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La Loge d'Aymeric

Roméo et Juliette russe, mais terne

12 Mai 2013, 21:30pm

Publié par La loge d'Aymeric

Théâtre Bolshoï

10 mai 2013

Yuri Grigorovich, Serge Prokofiev

Direction musicale: Andrey Anikhanov

Juliette: Anna Nikulina; Roméo: Alexander Volchkov; Tybalt: Mikhail Lobukhin; Mercutio: Andrey Bolotin; Pâris: Vladislav Lantratov

 

 

Vérone, Renaissance, Shakespeare, les thèmes portent pourtant bien vers le raffinement et l'élégance. Si je ne suis pourtant pas particulièrement chauvin vis à vis du ballet de l'Opéra, il faut pourtant avouer que le Roméo et Juliette de Noureev est un des plus beaux spectacles de ballet qu'il soit donné à voir, autant pour la chorégraphie que les costumes et les décors.

 

La version du Bolchoï de Grigorovitch, qui date de 1979 et qu'ils ont eu la sotte idée de remettre sur scène, ne rend absolument pas hommage à la beauté de la Renaissance et me rappelle tristement les affiches de ce ballet de plus humbles compagnies d'Europe de l'Est, un peu kitsch et sans raffinement. Il est bien dommage pour une compagnie aussi douée et mondialement connue que le Bolchoï de disposer d'une version aussi peu esthétique d'un ballet pourtant vendeur et qui change des Bayadères et autres Lac des Cygnes.

 

La scène est coupée en deux. Au fond, le lit de Juliette, la cérémonie du mariage, les tribunes de spectateurs de bataille. Presque toute la narration s'y déroule. Comme je l'ai expliqué ici, la scène du Bolchoï est gigantesque; sans jumelles il semble impossible de pouvoir voir en détail l'intrigue. Devant cette arrière scène, un rideau noir et rouge transparent qui sera donc le seul décor du reste de l'espace scénique.

 

Les costumes ne suivent pas ce qui semble pourtant s'imposer comme une évidence, c'est à dire la séparation en deux ou trois couleurs pour l'ensemble du ballet: Montaigu, Capulet et les partisans du Prince (ici un Duc). Je m'y perds donc, ne réussissant que difficilement à repérer dès la première scène si c'est Tybalt ou Roméo qui se traine comme cela en diagonale à travers la scène. Je trouve dans l'ensemble les costumes bien pauvres.

 

Une fois finie cette liste d'accusations, je reviens à l'essence même du Bolchoï, la danse. Là, enfin, je retrouve l'énergie et la beauté qui manque à cette production. Finalement, dans cet espace épuré de décor, la danse en ressort presque mieux, mais je n'ai donc pas toujours l'impression que l'on me raconte une histoire.

 

Mercutio et Tybalt, les deux opposés, me semblent ici danser bien plus que dans la version parisienne. Ce qui m'impressionne le plus chez Mercutio est sa capacité à se rattraper pour réussir à cacher ses cafouillages. Il brille dans sa variation, réussissant à chauffer la triste salle de bal des Capulet, qui se réveille à peine lors de la danse des chevaliers. Sa scène de mort est une vraie tragédie, le poète entouré de sa foule de bouffons réussit à m'émouvoir. Tybalt me semble un peu plus en retrait mais me marque cependant lors de son irruption entre Roméo et Juliette, avec une violence de caractère remarquable.

 

La douce Juliette et Roméo forment un couple idéal, plein de jeunesse et d'entrain. Elle est fraiche, timide, se laisse porter par ses parents, sa nourrice, par son amant. Ses jolis pointes tournent sur la grande scène. Elle est pleine de poésie et semble écraser par le poids qui repose sur ses épaules. Mais elle semble un peu à part de l'histoire, servant d'excuse à Roméo pour danser. Les pas de deux sont surs, passionnés et lyriques, mais surtout grâce à lui.

 

La vraie surprise reste ce Roméo de Volchkov. Décidément devant mes différents ballets moscovites j'aurais été impressionné surtout par les hommes qui m'ont toujours paru avoir des rôles plus important qu'à Paris. Ce blond Roméo réussit à nous faire croire au passage du jeune homme romantique à l'adulte qui affronte ses réalités en face et prend en main sa vie. On voit d'ailleurs bien peu l'autorité paternel qu'il respecte, pour nous indiquer sa prise d'indépendance. Depuis son arrivée sur scène (applaudie évidemment), jusqu'à sa mort, les manèges se succèdent avec une finesse élégante et une très bonne présence scénique. Il vole à travers le ballet. Finalement, j'ai plus l'impression de voir la vie de Roméo que celle du couple.

 

Il manque à cette production le piquant narratif. La nourrice n'est pas très amusante, Pâris m'a semblé absent. L'histoire semble passer à la va-vite. Nous ne voyons pas l'arrestation de père Laurent avant Mantoue, ni la réconciliation ultime des familles, comme si le sacrifice des deux amants n'avait servi à rien. Ce qui est bien dommage puisque leur ultime pas de deux dans la mort nous faisait croire à une véritable histoire d'amour.

 

Roméo et Juliette russe, mais terne

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