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La Loge d'Aymeric

Une Demie Médée au TCE

19 Octobre 2012, 22:58pm

Publié par La loge d'Aymeric

Médée, Marc-Antoine Charpentier. Le 19 Octobre 2012. Direction musicale: Emmanuelle Haïm; Mise en scène: Pierre Audi; scénographie: Jonathan Meese; Choeur et Concert d'Astrée; Médée: Michèle Losier; Jason: Anders Dahlin; créuse: Sophie Karthäuser; Oronte: Stéphane Degout; Créon: Laurent Naouri

               
Très étrange soirée ! L’idée de réaliser une trilogie autour d’un thème dramatique, Médée, était excellente : comment différents artistes voient-ils ce mythe ? Premier épisode ce soir avec Charpentier. Horrifié par le premier acte, les prestations globales des chanteurs me forcent à rester pour le second, où l’ensemble s’est nettement amélioré !

Première partie (attention je ne suis pas gentil)

                Tout de suite mis dans l’ambiance par l’affreux rideau : des yeux, des bouches gigantesques. La femme est mise en collage partout, décryptée, analysée. Or on y voit bien peu de féminité ou de personnalité féminine forte.

              http://www.temoignagechretien.fr/MEDIAS/ARTICLES/IMAGES/4194-ART_460_LARGE-L1-1036-L2-1036-12476.jpg              Je ne comprends en fait pas du tout cette (non ?) mise en scène. Des lingots d’or, une cape dorée, y a-t-il un vague rappel de la toison d’or ? J’arrête rapidement d’essayer de comprendre. Les chanteurs ne sont clairement pas dirigés en tant qu’acteur, sauf vers des positions et attitudes non naturelles. J’aurais même préféré une version concert.

La seule théâtralité est apporté par le chœur et les figurants qui font semblant de danser et sont beaucoup trop présents sur scène. Enfin danser est un grand mot, j’aurais plutôt dit de la gymnastique, n’est pas Lully ou Pina qui veut. Cela n’aide pas à comprendre la place des personnages ni le contexte, mais brouille le champ visuel.

                La mise en scène me rappelle en fait certains huis clos malheureux que j’ai déjà pu voir, comme le Norma du Châtelet. Mais ce Norma gardait quand même une certaine poésie et clarté. Ici, rien de vraiment poétique. Ici, c’est un foutoir sans nom en fait.

                J’avais adoré Emmanuelle Haïm dans Hippolyte et Aricie à Garnier la saison dernière. Je l’avais trouvée si stimulante ! Et ici rien du tout. Je découvre rapidement par la suite que la partition en elle-même est en yoyo, de très forts moments et le reste du temps, la musique est à la traine par rapport aux chanteurs.

                Mais les chanteurs sont dans l’ensemble très bons et je n’hésite pas à fermer les yeux pour les apprécier....

Deuxième partie (là c’est mieux)

                Difficile de croire que le même metteur en scène ait travaillé sur ces deux parties ! A l’exception de la danse qui reste toujours énervante, la deuxième partie à elle seule vaut le coup. C’est en réalité un problème de livret à l’origine. La première partie se concentre sur la mise en place du contexte, vaguement des personnages et de l’intrigue initiale. Il manque donc des rôles forts et les airs qui vont avec.

                Ici, c’est l’acte Médée ! J’en profite vraiment, Michèle Losier est excellente (oui oui) dans sa scène de furie, puis lorsqu’elle tue Créon à petit feu. Tout de noir vêtu, elle réussit à mélanger sa violence de femme trahie avec une certaine nostalgie et compassion. Sa voix m’avait laissé une impression étonnante au début, chantant presque comme elle le ferait pour un opéra du bel canto. Cela aboutit à une voix qui se tient sur toute la ligne en faisant réellement ressentir tout ce qui doit l’être à tous les instants, pas uniquement dans ces grands airs.

                A partir de cette scène d’affreux courroux, l’orchestre, enfin, se décide à intervenir. Pour la première fois, la partition semble aller avec l’histoire, enfin un peu de violence dans la musique. Sinon, malgré les nombreux mouvements de Haïm, rien ne sortait de puissant de l’orchestre, tout juste un accompagnement sympathique. Je ne demande pas de gros padadadammmm à chaque déclaration d’amour ou chaque trahison, mais un petit changement de rythme ne serait pas de refus.

                La mise en scène est ici réelle et replace les chanteurs dans le contexte. Sans réellement savoir où nous sommes, nous imaginons très bien Médée dans une salle de palais avec de grands murs bibliothèques. Puis après avoir déclaré sa colère, la lumière baisse, créant une ambiance Styx tout à fait comme il faut. La robe empoisonnée est certes fluo, mais cela rentre dans le cadre, aujourd’hui, elle pourrait être dotée d’ondes radioactives vertes par exemple. La descente aux enfers et l’arrivée des monstres des ténèbres est définitive avec l’apparition des néons, nous voilà bien loin des dorures du début ! Bilan: le fluo non, les néons oui.

                S’ensuit le bain de sang final dans un cadre entre jaune et pénombre. Le roi est allongé mourant après que ses gardes se soient retournés contre lui. Arrive Oronte fumant. Stéphane Degout est littéralement entouré de fumée et traverse la scène, on apprend en même temps qu’il est mort d’un coup d’épée. Puis la robe finit par arriver à bout de Créuse, lui extirpant un sang bleu. Ses derniers instants à elle sont très bien. Meurent ensuite les enfants devant le malheureux Jason.

                   http://www.altamusica.com/wpic/medee_audi_tce.jpg                La scène finale est une jolie réussite. Médée n’est plus la sorcière ténébreuse, elle maudit Jason puis apparait sereine. Elle n’est plus condamnée à errer, elle retrouve ses origines solaires. Elle monte sur un monticule formé des lingots d’or qui ressemble à un temple aztèque, le Soleil descend et vient la chercher. Le public est illuminé alors que le rideau descend. 

                L’opéra est fait de telle façon que nous ne pouvons qu’avoir de la pitié pour cette pauvre sorcière, magré le sang qu'elle fait couler. Jason est un personnage immonde, qu’en est-il du grand héros mythologique ? Ici, affublé d’un costume trois pièces, il ne fait le poids ni par rapport à Médée ni même par rapport à Créuse. Sa voix est écrasée par l’une ou l’autre. Ou sinon par celle de Degout, de nouveau excellent, avec un rôle plus court que dans Hippolyte. Il a une épaisseur et une profondeur de voix incroyable. En absence de musique stimulante, il crée la stimulation de lui-même. Le deuxième personnage pour lequel nous avons pitié, il subit également en n’ayant rien demandé à personne.

A l’autre extrême, Sophie Karthäuser a une voix toute fragile, toute délicate comme peut l’avoir Aricie. Sa voix seule montre qu’elle peut se faire briser à tout moment, comme c’est ici le cas par la puissante Médée. Un autre rôle est très joli, celui de Katherine Watson, en Italienne, fantôme puis Vengeance. Je regrette beaucoup ne pas l’avoir entendue plus, elle a une très belle tessiture !

                Cette histoire est un peu sanglante, mais heureusement, la mise en place des sortilèges et de la violence prend plus de temps que l’hécatombe proprement dite. On passe donc rapidement des ténèbres aux rayons de soleil finaux en apothéose pour la femme trahie. Le thème de Médée est parfait pour l’opéra et j’attends la suite avec plaisir, en espérant que les prochains metteurs en scène seront mieux inspirés !

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