beaux danseurs à la technique impeccable. L'ensemble se clôt avec un grand tableau regroupant tout le monde sous les applaudissements.

 

Finalement, pas si décousu que cela ce programme et un bon aperçu des grands moments de danse ainsi que des caractéristiques du Royal Ballet.  

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