Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Loge d'Aymeric

Noureev and Friends

2 Juin 2013, 20:10pm

Publié par La loge d'Aymeric

Palais des Congrès

1 juin 2013
Orchestre Pasdeloup, direction Valery Ovsianikov

Petite Mort (Kylian, Mozart) : Danseurs de l’Opéra National de Bordeaux
La Sylphide (Bournonville, Lovenskiold) : Iana Salenko, Marian Water (Ballet d’Etat de Berlin)
La Bayadère, pas de deux du 2ème acte (Petipa, Minkus) : Evgenia Obraztsova (Bolchoï), Evgeny Ivanchenko (Mariinsky)
Manon, pas de la chambre (McMillan, Massenet) : Tamara Rojo (English National Ballet), Federico Bonelli (Royal Ballet)
Two Pieces for Het (Van Manen) : Maia Makhateli, Remi Wörtmeyer, Het Nationale Ballet
Raymonda (Noureev, Glazunov) : Myriam Ould Braham, Mathias Heymann (Opéra de Paris)

La Belle au Bois Dormant (Petipa, Tchaïkovsky) : Evgenia Obraztsova, Dmitry Gudanov (Bolshoï)

Manfred (Noureev, Tchaïkovsky) : Mathias Heymann (Opéra de Paris)

Marguerite et Armand (Ashton, Liszt) : Tamara Rojo (English National Ballet), Rupert Pennefather (Royal Ballet)

Lac des Cygnes, Adagio blanc (Petipa, Tchaïkovsky) : Daria Vasnetsova, Evgeny Ivanchenko (Mariinsky)

Le Corsaire (Petipa, Adam) : Aleksandra Timofeeva (Kremlin Ballet), Vadim Muntagirov (English National Ballet)

 

 

À la suite de l'hommage à Noureev de l'Opéra de Paris qui n'a pas semblé satisfaire grand monde, ni le petit rat ou danses avec la plume par exemple, et que j'avais du manquer, Charles Jude et la Fondation Noureev ont eu l'idée tardive mais excellente de renouveler une vieille idée du maitre: Noureev and Friends.

 

Noureev avait l'habitude d'emmener en tournée en France et dans le monde certains danseurs de ses amis et de l'Opéra, leur permettant de s'illustrer dans les rôles du répertoire. Vingt ans après sa mort, très peu de danseurs, pour ne dire aucun, présents à ce gala n'ont connu le danseur. Seule Elisabeth Platel présente dans la salle semble réaliser le lien entre le présent et le passé, notamment lorsqu'une vidéo nous rappelle la création de la Bayadère où l'étoile tenait le rôle de Gamzatti.

 

Hommage donc, via ses chorégraphies, des pièces ou des chorégraphes qui lui plaisaient ou encore en mettant sur scène de jeunes danseurs ayant bénéficié des bourses de la Fondation. Certains des meilleurs danseurs d’Europe et de Russie s’étaient donné rendez-vous pour ces deux soirées mythiques.

 

C’est néanmoins bien dommage, la salle est remplie au tiers, je suis replacé du dernier au sixième rang. Le nom de Noureev n’est-il plus accrocheur ? Alors que des compagnies comme le Saint Petersbourg Ballet Théâtre réussissent à remplir la même salle avec des tarifs équivalents, pourquoi cette soirée n’a-t-elle pas marché ? La danse reste donc l’apanage d’une certaine élite au courant des événements, et les têtes présentes étaient indéniablement les mêmes habitués que nous voyons à Garnier ou Bastille.

 

Trêve de plainte, retournons donc à l’ambiance de fête qui transpire dès la lecture frissonnante du programme.

 

La soirée commence par un étonnant ballet, Petite Mort de Kylian, dont j’ai du mal à voir le rapport avec Noureev, mais que j’ai adoré. L’Opéra de Bordeaux, dirigé par Charles Jude, réussit à danser avec la finesse nécessaire pour du Kylian dans cette ambiance si propre au chorégraphe. Les hommes commencent des solos avec des fleurets, rapidement rejoints par des femmes. Je sens certes une violence, mais aussi beaucoup de douceur. Une histoire de domination sur les concertos pour piano de Mozart, c’est un spectacle ravissant et sincère.

 

Commence ensuite une longue série de pas de deux, qui paraissent certes étonnants sortis de leur contexte. Mais c’est le jeu des galas que de faire passer des extraits pour des pièces et faire ressentir au public certaines émotions. L’enjeu n’est pas réussi partout, et les résultats ne sont pas forcément là où on les attend !

 

La Sylphide me donne décidément bien envie de découvrir ce ballet (dès le 28 avec Obraztsova pour ma part), le couple de la Staatsoper de Berlin m’a donné tout ce que j’attendais de ce pas de deux. J’avais bien entendu parler de la finesse chorégraphique de Bournonville, et les deux allemands ont réussi une interprétation délicate du pas. Les jambes ne vont pas forcément au dessus de la taille, le travail des mains est raffiné et les manèges délicatement tracés. Tout est dans le raffinement. Et dans le kilt aussi, que Noureev a arboré à son retour au Mariinsky à 50 ans.

 

 

Changement de registre avec la Bayadère version Mariinsky, où Ivancheko arrive avec une force surhumaine sur scène. Un vrai homme grand et musclé pour un danseur, cela change des formats habituels. Mais il en fait presque trop, et le partenariat avec Obraztsova ne marche pas tout à fait, je doute qu’il y ait eu beaucoup de répétitions, la distribution a changé au dernier moment. En observant son visage, j’ai l’impression qu’elle danse la Mort du Cygne. Les portés sont parfois hasardeux. L’extrait de bravoure russe ne passe pas très bien.

 

 

C’est finalement les couples de danseurs venant des mêmes institutions qui réussissent les meilleurs moments. Ainsi le pas de la chambre du Manon est une merveille. Je ne me souvenais pas d’une musique si passionnelle. Rojo me rappelle Ciaravola avec ses cheveux noirs, et Bonelli le jeune homme de Ganio. Ils sont superbes, j’ai retrouvé ce que j’avais adoré dans la chorégraphie de McMillan. Même pour ce court extrait, les deux danseurs ont l’air amoureux.

 

 

Noureev admirait les chorégraphes du Nord, comme Thomas van Manen. Sa pièce Two Pieces for Het m’a plu au début, mais semblait un peu longue. Le thème m’a paru ibérique, de la fierté et de la passion, le refus de se soumettre mais le lien physique avec l’autre. Les deux danseurs complices font palper une certaine tension entre eux. Si j’ai trouvé cela intéressant, la durée m’a paru longue comparée aux autres morceaux. Mais cette pièce aide à une certaine diversité au sein de la soirée.

 

 

Enfin arrivent ceux que l’on peut considérer comme les enfants de Noureev, les danseurs formés par ceux de la fameuse génération Noureev : Heymann et Ould-Braham. Leur pas de Raymonda est chaudement applaudi, Myriam est applaudie avant même de commencer sa variation. Elle livre une claque en toute douceur, qui peut manquer de l’insolence de Cojocaru telle que je l’avais vue, mais sa délicatesse est agréable. Mais c’est surtout la variation de Heymann qui m’époustoufle, je suis tellement content de le voir sur scène. Ses sauts sont si impressionnants. Dans la coda, ses mouvements de bas de jambe m’obsèdent par leur vitesse et leur réponse à la musique. Un très beau moment de danse.

 

 

Le pas de deux qui suit l’entracte est sans doute le second le mieux réussi après Raymonda. La musique de La Belle m’obsède toujours autant, et avec les danseurs du Bolchoï c’est un vrai délice. Les piqués d’Aurore cafouillent un peu, mais je l’oublie rapidement devant la douceur de leur adage suivi de l’énergie de leur coda. Gudanov maitrise totalement sa technique et me rappelle Hallberg dans la version filmée avec Zakharaova.

 

 

Le seul solo de la soirée permet d’imaginer ce que donnait Noureev seul sur scène, lorsque le public se déplaçait en masse pour voir danser la star. Je n’ai pas laché Heymann des yeux, et je comprends pourquoi le public lui avait réservé une ovation à Garnier le 6 mars. Il tient ici le rôle d’un poète torturé romantique qui semble déchiré, qui explose de l’intérieur. Un superbe moment de danse qui passe trop vite.

 

 

Après ces moments plus forts les uns que les autres, la tension et l’attention perdent en vitesse avec Marguerite et Armand, étrangement arrangé pour ce gala. A l’inverse de tout le reste de la soirée, il y a quand même ici une volonté dramaturgique qui ne fonctionne malheureusement pas du tout. Ainsi, il faut attendre de voir Rojo et Pennefather seuls sur scène dans les derniers instants pour voir un couple superbe. Mais c’est un peu tard et l’intérêt a diminué.

 

 

Le cygne pâtit aussi de l’ambiance gala, je ne ressens pas grand-chose, malgré le talent du Mariinsky. Il manque la tension que l’ensemble du ballet apporte. A l’inverse de la plupart des grands ballets d’action, le cygne a besoin de la dramaturgie et d’images frappantes pour que nous ressentions de fortes émotions devant les pas de deux.

 

 

Et quelle meilleure fin que ce bouquet final qu’est Le Corsaire ? Un morceau de bravoure qui rappelle l’énergie de Noureev dans un de ses rôles emblématiques, représenté ici par un Muntagirov en pleine forme.

 

 

Une bien belle soirée où ne manquait à l’appel que les danseurs d’Australie pour qui Rudy avait monté Don Quichotte, ou encore des danseurs Nord-Américains. L’hommage est rendu, j’aurais souhaité qu’il puisse toucher un public plus large et que la mémoire de Noureev puisse perdurer. Mais tant que ses chorégraphies seront encore dansées, on se souviendra encore de lui.

Noureev and Friends

Commenter cet article