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La Loge d'Aymeric

Oblomov

10 Juin 2013, 15:11pm

Publié par La loge d'Aymeric

Comédie Française
8 juin 2013
Adaptation et mise en scène : Volodia Serre d’après Gontcharov
Zakhar : Yves Gasc ; Agafia : Céline Samie ; Oblomov : Guillaume Galienne ; Alexeïev : Nicolas Lormeau ; Olga : Marie-Sophie Ferdane ; Stolz : Sébastien Pouderoux

 

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas été au Français, entre les multiples reprises et la peur d’aller voir un trop grand classique à la Dom Juan. Mais Galienne et le répertoire russe ont suffi à me convaincre. En arrivant au Vieux Colombier, on me distribue une feuille sur l’oblomovisme du gouvernement actuel et de Hollande et du gouvernement passé. Mais c’est quoi Oblomov ?

 

Oblomov, c’est un déchet, un homme raté qui passe sa vie et ses nuits sur son divan plein de poussière. Il ne comprend pas le monde, ne comprend pas pourquoi il change. Pourquoi tout ne se passe pas comme à Oblomovka, sa propriété où il a passé son enfance et où tout se passait comme dans le jardin de Candide. Dès qu’il s’endort, des images lui reviennent, il marche dans la forêt, aperçoit au loin la grande maison. Le tout sur le Casta Diva de Norma, air qui le rend littéralement fou.

 

Il est néanmoins incapable de faire quoi que ce soit pour changer sa vie ; tout le fatigue. Il se fait virer par son propriétaire, son revenu diminue à cause d’un mauvais gestionnaire, il doit faire des travaux pour améliorer sa propriété, mais il repousse tout au lendemain. Il purge sa mauvaise humeur et sa fatigue sur son serviteur Zakhar, le même qui l’a élevé et qui servait ses parents avant lui. Le seul lien avec ce paradis perdu d’Oblomovka.

 

Galienne réussit presque à nous déprimer, mais réussit quand même à nous faire rire. On lui propose de partir en Egypte et la seule pensée le fatigue : « Mais qui va en Egypte ?! Mais tu réalises les inepties que tu sors ? »

 

En face, étonnamment, son meilleur ami est tout ce qui lui est opposé, Stolz, l’éternel allemand de la littérature russe, est l’homme hyper actif, inscrit dans la mondialisation naissante où il s’accomplit tout à fait. Pour lui la vie c’est ça, voyager, découvrir Paris, Londres et New York. Il arrive, jeune premier, sourire aux lèvres, passant d’une soirée à une place de train à un magasin à la mode. Pouderoux ne me convainc pas tout à fait, mais dans les dialogues avec Galienne, cela passe presque inaperçu.

 

Entre ces deux hommes qui s’opposent tant, une femme qui semble le seul élément ‘normal’, réaliste, qui ramène l’un et l’autre vers la réalité, et c’est l’étrange Marie-Sophie Ferdane qui interprète Olga. Sa voix est juste quand elle chante Norma accompagnée d’une guitare. Alors que les deux hommes semblent étonnamment bien réels, elle parait voguer dans une sphère différente.

 

Quand à la fin de la première partie elle chante Norma, Oblomov lui avoue subitement qu’il l’aime, il voit peut être en elle les souvenirs d’Oblomovka. Mais il réalise qu’elle ne peut pas aimer quelqu’un comme lui, il repart dans ses délires sur le décalage de sa vie par rapport à ce qu’elle attend. Il finit alors par causer lui-même son départ alors qu’elle l’aime. Puis elle retourne vers Stolz qu’elle épouse. Mais lui est trop ravi, il ne comprend pas qu’elle puisse parfois se sentir mal. C’est d’ailleurs le pire moment du spectacle lorsqu’ils sont tous les deux seuls sur scène, cela me parait long.

 

Comme toute la pièce finalement. Si la première partie nous aide à comprendre le personnage, je réalise bien que c’est une caricature, que le personnage ne réussira pas à évoluer. La pièce ne réussit en tout cas pas à nous y faire croire. Et la deuxième partie parait bien longue, commençant d’ailleurs dans une ambiance presque Krämer-ienne avec cet arbre blanc devant ce mur vert.

 

Oblomov finit par se trouver une petite femme, une bonne ménagère qui lui fait des quiches et recoud ses pantalons et ses chaussettes alors qu’il continue à languir sur le même divan poussiéreux. A attendre que sa vie se déroule de la même façon routinière, que la maladie et la mort l’emporte.

Oblomov

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