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La Loge d'Aymeric

Marouf, savetier du Caire

26 Mai 2013, 15:56pm

Publié par La loge d'Aymeric

Henri Rabaud
Opéra Comique
25 mai 2013
Mise en scène : Jérôme Deschamps ; Direction musicale : Alain Altinoglu et l’Orchestre Philharmonique de Radio France
Marouf : Jean-Sébastien Bou ; Saamcheddine : Nathalie Manfrino ; Le Sultan : Nicolas Courjal ; Le Vizir : Franck Leguérinel ; Ali : Frédéric Goncalvès ; Fattoumah : Doris Lamprecht

 

Ma saison à l’Opéra Comique a décidément été un grand succès, de Ciboulette à Diluvio en passant par David et Jonathas. Et la dernière de la saison n’aura pas été celle de trop, elle signe la continuité d’un travail toujours pertinent de répertoire, d’histoire du théâtre et de qualité des représentations.


Marouf ne dit aujourd’hui pas grand-chose au spectateur mélomane moyen, et pourtant ce fut un gros succès en France et dans le monde dès sa création en 1913 salle Favart. Il est ensuite transmis au répertoire de Garnier de 1928 à 1950, avant de disparaître du paysage musical français.


L’histoire provient de l'ultime conte des Mille et Une Nuits, un savetier marié à une "calamiteuse" décide de quitter Le Caire après s'être fait bastonner à tort. A la suite d’un naufrage, il échoue près de la maison d'un ami d'enfance qui décide de le faire bluffer: il serait le plus riche marchand du monde qui attend sa caravane. Le sultan le mariera ainsi à sa fille. Seul un bon génie pourra faire apparaître la caravane tant attendue et ainsi sauver Marouf de la mort.

 

Cette œuvre raisonne des tonalités de l'Orient, de Debussy, de l'héritage classique, sans pour autant ressembler à quoi que ce soit que j'ai déjà pu voir. La partition est ravissante, prenant de temps en temps quelques tonalités orientales pour nous rappeler le contexte. Mais elle joue surtout sur la finesse des flûtes traversières et la puissance des cors de chasse a la Wagner. Rabaud reprend d'ailleurs au compositeur les leitmotive, moins conséquents mais toujours présents. Altinoglu est, selon Agnès Terrier, un passionné de musique française et dirige le Philharmonique de Radio France avec une clarté et une énergie du meilleur effet.

 

La mise en scène s’adapte aux turqueries attendues d’un tel cliché. Les turbans des hommes affichent leur fonction ou personnalité, ainsi le vizir porte un chacal sur le sien, les marins des bateaux de papier, le juge une balance, le pâtissier un gâteau et une cerise géante et les vendeurs des bouteilles de coca. Les décors sobres du Caire et du palais permettent un franc jeu d’acteur et de comédiens. Le comique va parfois un peu loin, comme lors des danses des chevaux dans l’avant dernière scène qui font s’esclaffer le public mais ruinent l’air de Manfrino. Mais certaines scènes restent hilarantes, comme la femme qui fait frapper son mari car il a apporté du miel de canne à sucre et non d’abeilles.

 

Marouf est avant tout un travail sur le dialogue et le texte, brillamment réalisé par le librettiste Lucien Népoty. L’humour est fin, typiquement français, le dialogue précis semble sortir d’un théâtre et non pas d’un opéra ‘classique’. Rabaud était un compositeur attaché à la tradition ancienne de l’opéra, qui insistait davantage sur la théâtralité de l’œuvre, sans pour autant nous donner une œuvre où les dialogues parlé et chanté sont brusquement séparés.

 

Cette pièce est servie par le premier rôle tout à fait magnifique de Jean-Sébastien Bou. Magnifique car il est presque en permanence sur scène, qu’il étonne dès les notes de ‘il est des musulmans’ jusqu’au chœur final, que son air de la caravane et de la déclaration d’amour sont superbes. J’adore vraiment sa voix de ténor, si loin des rôles plus sérieux du répertoire. Il s’amuse sur scène, arrivant en sautant dans un sac, courant à travers la scène, acceptant les coups des gendarmes. Sa déclamation impeccable rend le spectacle encore plus agréable.

 

Et ce spectacle se clôture merveilleusement avec celle dont j’avais l’impression d’entre parler tout le temps sans jamais l’avoir vue : Nathalie Manfrino, superbe soprano dans sa robe gonflée massive. Elle convient naturellement au rôle, elle est belle, ressemble à une princesse et sa douce voix raisonne des chansons d’amour qu’elle chante à son parvenu de mari. Elle l’aime et le lui montre, telle une princesse dédiée à son prince.

 

C’est bien simple, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Je rigole, je sors avec des images de génie bleu et des chansons dans la tête. En voyant les réactions des lycéens présents dans la salle, je me dis qu’avec ce type d’opéra, la culture ne peut plus effrayer.

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